Tourisme - Madère

Le belvédère de Balcões, dans un environnement de haute montagne. — Nicole Pons
Photo: Le belvédère de Balcões, dans un environnement de haute montagne. — Nicole Pons

Surgie de l'Atlantique lors d'une éruption volcanique au tertiaire, l'île portugaise de Madère émerge à 545 kilomètres à l'ouest du Maroc. Ses paysages spectaculaires où se côtoient de près la mer, les falaises, les hautes cimes basaltiques déchiquetées, les vallées profondes noyées dans une végétation luxuriante, les forêts et plateaux arides, sont parsemés de minuscules hameaux et de terres agricoles. Pour découvrir toute l'âme de l'île et admirer ses plus beaux sites, il faut chausser les souliers de marche.

Assise sur un rocher face à l'immensité océanique qui affiche à perte d'horizon une tranquillité bleu outremer à peine parcourue de ridules ondoyantes, ce trek commence bien. Nous voilà le long d'un sentier de rêve. Aérien, accroché au sommet de falaises tombant à pic dans la mer, serpentant le long d'un relief déchiqueté, bordé de fleurs et assez large pour être confortable!

Partis le matin de Machico, un port de pêche de l'est de Madère, pour 11 jours de marche, nous avons grimpé à travers une forêt en longeant une levada, puis longé la côte nord depuis le col Boca do Risco, culminant à 431 mètres. Unique au monde, le réseau des levadas a été conçu au début de la colonisation de l'île par les Portugais, au XVe siècle.

Au fil des siècles, les hommes ont bâti, au péril de leur vie et à la force de leurs bras, un ensemble de canaux d'irrigation pour amener l'eau des montagnes vers les champs plus bas. Un travail de titan qui a permis, jumelé à la construction de poios (terrasses pour la culture), de faire de Madère un immense jardin luxuriant. Traversant des sites variés, parfois très escarpés, empruntant des tunnels creusés à la pioche, les levadas couvrent aujourd'hui plus de 1000 kilomètres et sont gérées par l'État. Les sentiers qui les bordent, destinés à leur entretien, constituent le meilleur réseau de randonnée de l'île.

À Porto da Cruz, village de la côte nord dominé par le Penha de Aguia, falaise culminant à 590 mètres, nous profitons de l'une des rares plages pour un bain revigorant. Le petit café de la place nous sert un délicieux jus de maracujás (fruits de la passion), l'un des nombreux nectars de fruits exotiques locaux. En montant vers Lamaceiros où nous camperons ce soir-là en pleine forêt, la vue sur la côte est spectaculaire. Un vaste amphithéatre verdoyant, parsemé de maisons blanches aux toits de tuiles et fermé par une falaise abrupte.

Nous croisons des paysans disparaissant sous d'énormes ballots de feuillages, fagots de branches, sacs pleins de raisins. Partout, notre petit groupe (dix personnes avec deux guides) suscite la curiosité. On nous sourit, on veut nous parler. Surgie d'une maison, une vieille femme nous tend un plat débordant de magnifiques raisins qu'elle nous offre. Une anecdote à l'image de ces gens, pauvres mais généreux.

La levada que nous suivons aujourd'hui se cache dans une forêt d'une incroyable densité. Nous sommes en pleine laurisilva. Cette forêt primitive laurifière qui, il y a bien longtemps, recouvrait une partie de l'Europe, a été exceptionnellement préservée ici. Elle s'étend entre 790 et 1300 mètres d'altitude. C'est le domaine de trois espèces de lauriers arborescents (til, laureiro, vinhático), des bruyères et d'exhubérantes plantes à fleurs (hortensias, fuschias, amaryllis). Pour préserver cet héritage unique, on a créé en 1982 la Réserve naturelle de Madère couvrant les deux tiers de l'île. La forêt laurifière a été classée Patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO en décembre 1999.

