Tourisme - Escapade en Guadeloupe

Le 18 mars 2004, c’était le grand « vidé » en rouge et noir de la mi-carême, à Basse-Terre.
Photo: Carolyne Parent Le 18 mars 2004, c’était le grand « vidé » en rouge et noir de la mi-carême, à Basse-Terre.

En Guadeloupe, j'ai voyagé avec un petit garçon de 45 ans. Mais qu'est-ce qui a bien pu causer ce mystérieux rajeunissement? Le duo soleil et sable chaud, le ti-punch ou encore la glace coco? Je n'en sais rien, mais une chose est sûre: ce coin de France a de quoi séduire les enfants de tout âge.

Ancré dans les Petites Antilles, l'archipel de la Guadeloupe est un département français d'outremer qui inclut Les Saintes, Marie-Galante, La Désirade et, beaucoup plus au nord, Saint-Barthélemy de même que Saint-Martin. Mais la Gwadloup, comme on l'appelle ici en créole, réfère d'abord et avant tout à Basse-Terre, où débarqua Christophe Colomb en 1493. Avec Grande-Terre, sa voisine, les deux îles forment les ailes d'un papillon géant.

Basse-Terre n'est pas basse du tout, Grande-Terre ne l'est pas tant que ça, mais l'ensemble est suffisamment diversifié pour captiver les vacanciers.

Côté mer des Caraïbes, les anses aux eaux calmes et claires invitent à la plongée en apnée ; côté océan Atlantique, les sentiers pédestres des falaises calcaires, à hauteur de la Pointe de la Grande Vigie et de la Porte d'Enfer, font s'oxygéner les randonneurs.

Sur une aile comme sur l'autre, on trouve forts et canons que tous les enfants veulent escalader ; de vieux moulins ruinés, vestiges de l'époque, tout sauf sweet, où l'économie reposait sur l'exploitation sucrière et humaine ; des plantations de café et des jardins botaniques ; des mangroves et des lagons bleus ; des villages esseulés et des stations balnéaires très (trop) achalandées.

Eh regarde, fiston : n'as-tu jamais vu tondeuses à gazon plus adorables et écologiques ? Elles sont charolaises et broutent partout, même le long de l'autoroute nationale !

Un volcan en colère

Pointe-à-Pitre, le coeur économique de la Guadeloupe, de même que Le Gosier, Sainte-Anne et Saint-François, ses principaux pôles touristiques, sont situés sur Grande-Terre, l'aile mondaine du papillon. Sans casinos, mais abritant un volcan très actif, Basse-Terre fait figure de petite cousine campagnarde.

Le massif de la Soufrière, dont la dernière éruption remonte à 1976-77, est d'ailleurs la fierté du Parc national, qui couvre la majeure partie de l'île. Le volcan culmine à 1467 mètres mais plus souvent qu'autrement il a la tête dans les nuages, gracieuseté des alizés.

Laissant la Clio au stationnement de Savane à Mulets, mon jeunot et moi avons gravi un sentier plutôt exigeant qui nous a menés au dôme de Dame Soufrière en moins d'une heure. Là-haut, point de cratère de lave bouillonnante, plutôt une vaste étendue rocailleuse, hérissée de pitons et entaillée de profondes crevasses, toutes tapissées de végétation velue.

Là-haut, point de paix non plus, plutôt un concert de détonations tonitruantes, accompagné de fumerolles nauséabondes. C'est qu'il est en colère, ce volcan ! En fait, un court instant, nous avons même cru qu'un Lear Jet tentait un atterrissage d'urgence.

Le reste du parc est tout aussi impressionnant. Quelque 300 kilomètres de sentier de randonnée, appelés « traces », zigzaguent au coeur d'une forêt tropicale peuplée de ratons laveurs, de volatiles de tous plumages et d'une centaine de variétés d'orchidées.

Et, situées bien souvent en bordure d'une rivière ou donnant sur une chute, des aires de pique-nique nous invitent à déballer baguette, bordeaux et « poulet boukané ».

Ce poulet, grillé sur du charbon de bois, dans de vieux barils de pétrole sciés en deux dans le sens de la longueur pour en faire des barbecues, est vendu le long des routes et, pa ni pwoblem, il est délicieux !

Aux chutes, tous !

Avec leurs 500 000 visiteurs annuels, les chutes du Carbet, qui prennent leur source sur les flancs de La Soufrière, constituent l'attrait le plus populaire de la Guadeloupe. Ces chutes sont au nombre de trois et on y accède grâce à des sentiers balisés.

Le sentier conduisant à la première chute, haute de 125 mètres, est réservé aux randonneurs expérimentés. Mon junior fit d'ailleurs remarquer qu'on pouvait très bien la contempler du parking ! Le sentier qui a pour objectif la troisième chute est le plus long, mais cette dernière n'est haute que de 20 mètres... La piste menant à la deuxième chute, elle, est tout en pente : pendant près d'une demi-heure, on plonge au coeur de la forêt, dense en fougères arborescentes, gommiers et châtaigniers, jusqu'à un petit pont suspendu, et c'est la révélation : le torrent se projette d'une falaise et chute sur 110 mètres jusqu'à un bassin.

Reliant les deux côtes de Basse-Terre en quelque 35 kilomètres, la route de la Traversée, ou des Deux Mamelles (à cause de la présence de deux dômes volcaniques), est sûrement la plus belle de l'archipel : elle traverse le parc et est jalonnée de cascades et de sauts.

