Croatia et les Dalmatiens

Source Lio Kiefer
Korcula, une petite île en face de Dubrovnik.
Photo: Source Lio Kiefer Korcula, une petite île en face de Dubrovnik.

De Zadar à Dubrovnik, la côte dalmate se plante à travers des villages lovés par la mer, des villes au passé pas si simple, des criques à faire s'ébahir un habitué des bleus translucides et des centaines d'îlots, tantôt habités, tantôt forestiers... Émergence de pierre défiant la vie ou interprète de l'au-delà: la Dalmatie, ou l'art de tracer des sinuosités tous azimuts.

Finissons-en une fois pour toutes avec le syndrome du danger post-conflictuel en terre croate. La guerre est finie depuis 1992 et les Croates sont heureux d'être enfin Croates à part entière. Ils apprennent leur littérature, connaissent leur humour, plantent leur différence, cultivent leurs nouvelles sensations, récoltent des bribes d'héroïsme et d'inventions passées.

On doit à la Croatie l'invention de la cravate, du stylo à encre rechargeable, du radar et du moteur à induction, du dirigeable, de la technique des empreintes digitales, des émules de Cruella; et aussi d'avoir aux environs de Split le plus grand nombre recensé de hautes tailles.

Tout cela ne donne pas obligatoirement un pays mais forge le sens de l'humour et celui des valeurs. Un pays d'un peu plus de quatre millions d'habitants et une côte qui va de l'Italie, au nord, jusqu'au Montenegro, au sud, avec près de 2200 îles dont une soixantaine habitées.

On prendra la Dalmatie à partir de Zadar, qui conserve de beaux restes vénitiens et des bâtiments de style classique, malgré une quasi totale destruction lors de la Seconde Guerre mondiale. Depuis cette année, Zadar vient de se doter d'une attraction unique au monde: un orgue maritime. Face à la mer, c'est une enfilade d'escaliers de pierre blanche tous infiltrés par des sinuosités et des tuyaux qui représentent autant de notes.

Quand la mer et le vent se mettent à jouer les musiciens en se glissant à travers les marches, c'est une symphonie maritime exclusive qui s'entend. On est assis sur l'orgue et on écoute, ou on s'embrasse, dépendant de l'inspiration du moment.

Un peu plus loin, en face, on trouve les îles de Kornati, pour des dérives forestières et des criques dont les eaux s'amusent à jouer les plus belles, selon les couleurs de la journée. Ensuite, Trogir, pour faire partie de la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO. Image parfaite de la Renaissance en Croatie sous influence vénitienne, elle est aussi le témoin de ceux qui ont bâti cette ville: Grecs, Romains, Francs, Bizantins et Hungaro-Croates.

Autre puzzle architectural, la ville de Split pointe son noyau historique autour du palais de Dioclétien, empereur romain qui avait la fièvre de la pierre en érection. La ville joue aussi bien à l'ancien, par ses ruelles, musées et monuments, qu'au moderne, par un grand nombre de restaurants et une vie nocturne où la jeunesse locale s'en donne à coeur joie.

Sibenik: pour sa cathédrale et ses marchands de crème glacée. L'île de Hvar: pour ses vins, son miel, son huile, ses poissons et sa lavande qui compte pour 80 % de la production totale du pays. Cela pour dire que c'est beau et que ça sent bon. Quand les lavandières sortent les draps et les font sécher au grand vent, c'est la garantie de dormir dans un lit estampillé parfum de lavande.

Et, bien sûr, il y a Dubrovnik, la belle du sud... Une ville intra-muros avec des ruelles qui n'en finissent plus et des dizaines d'églises qui jouent à cache-cache au travers des différents carillons. Les nuits d'été sont comparables à celles de Barcelone, comme si les jeunesses du monde entier se donnaient rendez-vous pour flirter entre deux meurtrières ou un créneau ciselé. Il y a là du baroque, aussi bien dans la finalité de la pierre édifiée que dans la manière qu'on se toise, qu'on se croise. Il est rare d'arpenter une si jolie ville avec le sourire aux lèvres, comme si l'histoire avait donné aux passants les rides du plaisir de vivre.

Et surtout, il y a Korcula, petite île qui se promène en face de Dubrovnik. Un mini-Dubrovnik, sans la horde de touristes. Le matin, la place du marché s'éveille vers 6h30. Il y a là Ludmilla qui flatte ses tomates et ses abricots. Jasenka vante ses fromages de brebis. Ivic se réclame du thym et des herbes folles des montagnes.

Divo regarde ses sardines et ses calamars avec envie. Korcula existe depuis toujours à travers ses petits marchands et ses champs de vignes.

Un vin rouge et un vin blanc, qui, sans tomber dans les grands crus, sont d'excellents nectars pour un séjour de quelques jours. Les criques sont nombreuses, dont deux avec des plages de sable, les autres étant formées de galets ronds ou plats.

Il y a de nombreuses possibilités pour louer des villas ou des appartements avec les pieds dans l'eau, plage privée, et tutti galetti...