À partir du parc forestier de Ribeiro Frio, nous montons au belvédère de Balcões admirer un somptueux paysage de haute montagne. Les parties montagneuses austères et les vallées au creux desquelles se nichent de minuscules hameaux comme Cruzinhas se succèdent maintenant. Les petites maisons entourées de jardins croulent sous la végétation. Des bouquets d'épis de maïs sèchent, suspendus aux arbres. Des enfants nous entourent. Entre montagnes et vallées d'altitude sont cultivés, sur des centaines de terrasses, la vigne pour faire le fameux vin de Madère, des céréales et des fruits exotiques (avocats, mangues et autres goyaves). Difficile de marcher sur les sentiers glissants comme une savonnette mouillée.

De raides escaliers de pierres couverts de mousse et des levadas où seul le rebord permet le passage se succèdent. Pourtant, plusieurs personnes chargées d'énormes sacs remplis de raisins et chaussées de bottes en caoutchouc descendent presque en courant! Cette nature, aménagée pour leur permettre de survivre en cultivant les moindres recoins, est vraiment leur domaine. Nous ne sommes que d'humbles visiteurs de passage.

Le village de Santana est perché sur un plateau côtier dominant la façade nord, à 436 mètres d'altitude. Autrefois, toutes les habitations de ce coquet bijou étaient des chaumières au toit pointu. Cette architecture traditionnelle a été préservée en partie. Très soignées, les maisons sont entourées d'une végétation subtropicale et de fleurs colorées. Nous descendons à São Jorge pour une baignade sur une minuscule plage de galets noirs et un bon pique-nique.

Il va falloir remonter, et pas à peu près, vers la cordillère centrale traversant l'île d'est en ouest et son sommet, le Pico Ruivo (1862 mètres). Bon, en deux jours, mais quand même! Après le parc forestier de Queimadas et celui de Pico das Pedras aux pentes boisées, un plateau à 900 mètres d'altitude nous accueille, fraîchement, pour la nuit.

L'environnement change complètement. Escarpements, pics déchiquetés, aiguilles de basalte, blocs de roche noire, ocre, rouge, composent un décor austère et grandiose. L'ascension vers le Pico Ruivo est rude. Même si la brume joue avec les sommets alentour, la vue est aérienne. Au sud-est, le Pico das Torres et le Pico Arieiro, notre prochaine étape, le cirque de Curral das Freiras vers le sud-ouest, la Ribeira Seca et le Ribeiro Frio à l'est. Santana au nord. Tout Madère est à nos pieds. Impressionnant.

Le Pico Ruivo est relié au Pico de Aieiro (1802 mètres) par un sentier spectaculaire longeant des précipices de plusieurs centaines de mètres, d'énormes blocs de basalte et traversant le Pico das Torres et le Pico de Gato par d'étroits tunnels percés sous la montagne. Une marche difficile de quatre kilomètres sur l'arête rocheuse de la cordillère, à travers un relief tourmenté. Le clou du parcours.

Mais en quelques minutes des trombes d'eau s'abattent sur nous, suivies d'un épais brouillard d'où émergent quelques rochers fantomatiques. La visibilité est réduite à deux mètres. Alors, prudence. Au Pico de Arieiro, trempés jusqu'aux os malgré nos capes, nous apprécions un lunch au café, installés près du sommet. Nous regrettons qu'une route arrive jusque dans ce site sauvage. Mais par ce temps, c'est une aubaine qui nous permet de descendre en taxi jusqu'à Curral das Freiras, dans le cratère d'un ancien volcan, pour dormir. Et tant pis pour l'entorse à notre trek.



Vignes, bananes et compagnie

Les jours suivants, montées et descentes s'enchaînent. Nous traversons le vaste plateau Paúl da Serra avant de plonger vers la façade sud, direction Calheta. Le paysage redevient agricole. Les bananeraies ont remplacé les vignobles.

À perte de vue, près des villages, accrochées en espaliers aux falaises bordant l'océan, longeant les chemins, des plantations de bananiers aux gigantesques feuilles vert foncé et aux grosses fleurs violacées. Ils produisent une succulente banane très parfumée, seulement exportée au Portugal, auquel l'île appartient. Émergeant de la végétation, les toits rouges des maisons.

