Clin d'oeil - Montréal gourmand

Saviez-vous qu'au pays, ce sont les ménages montréalais qui dépensent le plus pour s'alimenter? «C'est qu'à Montréal, on aime particulièrement bien manger», dit Ruby Roy, la guide touristique qui me fait visiter la ville où... je suis née.

Touriste chez soi, pourquoi pas? En compagnie de Ruby, allons-y de quelques suggestions de sorties tournant autour de la table.

«Vous savez, ici, on a une attitude particulière face à la nourriture: on prend le temps de manger», ajoute la guide. C'est d'ailleurs la raison que l'ancien maire Jean Drapeau avait donnée, en 1952, pour faire avaler son règlement interdisant la vente d'aliments dans les rues de la métropole...

Résultat? Plutôt que de se goinfrer de hot-dogs aux feux rouges, on va prendre un mojito et, ensuite, on s'attarde dans l'un des 5000 restos montréalais! Alors, Ruby, quelle est la tendance de la demi-heure en matière de restauration? «On dirait qu'il y a de plus en plus d'adresses afghanes, irakiennes — peut-être est-ce lié à l'actualité... Il y a aussi cette tendance des beaux restos où l'on apporte son vin.» Genre Ô'Thym, sur le boulevard de Maisonneuve, un blanc bistrot pas hautain du tout qui, à défaut de proposer des Châteaux Margaux, offre des eaux minérales d'Allemagne comme du pays de Galles.

Non loin, la Main a bien sûr toujours la cote. Le restaurant-bar Le Globe, lui, a des Margaux ainsi qu'un fumet de branchitude qui perdure depuis 1991, ce qui, dans ces parages, est à la fois suspect et héroïque.

Ruby nous emmène ensuite dans Saint-Michel, le quartier le plus pauvre non seulement de Montréal mais du pays. À un jet de pierre de l'église Pompéi, elle nous entraîne au Café-Terrasse Gildone, une trattoria italienne incognita puisque sans enseigne, tenue par Tony Totarella, un distributeur de champignons. Allora, par ici les meilleures pâtes aux porcinis, chanterelles et autres shitakes qui soient dans un décor sans prétention.

«Une autre caractéristique des Montréalais, poursuit Ruby, c'est qu'à l'encontre par exemple de nos voisins du Sud, nous ne remplissons pas nos frigos de bouffe une fois par semaine: nous faisons plutôt nos courses aux deux, trois jours.»

Et chacun a ses bonnes adresses d'approvisionnement. Pour le pain, paraît qu'on se déplace du 450 pour aller à la boulangerie artisanale Le Fromentier, qui a pignon sur l'avenue Laurier depuis 12 ans.

«Nous faisons 10 000 pains par semaine, le samedi, on en prépare 2000: c'est la folie!», dit le copropriétaire Daniel Jobin.

En tout, Le Fromentier propose 40 variétés de pain mais c'est le Fromentier sésame le meilleur vendeur. Le Caravansérail aux dattes, orange et chocolat noir n'est pas vilain non plus!

Pour l'huile d'olive, cap sur Olive&Olives, «le premier magasin d'huiles d'olive espagnoles au pays», assure la copropriétaire Claudia McAllister Pharand.

Pourquoi l'Espagne? «Parce que c'est une passion: les gens en rapportent des vins, moi, j'en ai toujours rapporté des huiles!»

Des huiles andalouses, catalanes, d'Estrémadure, tirées d'olives manzanilla, arbequina, gordal, et qu'on peut déguster sur place. Quelle est la préférée de Mme McAllister Pharand? «La Torre Real: versez-en un filet sur une glace au chocolat noir garnie d'un peu de fleur de sel écrasée: vous m'en donnerez des nouvelles!»

Ruby Roy nous entraîne maintenant du côté de la Petite Italie, à la Pasticceria Alati-Caserta, rue Dante, où, dit-elle, il faut absolument goûter aux cannoli siciliani, une sorte de cigare croquant fourré à la crème. Et, mamma mia, c'est miam!

Notre dernière escale sera le plus grand marché à ciel ouvert d'Amérique du Nord, le bien-aimé Marché Jean-Talon. D'accord, Ruby, allons-y, mais n'insistez pas, je ne goûte plus à rien, pas même aux bons merguez de la boucherie L'Olivier!
- Des ressources pour découvrir Montréal : www.guidatour.qc.ca; www.visitesdemontréal.com; www.tourskaleidoscope.com (visites de quartiers); www.heritagemontreal.qc.ca (les Architectours, axés sur le patrimoine urbain); et www.tourisme-montreal.org.

Collaboratrice du Devoir