Livres - Quelle Amérique?

Jim Wark est un mélange assez peu banal d'aventurier, de technicien et d'artiste. Ancien pilote de la marine, qui s'est défoncé dans l'acrobatie aérienne, c'est néanmoins un esprit formé aux disciplines scientifiques, la géologie et l'ingénierie minière, avant d'ajouter à son arc la photographie aérienne.

C'est d'ailleurs probablement sa formation scientifique qui explique le talent avec lequel il met en relief l'originalité des plus puissants massifs montagneux ou rocheux, déserts ou vallées fertiles des États-Unis, avec la beauté de leurs textures particulières et la lumière qui en émane.

Disons d'entrée de jeu que ce livre, édité par la National Geographic Society, s'inscrit à l'enseigne du pire impérialisme états-unien, culturel, politique et de mauvais goût. En effet, intitulé Amérique entre terre et ciel, il ne parle ni du Mexique, ni du Canada, ni de l'Amérique centrale ou de l'Amérique du Sud.

Que les États-Unis se prennent pour toute l'Amérique, c'est leur droit, mais ça nous donne aussi celui de stigmatiser une suffisance assez éhontée.

On comprend mal, d'ailleurs, que les traducteurs de la version francophone n'aient pas réussi à convaincre une maison d'édition spécialisée dans la géographie de l'ignorance que traduit un titre pareil.

Cela étant dit, le livre demeure un document de grande valeur non seulement parce qu'il résume 15 ans de vols en solitaire au-dessus des villes et milieux naturels des États-Unis, mais parce qu'il en fournit aussi un portrait fort complet de la grandeur artificielle de l'urbanité états-unienne et des perles visuelles que sont, par exemple, les textures et dessins formés par les cultures agricoles, voire par les rejets d'usines polluantes!

Si ces photos des grandes villes ont une réelle valeur sociologique — on reconnaît en tout cas les édifices fétiches —, les chapitres sur les «terres sculptées» et celui sur les sommets majestueux sont sans doute les plus saisissants par ce qu'ils révèlent de la diversité géologique de ce si vaste pays. Et aussi des connaissances géologiques du photographe volant.

En feuilletant ce livre, on ne peut s'empêcher de constater qu'Yann Arthus-Bertrand a fait école depuis 1999 car Amérique entre ciel et terre s'inspire à plusieurs égards de son célèbre La Terre vue du ciel.

D'ailleurs, la National Geographic a repris quelques photos d'Arthus-Bertrand ainsi que d'autres photographes, dont l'apport demeure néanmoins marginal dans l'ensemble.

Globalement, voilà un livre qui donne le goût de revisiter les États-Unis et qu'on feuillettera pendant des mois, découvrant chaque fois un détail, une perle passée inaperçue.