Ces grandes propriétés appelées quintas, entourées de plantes luxuriantes et d'immenses arbres, étaient à l'origine des demeures coloniales.

Funchal, capitale de la Région autonome de Madère, a beaucoup de charme. Une superbe baie cernée de collines verdoyantes, une vieille ville pittoresque aux étroites rues pavées, des maisons et des églises aux façades blanches, des jardins, quelques splendides habitations de maîtres, des caves où le madère moelleux coule à flots. Et le Mercado dos Lavradores, à l'ambiance extraordinaire.

Dans une bâtisse s'articulant autour d'un coquet patio, fleurs, fruits, légumes exotiques et épices s'entassent dans des paniers en osier au rebord évasé. Les avocats, bananes, mangues, oranges, patates douces et tomates composent un tableau éclatant. Le marché au poisson adjacent est aussi animé.

Le soir, près du port illuminé de milliers de loupiotes dorées, nous assistons à un beau récital de fado, point d'orgue de ce riche voyage.



En vrac
- De la randonnée pédestre de quelques heures au trek, la marche est l'unique façon de bien découvrir Madère. Malgré sa taille modeste (57 kilomètres d'est en ouest et 22 kilomètres du nord au sud), l'île présente une grande diversité de paysages et beaucoup d'obstacles: cordillère de montagnes la traversant d'est en ouest, vertigineux à-pics, sentiers raides et glissants, étroites routes en lacets. Il est difficile d'organiser son propre trek faute d'infrastructures adaptées (pas de campings aménagés, notamment). Le camping sauvage est toléré, avec une autorisation préalable en montagne. Des agences spécialisées (surtout françaises) proposent des treks de 8 à 15 jours pour marcheurs aguerris: www.expeditionsmonde.com (au Québec); www.atalante.fr, www.allibert-voyages.com, www.clubaventure.fr (en France).
- Le taxi est une bonne formule pour se déplacer (tarifs très corrects). Si vous faites une randonnée, le chauffeur vous dépose au départ et peut venir vous chercher à l'arrivée. Les circuits sont rarement en boucles.
- Dormir et manger: évitez les énormes complexes touristiques. Voici quelques adresses sûres...

* Hôtel Madeira, Rua Ivens, 21, Funchal. Situé en ville, fonctionnel et bien équipé. Piscine sur le toit, l'été, avec vue aérienne sur Funchal. Chambres avec petites terrasses. % (351) 291 230 071, www.hotelmadeira.com.

* Residencial da Mariazinha, Rua de Santa Maria, 155, Funchal. Bed & breakfast romantique dans une rue typique de la vieille ville. % (351) 291 220 239.

* Quinta das Fonte, Estrada dos Marmeleiros, 89, Funchal (en allant vers Monte). Une charmante villa ancienne restaurée, avec jardin et petite chapelle. % (351) 291 235 397.

* Quinta do Furão, Achado do Gramacho, Santana. Une ancienne quinta restaurée au milieu de plusieurs hectares de vigne. Superbe vue sur la mer. Excellent restaurant. % (351) 291 570 100, www.quintadofurao.com.
- Les spécialités culinaires de l'île sont le poisson — thon, poisson-épée (espada), espadon (espadarte) —, les brochettes de boeuf (espetada) et la friture de maïs (milho frito). Goûtez aux sublimes nectars de fruits et aux divers types de madères!

* Jacquet, Rua de Santa Maria, 5, Funchal. Poisson tout frais. Petit restaurant typique à l'ambiance populaire.

* Portão, Rua do Porto de São Tiago, Funchal. Cuisine locale. Très bon rapport qualité-prix.

* Cantinho da Serra, Estrado do Pico das Pedras, Santana. Spécialités de cuisine locale dans un beau cadre.

nRenseignements: http://www.madeiratourism.org, http://www.portugalmania.com/offices-tourisme/offices-tourisme-madere.htm.

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