L'été, on danse dans les rues et on fête Marco Polo, qui est natif de l'île et qui a eu la brillante idée de prendre la pire raclée de sa vie par galions interposés, juste en face de Korcula.

Cela le conduira en prison pour dicter le récit de ses voyages passés, qui deviendra Le Livre des merveilles.

Korcula, ou un condensé de la Croatie... là, tout juste là, sur une île.

Phares and breakfast

Il y a près d'une centaine de sentinelles de la mer éparpillées au large, de Zadar à Dubrovnik, qui offrent l'hébergement. Il faut être prêt, bien sûr, à prendre le bateau (chaloupe ou bateau de pêche) pour quitter la côte et aller s'embarquer l'espace d'une semaine dans une tour ronde ou carrée en étant ravitaillé sporadiquement par un pêcheur, un vendeur de petits pains sucrés ou une marchande occasionnelle de légumes.

Il faut donc tout prévoir avant d'arriver au phare et une bonne dose de lecture pour apaiser le bruit des vagues. Tout autour, l'eau est pure, limpide. Quelquefois, des plages de sable granuleux. Le plus souvent, des plages de galets plats et ronds.

Si on est un tantinet pêcheur, il est facile de faire, l'espace de quelques heures, une plâtrée d'oursins, de moules, de berniques, de bigorneaux ou d'huîtres.

Si on est plus patient, c'est le calamar qui est piégé. Tout cela pour apaiser la faim. La plupart des phares sont branchés sur l'énergie solaire et éolienne et on appelle cela, là-bas, la vie de Robinson.

En Croatie, le terme «Robinson» donne au touriste un aperçu de la location à pourvoir.

Du port de Dubrovnik, trois quarts d'heure de navigation suffisent pour atteindre Sveti Andrija, un îlot de 400 mètres de long sur 80 de large, couvert de pins et de garrigue, au coeur de l'archipel des Élaphites, entre les îles de Lopud, Kolocep et Sipan.

La roche tombe à pic dans la Méditerranée. Un débarcadère y a été aménagé. Un sentier gagne le sommet de l'îlot où le phare, bâti en 1873, dresse sa masse blanche.

Le cri des mouettes accompagne l'ascension (malcommode quand on est chargé). Le matin, on se tiendra sur la face exposée à l'est, largement ensoleillée et protégée du vent. L'après-midi, la façade arrière du phare, prolongée elle aussi d'une terrasse, est à son tour baignée de soleil.

Pour séjourner à Sveti Andrija, à Susac, à Palagruza, l'île la plus éloignée de la côte et la plus proche des eaux italiennes, bordée d'une sublime plage de sable blanc, sans autres distractions que celles offertes par le cadre naturel, il est indispensable d'aimer la mer, le soleil, le vent...

Mais, plus que tout, de se suffire à soi-même; lire, dessiner ou simplement rêver des journées entières à l'ombre des pins. En somme, retrouver une forme de sérénité, loin du monde. Et peut-être bien en oublier le temps.

Les appartements sont meublés sommairement (literie, étagères, table et chaises), avec cuisine équipée (lave-vaisselle, réfrigérateur) et salle de bains avec WC. Poste de télévision dans chaque appartement.

Électricité fournie par un groupe électrogène. Aucune nourriture ni produits d'entretien ne sont prévus. De l'eau minérale en bouteille est fournie (deux litres par personne par jour).

Une citerne d'eau potable est installée dans la plupart des phares. Le gardien dispose d'une liaison radio. Les téléphones portables (abonnement international) fonctionnent.

101 Dalmatiens érigés comme phares des repères de solitude et d'air marin.

En vrac

- Vols avec Air France au départ de Montreal via Paris, avec correspondances sur Zagreb, puis avec Croatian Airlines sur Dubrovnik.

- Pour une location de voiture au départ de Zagreb, la compagnie Sixt était, en juin, la moins chère. 40 $ par jour pour une Opel 5 Placesé. Sur l'île de Korcula, location de voitures à la journée à partir de 50 $ par jour (MarcoPolo Tours).

- Pour une liste exhaustive des phares et des renseignements sur la Croatie: www.croatia.hr. www.croatie-ot.com, www.amb.croatie.fr.

- Pour louer une maison en bord de crique à Korcula, où on parle français: à partir de 80 euros (à peu près 120 $) par jour.

- Zivan Filippi: Tél. 091 594 0919, www.filippi.zivan@hnet.hr.

- À l'office de tourisme de Korcula, Stanka en est la directrice. En plus de connaître son île par coeur, de l'histoire d'hier aux histoires d'aujourd'hui, d'être latiniste et de proclamer l'identité korculaise comme carte d'affaires, elle parle un français abondant, lyrique et attachant.

Collaborateur du Devoir
 
1 commentaire
  • Charles Guilbert - Inscrit 22 août 2005 01 h 32

    Article approximatif

    Pour votre information: il ne peut pas y avoir plus d'îles en Dalmatie qu'en Croatie.