Clin d'oeil - En famille chez les grands singes

Un bébé orang-outan, c'est bien mignon; le seul ennui, c'est qu'il grandit. Un mâle adulte est haut de 1,4 mètre, pèse entre 60 et 90 kilos, est fort comme six hommes et ses bras, déployés, sont longs de 2,4 mètres. Bonjour, embrassades! Et pourtant, il se trouve des inconscients pour capturer ces créatures et d'autres pour les domestiquer alors même qu'il ne subsisterait sur la planète qu'environ 15 000 individus en liberté, principalement sur les îles de Sumatra et de Bornéo.

Nous sommes justement à Sarawak, État malais de Bornéo, et plus précisément au Semenggoh Wildlife Centre. Créé en 1975, au coeur d'une zone forestière protégée, ce centre réhabilite les grands singes arboricoles dont les humains adoptifs ne veulent plus. Il leur enseigne tout ce qu'ils n'ont pas naturellement appris pour cause de captivité, soit trouver les fruits dont ils se nourrissent, construire leur nid quotidien — eh oui, les orangs-outans dorment sous la canopée, dans un nouveau «lit» toutes les nuits ! —, et se mouvoir de branche en branche.

Ça tombe bien: la forêt tropicale est ici constituée principalement de géants feuillus, des meranti-dipterocarpaceae, aux branches desquels les «hommes de la forêt», orang-hutan en malais, aiment bien se prendre pour Tarzan.

Primates mabouls

Si le centre n'est pas un zoo, les 21 orangs-outans réhabilités qui vivent librement dans ses parages n'en représentent pas moins un attrait important de Sarawak. On peut d'ailleurs apercevoir quelques-uns de nos lointains cousins tous les jours, de 9h à 10h et de 15h à 16h précisément, alors que des employés du centre leur offrent un en-cas juste au cas où ils ne réussiraient pas à dénicher leur pitance quotidienne.

«Oh, c'est le strict minimum pour leur subsistance», explique un guide. Pas question, en effet, de les rendre à nouveau dépendants des humains. Une fois les bananes, papayes et durians déposés sur une plate-forme installée dans la forêt, les employés appellent leurs protégés. Georges! Delima! Ritchie! Jos! Seduku!

Georges, le doyen de 22 ans, se balance au-dessus de ma tête, le temps de me montrer son beau petit costume roux, et disparaît. Accrochée à la voûte végétale, Leila se contente de me reluquer de ses petits yeux tristes. Edwin vient déguster une banane sous mon nez, et j'ai alors tout le loisir de l'observer se draper aux arbres. Quel fanion! Ritchie, lui, atterrit un peu trop près de mon Nikon, qu'il fixe longuement. Je retiens mon souffle: eh, pas touche, mon grand dégingandé, mais... fais seulement un pas et il sera à toi!

Je dois avouer qu'il y a quelque chose d'émouvant au fait de se retrouver subitement face à face avec quelques représentants d'une vieille branche de sa famille au beau milieu de leur habitat naturel... Delima, âgée de 18 ans, et Selina, sa fille, nous snobent. Il paraît que mères et bébés vivent esseulés, la femelle se ménageant un espace vital de sept kilomètres carrés. Belle bulle!

«Jos, Seduku!», appellent de nouveau les préposés. J'imagine qu'ils espèrent secrètement qu'ils ne répondent pas davantage à l'appel, qu'ils se passent bien d'eux, merci. Mission accomplie: ils ne viendront pas.

- Le Semenggoh Wildlife Centre est situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Kuching, la capitale de Sarawak. Cet État, qui occupe, avec le Brunei et l'État malais de Sabah, le nord de Bornéo, île appartenant majoritairement à l'Indonésie, se présente comme une «destination neuve». Et pour cause: ce slogan émane d'un ministère du Tourisme vieux d'à peine 10 ans. Selon Mary Wan Mering, du service de marketing de l'Office du tourisme du Sarawak, la région plaît «aux vacanciers à la recherche d'une nouvelle destination exotique et curieux des cultures indigènes». Oui, madame!

- S'y rendre: avec Singapore Airlines, qui vient de remporter la quatrième place au palmarès Skytrax des meilleurs transporteurs aériens au monde. Son vol New York (Newark)-Singapour est le plus long vol commercial sans escale: 16 600 kilomètres en 18 heures et demie. Il faut ensuite ajouter l'envolée de 90 minutes de SilkAir jusqu'à Kuching. En passant, les sarbacanes sont interdites à bord.

- Quand: entre mars et octobre. Autrement, ce sera... orangs-outans in the mist.

- Renseignements: www.sarawaktourism.com, www.sarawakforestry.com, www.silkair.com, www.singaporeair.com.

Collaboratrice du Devoir