Honduras - Le tourisme endurable

Photos Lio Kiefer - Une maison de village typique du pays.
Photo: Photos Lio Kiefer - Une maison de village typique du pays.

En débarquant au Honduras, il ne faut pas s'attendre à la destination de rêve made in brochure. Certes, la nature est dite luxuriante, mais il faut compter sur les ouragans et les différents glissements de terrain qui affectent quelquefois le cadrage idyllique de la fameuse photo souvenir. Pour les panneaux routiers, on doit compter sur ceux commandités par Coke ou Pepsi. Quant à la population, elle voudrait bien se sortir d'une pauvreté endémique. Et si le tourisme n'est pas la panacée, il est endurable.

Sur la route qui va de la capitale du Honduras, Tegucigalpa, jusqu' à Tela, un centre de villégiature qui se veut la figure de proue de la côte caraïbe, le ton est donné. Les camions roulent dans la poussière et les villes et villages se suivent, avec des vestiges coloniaux qui sont réellement des vestiges et des enfants qui courent à travers un pont défoncé ou qui tirent des cailloux dans une mare improvisée. Quelquefois, une mule caractérielle se donne des airs de diva sous la protection d'un aïeul qui sait qu'elle est sa seule fortune.

Lorsqu'on aura quitté San Pedro Sula, on se sentira un peu plus en sécurité. Cette ville est devenue en l'espace de quelques années une sorte de plaque tournante de la prostitution, de la drogue et de tout ce qui va avec. Des ONG y travaillent d'arrache-pied pour s'occuper des enfants de la rue qui se mettent fréquemment le nez dans la colle et dans le pantalon de sexagénaires peu scrupuleux. Droits de l'homme, de la femme et des enfants... Le parcours est chaotique.

Au Honduras, des milliers d'homosexuels, de bisexuels et de transsexuels subissent quotidiennement des attaques ou de la discrimination. La plupart ont trop peur pour en parler. Le 15 juillet 2003, Érica (Éric, à l'origine) David a été tuée par deux policiers, en pleine rue, à San Pedro Sula. Elkyn Suárez, militante transsexuelle, a transmis aux autorités des informations importantes concernant ce meurtre. En septembre de la même année, elle a été contrainte de fuir le pays à la suite de menaces de mort.

En 2000, la communauté homosexuelle a décidé de ne plus se consacrer exclusivement aux problèmes du sida et d'élargir son action aux violations des droits humains commises par le gouvernement. Ces violations ont augmenté en 2003, après que le Congrès national hondurien eut adopté la Loi sur la police et les relations harmonieuses entre citoyens qui conférait des pouvoirs étendus aux policiers.

Le gouvernement a justifié cette loi en arguant qu'elle visait à protéger la moralité et la décence. Ce faisant, il excluait complètement les minorités sexuelles de la société. Les gais et les transgenres ont alors été de plus en plus fréquemment exposés aux pertes d'emploi, aux restrictions en matière d'éducation, aux arrestations, aux attaques, à la violence et aux homicides.

C'est aussi avec cette loi et avec la police qui l'accompagne que le touriste se pense en sécurité. On appelle cette police balam, qui signifie jaguar en langage maya. Pas vraiment par hasard, puisque ces fameux jaguars étaient les gardiens de l'establishment maya autour des temples, dixit le ministre du Tourisme.

C'est ainsi qu'en arrivant à Tela, on peut se trouver rassuré par la présence de ces derniers sur les plages entourant les hôtels de villégiature, qui ont le physique de l'emploi et batifolent à l'excès avec la réceptionniste ou la préposée aux draps. Pour aller retirer de l'argent: pas de problème, ils sont là, près du guichet automatique, armés jusqu'aux dents et scrutant avec envie chaque transaction.

Pourtant, rien ne semble indiquer une telle précaution ici...

Le pays est peuplé d'enfants qui ont plutôt le sourire et d'adultes qui sont à la réfection ou à la construction d'hôtels et de symboliques touristiques. Il y a bien sûr un nombre assez impressionnant de jeunes filles qui fréquentent les plages, mais tout le monde ici sait pourquoi. Le Honduras détient deux records mondiaux en matière de bas tarifs: celui de la fellation en bord de crique (publicisé sur Internet par de nombreux chats vantant les cours de cette pratique en plein air) et celui sur le coût des diplômes de plongée à Roatan, bunker insulaire des hommes grenouilles et de leurs amazones).

Les enfants sont d'ailleurs pleins de hardiesse lorsqu'ils poussent sur trois kilomètres, pieds nus, à quelques lieues des plages de Tela, des wagonnets sur des rails pour atteindre une réserve écologique. Il y a une cinquantaine d'années, on y empilait des bananes.

Aujourd'hui, ce sont des touristes qui s'y entassent, riant avec bonheur devant ces enfants très colorés qui chantent en poussant. Ce sont des garifunas, arrière-petits-enfants d'esclaves africains qui fuyaient tout ce qui bougeait. Aujourd'hui, ils sont dans leurs villages, imposant des rythmes qui n'ont rien de latino et vendant épisodiquement de l'artisanat, l'un des points forts des excursions proposées par les hôtels locaux.

La banane

Pour revenir à la banane, on en trouve des traces dans les déliés de l'hôtel Villas Telamar, qui était l'un des bastions résidentiels de l'exploitation bananière du pays. Si on séjourne dans une villa qui se trouve dans les jardins tropicaux, on peut s'imaginer comment les ingénieurs, cadres et invités du roi de la banane passaient leurs soirées. Sur la plage du Telamar, Jacky, une jeune Hondurienne, joue avec son bébé dans le sable. Elle entend un sifflet derrière un bosquet. Elle dépose l'enfant pendant quelques minutes pour rejoindre une masculinité déjà accroupie. Rapide et pas cher...

