Nantes, éloge de la fantaisie

Marie-Julie Gagnon
Collaboration spéciale
L'œuvre Éloge du pas de côté, réalisée par le sculpteur Philippe Ramette
Photo: Philippe Piron/Le voyage à Nantes L'œuvre Éloge du pas de côté, réalisée par le sculpteur Philippe Ramette

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Impossible de ne pas sourire. Un pied sur le socle, l’autre dans le vide, le personnage en complet semble narguer les passants, place du Bouffay. Baptisée Éloge du pas de côté, la statue de Philippe Ramette est sans doute l’une des œuvres qui définissent le mieux Le voyage à Nantes, un événement estival présentant une collection unique de plus de 100 œuvres d’art dans l’espace public qui inaugurera sa 11e édition le 2 juillet prochain.

Nantes n’est pas une ville : c’est un écrin à ciel ouvert. Ses trésors se dévoilent à quiconque sait voir au-delà du premier coup d’œil. Il faut dire que l’expression « se réinventer », la troisième grande métropole de France par sa croissance démographique a été forcée d’en faire son mantra bien avant la pandémie. Après la fermeture des chantiers navals en 1987, l’art s’est peu à peu imposé pour imaginer l’avenir.

Plus de trois décennies plus tard, les espaces publics affichent fièrement l’audace des créateurs. Les événements se sont multipliés. Dans la rue comme dans les musées, les Nantais semblent fous de leur ville. Ils sont les premiers à prendre d’assaut les usines et entrepôts convertis en lieux culturels.

Humour toujours ?

Depuis 2012, Le voyage à Nantes s’amuse à brouiller les repères, à décaler les perceptions et à interroger le lien entre l’art et le monde. Ce parcours d’art urbain unique s’enrichit tous les ans de nouvelles créations, lors de l’événement estival. « Chaque été, nous avons hâte de découvrir les nouvelles œuvres », raconte la blogueuse Adeline Gressin, qui a quitté Paris pour Nantes en 2018.

Tracée sur le sol, une ligne verte devient le fil conducteur de la promenade. Dans le cours Cambronne, on se demande si l’écolière d’Éloge de la transgression, aussi imaginée par Philippe Ramette, est en train de monter sur le socle vide ou d’en descendre. Dans le Jardin des Plantes, Le banc géant de Claude Ponti nous donne quant à lui l’impression que nous avons rejoint le monde des fourmis.

Le jeu des illusions

 

Sur la butte Sainte-Anne, près du musée Jules Verne, le Belvédère de l’Hermitage, de l’artiste japonais Tadashi Kawamata, encadre le ciel et le fleuve. Il suffit de quelques pas pour voir surgir la Loire et l’île de Nantes.

Photo: Marie-Julie Gagnon L'œuvre «Invendus», de Lilian Bourgeat

Sous une architecture démontable conçue à partir de serres agricoles, la Cantine du Voyage accueille les flâneurs comme les affamés dans un décor signé par le collectif nantais Appelle-moi Papa. Près du potager de la Cantine, on découvre d’immenses bottes de pluie qui pourraient appartenir à un potentiel occupant du banc du Jardin des Plantes. Ce n’est pourtant pas leur taille qui étonne le plus, mais le fait qu’elles soient toutes deux du pied gauche. Dévoilées en 2020, les bottes mesurent trois mètres de haut et sont de pointure… 2000. « Ça s’appelle Invendus, de Lilian Bourgeat, explique Bénédicte Péchereau, chargée de la promotion internationale. Comme c’est le même pied, on ne peut pas les vendre ! » Immédiatement, la machine à scénarios se met en marche.

C’est précisément là que réside la magie de Nantes : dans la trace qu’elle laisse des jours, des semaines, des mois après qu’on l’a arpentée. On se rappelle autant les histoires déjantées qu’on nous a racontées que de celles inventées au fur et à mesure de nos découvertes. Et on a, plus que jamais, envie de faire un pas de côté nous aussi.

Reconvertir une ancienne chapelle

La porte du SŌZŌ hôtel entraîne le visiteur dans un autre monde. Sous une voûte de 17 mètres de haut, le choeur de la chapelle du XIXe siècle fait aujourd’hui office de hall. Vitraux et pierres ne laissent planer aucun doute sur l’histoire du lieu. Si chacune des chambres de l’hôtel-boutique a son charme, celles qui se trouvent dans les absides restent les plus spectaculaires. On ne s’étonne pas que l’endroit soit très prisé des vedettes. L’une des suites arbore même le chapeau d’une de ses célèbres occupantes : Amélie Nothomb.

À découvrir aussi

 

• Parmi les incontournables à Nantes, mentionnons le passage Pommeraye, la légendaire brasserie La Cigale et son décor Art Nouveau, les machines de l’île, à la croisée des « mondes inventés » de Jules Verne et de l’univers de Léonard de Vinci, le château des ducs de Bretagne, où se trouve depuis 2007 le Musée d’histoire de Nantes, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Krzysztof Wodiczko, les Anneaux de Buren, sur l’île de Nantes, et le muscadet.

• Pour une belle promenade d’un jour, prenez le train pour Clisson, étonnante ville transformée à l’italienne après la Révolution.

Notre collaboratrice était l’invitée de l’événement Le Voyage à Nantes, qui n’a eu aucun droit de regard sur ce texte.



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