Clin d'oeil - Comment halez-vous?

Plusieurs excursions ont été créées à l'intention des croisiéristes qui sillonnent le Yangzi entre Chongqing (ça se prononce «tchongching») et Wuhan, en Chine. Si la visite du complexe hydroélectrique des Trois Gorges est la plus édifiante, celle qui consiste à remonter la rivière Shennong, tributaire du plus grand fleuve du pays, compte sans doute parmi les plus belles.

À hauteur de Badong, à bord d'un autre bateau, on quitte donc les eaux brunâtres du «fleuve Bleu» pour emprunter une voie d'eau verte, qui court sur quelque 60 kilomètres.

Le panorama est magnifique. Sur les flancs des montagnes, on cultive du sésame, des arachides, du maïs, du thé vert, et, pour changer, on aperçoit des hommes, des chèvres et des maisons. C'est que l'élévation du niveau du fleuve n'a pas affecté — du moins pour l'instant — l'affluent et ses rives. Par conséquent, il n'y a pas ici de hameaux submergés, de cultures abandonnées, de terrasses fantômes... Il y a par contre des grottes béantes qui pourraient abriter bien des revenants! C'est d'ailleurs dans des cavités tout en haut des falaises de calcaire que les Han juchaient leurs morts.

Aujourd'hui, dans ces parages, vivent les Tujia, l'une des 55 ethnies chinoises. Bientôt, ce sont des agriculteurs de cette minorité qui manoeuvreront les «cosses de pois» dans lesquelles nous monterons lorsque la rivière se rétrécira.

Et voilà l'embarcadère: des gradins en béton, qui nous rappellent que les croisières touristiques sur le Yangzi ne datent pas d'hier mais bien d'une douzaine d'années.

Folklore fragile

Les «cosses de pois» (ou wan dou jiao) qui nous attendent constituent le plus vieux type d'embarcation du pays. On se divise en groupes de douze, on prend place dans les longues barques, et que commence l'«expédition»! Le cours d'eau semblant de plus en plus à court d'eau, notre équipage met rapidement pied à terre et se met à tirer la «cosse» à l'aide de cordages de bambou tressé. Exactement comme jadis les marins de l'ère Ming halaient, depuis les sentiers qu'ils avaient tracés à même les falaises des gorges, les bateaux qui remontaient le courant du périlleux Yangzi.

Nous sommes maintenant dans une forêt. Il n'y a plus qu'un filet d'eau. Les hommes se mettent à chanter tout en nous faisant rebrousser chemin. Leur chant, leur savoir-faire me semblent faire partie d'un folklore fragile: ne recrée-t-on pas ce tour de force juste pour nous, étrangers?

De retour à bord du Princess Jeannie, l'un des navires de la compagnie China Regal Cruises, le directeur Richard Xie me confie que cette année, son chiffre d'affaires ne sera pas très bon mais qu'il garde espoir.

«En 2002, tout le monde voulait voir les gorges avant qu'elles ne disparaissent, comme si elles allaient disparaître!», dit-il. (Pas de danger: les montagnes s'élèvent à 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer tandis que le niveau du Yangzi, qu'on a commencé à hausser en 2003, atteindra 175 mètres lorsque le barrage sera opérationnel, en 2009.)

«Aujourd'hui, plusieurs bateaux sont amarrés, faute de clients. Mais en 2005, la région des Trois Gorges sera nommée zone spéciale, et nous comptons sur la venue d'investisseurs étrangers pour développer les sites panoramiques et créer de nouvelles excursions.»

Puissent-ils ne pas trop «créer» ni «développer», M. Xie: les Tujia ont des terres à cultiver, non?

Les meilleurs mois de l'année pour naviguer sur le Yangzi sont mars, avril, mai, septembre et octobre: il ne fait pas trop chaud, contrairement à l'été, qui est aussi la saison des crues. Quant au meilleur sens de navigation, c'est vers l'est, vers Wuhan. En sens inverse, donc à contre-courant, le bateau met six jours pour gagner Chongqing. Or quatre jours de croisière sur ce fleuve semblent amplement suffisants pour apprécier pleinement le panorama. N'oublions pas que les gorges ne s'étalent que sur 200 des 1200 kilomètres de ce voyage...

Renseignements: www.tourismchina-ca.com, www.chinaregalcruises.com.

Carolyne Parent était l'invitée du China National Tourist Office.