Tourisme - Lîle du Prince-Édouard en couleurs

Photos Lio Kiefer
Photo: Photos Lio Kiefer

On pourrait croire que les habitants de l'île du Prince-Édouard ont peur de se perdre ou qu'ils vouent aux touristes une attention de tous les instants pour ne pas qu'ils s'égarent! C'est qu'en arrivant sur l'île, les panneaux de signalisation et d'indication des lieux sont légion. Étourdissant...

Nous avions décidé de faire l'île du Prince-Édouard en motorisé. On avait rempli le frigo de foie gras et de vins de grand usage et choisi avec parcimonie les 450 jouets et peluches qui pourraient agrémenter les heures de route de la prunelle de nos yeux, qui déjà s'impatientait. Cela donnait au véhicule un air de fête qui, vu de l'extérieur, provoquait à certains croisements ou stations-service une salve de klaxons reconnaissant en nous la famille joyeuse en vacances.

Une fois passé les mornes plaines du Québec et les déliés du Nouveau-Brunswick, on atteint le fameux pont, celui de la Confédération, qui unit à jamais les Acadiens aux autres... D'habitude, il y a un péage, mais avec ce motorisé de grande longueur, nous avons suivi un chemin sur la droite qui nous a conduits à une station-service où il y avait de l'eau gazéifiée mais pas de péage. Le séjour commençait plutôt bien.

Direction Summerside et le parc provincial de Cabot Beach. On a saisi la carte de l'île mais celle-ci était moins précise que ce que nous allions découvrir sur la route par panneaux interposés. On ne fait pas un kilomètre sans tomber sur des panneaux indiquant les parcs (municipaux, provinciaux, nationaux) ainsi que les villes, villages, lieux-dits, points de vue, etc.

Et pour être sûr qu'on ne fasse pas de mauvaises rencontres ni d'indignes égarements, il y a la kyrielle de panneaux indiquant les hôpitaux, les postes de police et de pompiers, ainsi que tous les bed and breakfast, les restaurants, les antiquaires et autres commerces de proximité touristique qui ont payé pour s'afficher.

Mais nous ne sommes pas pour autant dans l'ère de l'affichage sauvage. Toutes ces pancartes ont le même format, de couleur verte, jaune ou brune, avec des pictogrammes assez explicatifs qui ravissent les moments d'attention de notre fille. Il y en a tellement, à certains croisements, qu'on risque... de se perdre.

Il fut une tombée de la nuit où nous cherchions un resto spécialiste du déchiquetage de homards en groupe et nous avons trouvé un carrefour où trônaient une vingtaine de pancartes.

Comme dans un dessin animé où le coyote cherche sa route. Le temps de déchiffrer toutes les directions et de se faire lancer des noms d'oiseaux migrateurs, nous avons appris qu'il y avait cinq antiquaires, deux vendeurs de pommes de terre, un horticulteur, une académie de danse et trpos guest houses autour de Lobster Suppers à New Glasgow.

Les esprits chagrins disent qu'il y a autant de pancartes parce que les insulaires ne veulent pas que les touristes aillent n'importe où et se retrouvent en toute impunité sur une falaise non déclarée ou au milieu d'un champ pour discuter avoine avec un équidé non subventionné... et pour garder les lieux d'une grande propreté.

C'est vrai que l'île est bien entretenue. Les verdeurs sont équilibrées, les lopins de terre bien rangés, les routes bien entretenues, les falaises sécuritaires... comme dans un roman de Dickens au bord de mer. Influence britannique oblige, les chiens se retiennent, les chevaux ont leurs toilettes et les mouettes s'oublient dans la mer.

Seul signe d'odeurs fortes et de laisser-aller occasionnel: les petits ports de pêche qui font entrevoir quelques écailles de poissons égarées ou certaines cages à homards avec pinces oubliées.

C'est peut-être dans ces ports qu'on retrouve une certaine escalade de la vie. Il y a les anciens qui défendent le crabe des roches, le maquereau, le homard et la moule du coin avec vigueur. Ils se tiennent sur le devant de maisons grises qui contiennent leurs cages, pièges, leurres et autres filets.

Cette journée-là, il y avait une invasion de soles à Basin Head, où le musée de la pêche rappelle le travail de ceux qui espéraient encore en leur mer. Sur la plage, le vent est si fort et à ce point dirigé dans l'estuaire que les sons qui en sortent ont donné son nom à la «plage du sable qui chante».

Il faut bien un peu de poésie dans cet agencement si bien ordonné.

Car l'île n'est pas garante de surprises ou de chocs visuels au coin d'un virage.

Les golfs se suivent, les sentiers de sensibilisation écologique longent les dunes, les villages dorment autour de l'église, les bed and breakfast font le ménage, les antiquaires époussettent.

On fait du vélo sur les sentiers balisés du parcours Homestead au parc national de Cavendish; on visite Charlottetown côté port ou côté typique. Le port fait dans la Confédération et les commerces. Le typique fait dans les maisons victoriennes et les commerces sous de grandes rues ombragées.

Encore quelques marches bien orchestrées du côté du parc de Red Point avec le circuit du Héron Bleu. On connaîtra la force du vent, les indices de difficulté du parcours number 4. Au camping, on a coupé des bûches pour chaque emplacement qu'on pourra faire brûler dans des vasques en fer réservées à cet effet. Il y en plus de 200, toutes pareilles... Même les bûches se ressemblent.

On tentera de manger du homard avec le pêcheur du coin... mais il nous réfère à un resto dit familial. Là où des bouches hors d'usage sorties d'un autobus climatisé s'activent sur des queues et des pattes à volonté ou aspirent sans vergogne des moules géantes.

Grand pourvoyeur de touristes, lieu incontournable pour les autobus climatisés: le village d'Anne et la maison aux pignons verts, à Cavendish. Musée attenant et cimetière pour l'auteure, Lucy Maud Montgomery.

Pour reprendre le sourire et un peu de désinvolture dans le trajet, j'ai raconté à ma fille les emblèmes de l'île du Prince-Édouard. Pour les oiseaux, c'est le geai bleu. Pour les fleurs, c'est le sabot de la Vierge ou sabot de Vénus, dépendant des croyances. L'arbre, c'est le chêne rouge. On a même une terre d'appellation contrôlée appelée la «série de Chalottetown», qui compte un tiers de la superficie de l'île, là où la patate est reine et le corbeau serein. Sur les armoiries locales, on peut lire Parva sub Ingenti (Les grands protègent les petits). Et j'ai fini avec l'histoire du tartan, car l'île est la première province canadienne a reconnaître la tenue officielle du tartan, because les gens d'origine écossaise sont la plus importante communauté culturelle dans l'insularité. Quatre couleurs: la couleur rougeâtre symbolise la rougeur du sol et des falaises; le vert représente les arbres et l'herbe; le blanc représente l'écume des vagues et le jaune symbolise le soleil.

Ouah! Quelle imagination... La petite s'était endormie.

En vrac

- Pour des informations au millimètre, faites le www.ipevacances.com. C'est, paraît-il, le paradis sur mer.

- Campings plutôt sereins: parc provincial Cabot Beach, Stanhope, Red Point.

- Guest House de bonne tenue: Fairholm à Charlottetown, www.fairholm.pe.ca; The Inn à Bay Fortune, www.innatbayfortune.com; Johnson Shore Inn à Hermanville (prière de bien s'habiller), www.johnsonshoreinn.com; Le Silver Fox Inn à Summerside, % 1 800 565-4033.