Parlant de saut, on dit de celui d'Acomat, non loin de Pointe-Noire et au nord de la route de la Traversée, qu'il s'agit de la plus belle piscine naturelle de la Guadeloupe. On abandonne la Clio en bordure de la route, on descend un sentier pentu pendant une trentaine de minutes, et ça y est : le choix d'un plat caillou où poser son pique-nique nous appartient tandis que le profond bassin à l'eau d'un beau gris-bleu se fait particulièrement invitant.

Ah, l'unique nectar

La Guadeloupe, tout comme la Martinique, sa voisine, produit un rhum unique au monde : le rhum agricole, concocté à partir du pur jus de la canne à sucre et non des résidus, ou mélasses, qu'on obtient après en avoir extrait tout le sucre. Rien à voir, donc, avec les rhums industriels de type Bacardi.

Peut-être que fiston ne sera pas trop emballé à l'idée de visiter une usine, mais comme les engrenages de la Distillerie Longueteau, activés par la vapeur, auraient pu inspirer à Charlie Chaplin ses Temps Modernes, ledit fiston pourrait bien trouver la visite tout aussi fascinante que nous.

Quoi qu'il en soit, si nous avons choisi la Distillerie Longueteau, située à Sainte-Marie, sur Basse-Terre, parmi la demi-douzaine de rhumeries du papillon, c'est qu'il s'agit de la plus vieille distillerie encore en activité de la Guadeloupe. Et aussi parce que mon jeunot tenait absolument à jeter un coup d'oeil sur la propriété que le marquis de Sainte-Marie, le premier proprio, avait perdue au jeu au profit d'Henri Longueteau, en 1895.

L'accès à l'usine est simplissime : on y entre comme dans un moulin ! Après avoir salué à la cantonade, nous nous sommes approchés des équipements et voilà qu'un ouvrier s'est porté volontaire pour nous faire visiter les lieux. Il nous a expliqué comment le jus est extrait de la canne par broyage, comment la bagasse, ses résidus fibreux, est ensuite utilisée comme combustible pour faire fonctionner les machines, comment des levures sont ajoutées au jus afin de convertir son sucre en alcool et comment ce dernier est distillé pour produire 600 litres de rhum à l'heure.

Notre guide improvisé nous a ensuite entraînés dans les champs pour nous faire voir la canne de près, puis dans une petite case de bois pour nous faire déguster une lampée de rhum Mon Repos, la marque destinée au marché local, et une autre de rhum vieux Longueteau, la marque qu'on exporte « en métropole ». Le verdict ? Étonnant ce qui peut être concocté avec un équipement aussi anachronique !

Jardin de mer

Fiston apprécierait pour sûr l'excursion en bateau à coque de verre qui, depuis la plage de Malendure, sur Basse-Terre, mène à la réserve marine du commandant Jacques Cousteau, autour des îlets Pigeon.

Le jour où nous y sommes allés, le bateau était bondé d'enfants. En approchant du récif, tous se sont précipités au pont inférieur, vitré, curieux de voir poissons-perroquets, oursins et coraux (plutôt abîmés, il faut le dire).

Comme la réserve est l'un des endroits les plus populaires pour la plongée en apnée autour du papillon, le bateau s'est immobilisé pour qu'on aille y voir de plus près. Comme tout le monde, j'ai mis mon masque, mon tuba et mes palmes et j'ai sauté par-dessus bord. Et là, en pleine mer, il m'est arrivé la même chose inexplicable qui était arrivée plus tôt à mon gamin de 45 ans : barbotant de bonheur, je suis, moi aussi, retombée en enfance. Voilà qui doit faire partie de la magie de la Gwadloup, je présume.

En vrac
- Plutôt décrépite, la Pointe-à-Pitre. On s'y arrête pour jeter un coup d'oeil à la belle maison qui abrite l'office du tourisme, à l'autre, créole, où loge le Musée municipal Saint-John Perse et au marché Saint-Antoine, qui vend des épices, dont le colombo, un mélange indien de coriandre, d'ail, de piment, de curcuma et de cannelle. On y va aussi pour participer à un temps fort de la vie insulaire : le carnaval. Les festivités débutent le dimanche précédant le mercredi des Cendres et culminent, quatre jours plus tard, par un grand « vidé » (défilé) en noir et blanc et en musique qui, le soir, endiable les rues de la sous-préfecture. Le « clou », c'est le « brilé » (immolation) du roi Vaval, au port de La Darse. À la mi-Carême, c'est au tour du grand « vidé » en rouge de prendre d'assaut les rues des communes.
- De Trois-Rivières, sur Basse-Terre, la traversée jusqu'à Terre-de-Haut, aux Saintes, est d'à peine 30 minutes. Au cas où vous vous ennuieriez du cirque touristique... De Pointe-à-Pitre, la — dure — traversée jusqu'à Marie-Galante prend environ une heure. Pour vous ennuyer tout court.
- Une chose qu'il faut savoir : les îles ont un sérieux problème de gestion des ordures. À Baillif, la décharge à ciel ouvert, qui dégouline jusqu'à la mer, est une véritable honte. Toutes ces carcasses de voitures qui déparent le paysage, toutes ces poubelles qui débordent, en bordure des plages, aussi. Dommage : la nature y est si généreuse et les Guadeloupéens tellement accueillants.
- Renseignements: www.maguadeloupe.ca, www.lesilesdeguadeloupe.com, www.guadeloupe-parcnational.com, ainsi que le guide Ulysse Guadeloupe, signé Pascale Couture, pour bien planifier son séjour.