Explorer Venise à travers la musique

Gabriel Anctil
Collaboration spéciale
De 28 à 30 millions de visiteurs s’attroupent annuellement dans la ville italienne pour y admirer ses splendeurs et succomber à son charme intemporel.
Photo: Cristina Gottardi/Unsplash De 28 à 30 millions de visiteurs s’attroupent annuellement dans la ville italienne pour y admirer ses splendeurs et succomber à son charme intemporel.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Venise est une ville unique, qui fait rêver les romantiques du monde entier. Cette localité, bâtie sur l’eau, où les rues sont des canaux et où l’on se déplace en gondole ou en bateau, a depuis des siècles frappé l’imaginaire des voyageurs et des esthètes de tous les continents.

Pas surprenant que de 28 à 30 millions de visiteurs s’y attroupent annuellement pour y admirer ses splendeurs et succomber à son charme intemporel. Et bien que les petites rues labyrinthiques de la ville-musée deviennent par moments extrêmement bondées d’étrangers — il n’y a qu’un peu plus de 50 000 Vénitiens qui habitent le centre historique —, chacun en repart ébloui d’avoir contemplé tant de beauté concentrée.

L’ancienne cité-État est si riche, culturellement et historiquement, qu’il est possible de la visiter sous différents angles plus spectaculaires les uns que les autres. Son architecture est le résultat de siècles de savoir-faire et d’influences diverses. Sa gastronomie est créative, fraîche et délicieuse. Ses musées regorgent de chefs-d’œuvre de peintres vénitiens de la Renaissance — Bellini, Carpaccio, Giorgione, Titien, Le Tintoret… — qui sont des magiciens de la couleur et de la lumière.

Vous pouvez également vous promener et observer la passionnante histoire de la Sérénissime s’incarner dans chaque église, chaque palais, chaque école ou chaque basilique, dont les plus imposants ont été construits alors que Venise était une puissante république (particulièrement du XIIIe au XVe siècle) et qu’elle possédait un empire commercial qui s’étendait aux quatre coins de la Méditerranée : du nord de l’Italie jusqu’à Chypre, en passant par le Monténégro, l’Albanie, la Grèce et la Crète.

Mais une des façons les plus originales et les plus agréables d’explorer cette ville italienne est de le faire à travers la musique qu’elle a inspirée et qu’il est encore aujourd’hui possible d’y écouter.

Une myriade de mélodies

 

Pour les mélomanes, Venise est considérée comme l’une des capitales musicales historiques d’Europe. Son apport a particulièrement été important pour l’opéra. Bien que cette forme d’art mêlant le théâtre et la musique ait vu le jour à Florence en 1600, c’est à Venise qu’elle s’est vraiment définie et popularisée. C’est dans la cité des Doges qu’est inauguré, en 1637, le premier théâtre public d’opéra, le Teatro San Cassiano, qui démocratise cet art lyrique, qui n’est plus présenté aux seuls nobles italiens. Celui-ci remporte un immense succès chez les Vénitiens, qui deviendront de véritables passionnés de ce genre musical. Dès lors, la ville flottante deviendra la Mecque de l’opéra.

Photo: Gabriel Anctil Des rangées de loges se superposant jusqu’au plafond au théâtre La Fenice

Le plus célèbre théâtre lyrique de la cité est certainement La Fenice, qui a ouvert en 1792, et qui offre toujours des spectacles. Y assister à un concert est une véritable expérience qui vaut assurément le déplacement. La salle, en forme de fer à cheval, est superbe, avec ses dorures, ses peintures, ses chandeliers, ses rangées de loges qui se superposent jusqu’au plafond, ses bancs en feutre rouge, son exceptionnelle acoustique et sa loge impériale, qui fut construite spécialement pour Napoléon. L’empereur y assista à un spectacle le 1er décembre 1807 alors qu’il régnait sur une grande partie de l’Europe et de l’Italie.

Plusieurs opéras qui ont marqué l’histoire de la musique y ont été créés et présentés pour la première fois, dont I Capuleti e i Montecchi (Les Capulets et les Montaigus) ainsi que Beatrice di Tenda (Béatrice de Tende), de Bellini ; trois opéras de Rossini : Tancredi (Tancrède), Sigismondo (Sigismond) et Semiramide (Sémiramis) ; cinq œuvres de Verdi : Ernani (Hernani), Attila, Rigoletto, La Traviata et Simon Boccanegra ; en plus de The Rake’s Progress (La carrière du libertin), d’Igor Stravinski, en 1951.

L’enfant prodige

Mais le compositeur qui a le plus marqué les habitants de la lagune de Venise est certainement Vivaldi, le violoniste virtuose, qui y est né en 1678. Celui qu’on surnommait « le prêtre roux » fut l’un des créateurs musicaux les plus influents de la période baroque et l’un des artistes les plus célébrés de son temps, partout en Europe.

Les quatre concertos qui forment Les quatre saisons sont parmi les pièces les plus connues du répertoire mondial. Vous les entendrez un peu partout à Venise, où ils sont joués autant à l’intérieur d’églises, de salles de spectacle que sur la place Saint-Marc, où se concentrent les nombreux touristes.

En vous promenant dans cette ville magique où se multiplient les petits ponts, les arcades et les embarcations, vous vous demanderez peut-être pourquoi Venise a tant inspiré les musiciens de toutes les époques. Est-ce les reflets des bâtiments inversés dans les eaux des canaux qui leur permettaient de mieux s’extirper du réel ? Ou le sentiment de vivre sur une magnifique île qui semble s’être évadée du temps ?

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