Jacky est déjà revenue à son bébé. Sur le site Internet de Tela, on découvre une particularité locale: comment payer des études aux jeunes étudiantes en langues, médecine, anthropologie et autres branches ciblées. Cette page s'appelle nuestra pagina de bellezas hondurenas, ou comment visualiser de jeunes amazones en maillot de bain, les rencontrer, leur faire la conversation et la conversion et donc assumer leurs études...

Pourtant, les touristes sont encore rares. On les rencontre un peu dans les hôtels, mais surtout dans les réserves écolo-faunico-aquatiques. Les prix d'entrée sont très bas et on tombe sur des spécialistes (allemands, italiens ou anglais) maniaques du papillon indigène ou de l'ocelot esseulé.

Des perroquets bavards à l'entrée d'une chute et des vertus pas encore mercantiles pour la visite de ces lieux magiques où règnent les mangroves et des sentiers tracés selon l'humeur et l'instinct des spécialistes de la nature locale.

On retrouvera également les touristes du côté des Islas de la Bahía qui forment un archipel composé de trois grandes îles (Utila à l'ouest, Guanaja à l'est et Roatán entre les deux) et de plusieurs autres plus petites et pour la plupart inhabitées, la plus connue étant Cayo Cochinos (pour pique-niques et fumettes en tous genres). C'est là le royaume de la plongée, puisqu'on y trouve la deuxième plus grande barrière de corail après l'Australie.

Autre lieu de dissertation touristique: le site maya de Copan, appelé l'Alexandrie maya. Il faut y aller soit tôt, soit tard, pour éviter les entassements autour des dieux en pierres et de la pyramide sacrée.

On sort du Honduras sans avoir trop bien compris. Beau et pauvre à la fois, dévasté et riche de culture, serein et dangereux, cool et policier... Mais pas cher. Somme toute, un tourisme endurable.

En vrac

- Le Honduras bénéficie d'un climat tropical caractérisé par des températures confortables toute l'année. Saisons sèche et pluvieuse se succèdent dans le centre et le sud du pays, tandis que des précipitations plus abondantes s'abattent sur la côte caraïbe. Autour des Islas de la Bahía, il pleut toute l'année, octobre et novembre étant les deux mois au cours desquels on enregistre les plus fortes précipitations.

Certes, il ne pleut pas tous les jours et rarement toute la journée; au coeur de la saison des pluies, on connaît de longues périodes d'ensoleillement, mais ce sont alors les moustiques et les phlébotomes (sandflies) qui se font plus présents.

Les visiteurs des Islas de la Bahía devraient se munir d'une bonne provision d'insectifuge car les puces de sable peuvent s'avérer très voraces, surtout à Utila. C'est pour cela qu'il vaut mieux avoir la tête dans l'eau dans ce coin de pays.

- Tours Mont- Royal, Nolitours et Vacances Transat ont inclus le Honduras dans leurs brochures généralistes sur le Sud.

- Tela: restos, hôtels, curiosités: http://www.telahonduras.com/index.html.

- Instituto Hondureño de Turismo: www.letsgohonduras.com.

- La Ceiba: www.holaceibita.com.

- Trujillo: www.trujillohonduras.com.

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Jean-François Morin - Inscrit 15 janvier 2006 17 h 13

    Y a-t-il deux Honduras?

    Bonjour, mon nom est Jean-François et je suis étudiant au Baccalauréat en enseignement du français à l'Université de Montréal.

    En octobre dernier, avec une cohorte de six étudiants, je suis allé dans une ville du nom de Tela au Honduras pour y faire mon stage de troisième année et enseigner dans des écoles secondaires. Nous sommes demeurés là-bas pendant deux mois, nous avons fait connaissance avec la culture du pays, tissé de nombreux liens d'amitié, bref quatre semaines bien remplies.

    Durant ce temps, j'ai fréquenté un bon nombre d'endroits, des villes, des plages, des bars, etc. Dans un village de dix-mille habitants comme celui dans lequel nous étions, les gens se connaissent bien et les histoires circulent rapidement, il suffit de se faire quelques amis, de discuter avec les gens, de tendre l'oreille et d'être observateur.

    Le Honduras est certes un pays pauvre, j'en conviens, mais à aucun moment nul d'entre nous n'a été sollicité, été témoin ou entendu quelque chose se rapportant à ce qui est énoncé dans l'article au sujet du tourisme sexuel:(...)Il y a bien sûr un nombre assez impressionnant de jeunes filles qui fréquentent les plages, mais tout le monde ici sait pourquoi.

    Le Honduras détient deux records mondiaux en matière de bas tarifs : celui de la fellation en bord de crique (publicisé sur Internet par de nombreux chats vantant les cours de cette pratique en plein air) (.) Sur la plage du Telamar, Jacky, une jeune Hondurienne, joue avec son bébé dans le sable. Elle entend un sifflet derrière un bosquet. Elle dépose l'enfant pendant quelques minutes pour rejoindre une masculinité déjà accroupie. Rapide et pas cher...(...) Personnellement, je suis choqué, je ne sais combien de temps votre journaliste est demeuré au Honduras et quels gens il a fréquenté. Ce que je sais cependant c'est qu'en deux mois, nous n'avons jamais rien vu de tel et je soupçonne qu'il faille, pour retrouver de telles choses, être très activement à leur recherche.

    Je le répète, le Honduras est pauvre, mais sa population lutte avec honneur et dignité aux problèmes auxquels elle fait face. Dans un journal comme le Devoir, avec la réputation et le sérieux qu'on lui connaît, je m'explique mal comment une telle bavure puisse survenir.

    Jean-François Morin