Musée du Génocide à Phnom Penh - Tuol Sleng, l'école des supplices

C'est en 1975 que cet ancien lycée de Phnom Penh fut transformé en cage à supplices par les khmers rouges. Dès lors, pendant quatre terribles années, 17 000 pauvres bougres tomberont là sous les tenailles de bourreaux qui rivalisaient d'imagination et de raffinement dans l'art d'occire à petit feu.

«Allez, avoue!», croit-on encore entendre résonner à l'intérieur des murs glauques de Tuol Sleng. Avouer quoi, au fait? Rien, parce que la plupart du temps, les «opposants à l'Angkar» n'avaient rien à se reprocher, mis à part le fait qu'ils étaient instruits et qu'ils faisaient partie de l'élite, laquelle manque cruellement au Cambodge, aujourd'hui.

Alors les khmers rouges continuaient de scarifier, de sacrifier leurs victimes sur l'autel de l'idéologie ultra-maoïste du Kampuchea «démocratique», à coups de barres de fer, de pinces acérées, de couperets et d'autres objets pas du tout contondants. C'est qu'il ne fallait surtout pas gaspiller de munitions: la révolution en avait assidûment besoin à d'autres fins.

Parmi les consignes auxquelles devaient se soumettre les prisonniers, certaines font cruellement sourire: «Pendant la bastonnade ou l'électrochoc, il est interdit de crier fort», lit-on encore sur un panneau. Aussi tristement risible est le souci méticuleux avec lequel les tortionnaires tenaient de sinistres registres de leurs proies: en plus d'être l'objet d'un dossier écrit fort fouillé, chaque prisonnier était généralement photographié avant et après son passage à tabac, comme si on avait voulu garder de sanglants trophées de l'oeuvre de la révolution.

Quand ils ne succombaient pas à Tuol Sleng, alias la prison S-21, les suppliciés étaient transférés à Choeung Ek, un camp d'extermination mieux connu sous le nom de Killing Fields, comme dans le bouleversant film du même nom. Aujourd'hui, on peut arpenter plusieurs des 129 charniers découverts sur les lieux de ce site posté à 15 kilomètres de Phnom Penh.

Mais qu'on visite Tuol Sleng ou Choeung Ek, on se demande vraiment comment l'être humain peut en venir à tant détester son prochain, au point de l'affliger à des degrés aussi élevés de sordidité, comme s'il lui fallait exacerber un ferment sadique qu'il porte au plus profond de lui.

Le pire, c'est que les crimes de plusieurs des gredins qui officiaient à Tuol Sleng demeurent impunis. Si le camarade Douch, ex-directeur de Tuol Sleng, croupit en tôle en attendant son procès, d'autres tortionnaires courent toujours.

Et contrairement aux derniers SS qui coulent discrètement des jours heureux en Amérique du Sud, les anciens khmers rouges se terrent bien à l'abri, dans leur propre pays...

Musée du Génocide de Tuol Sleng, 113e Rue, Boeng Keng Kang 3, Chamkar Morn, Phnom Penh. (855) 23 300 698. Autres infos sur le génocide cambodgien: www.yale.edu/cgp.

Collaborateur du Devoir

L'auteur était l'invité d'Air France et de Bangkok Airways.

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