Lou, touriste de la vie

Elle est partie la semaine dernière pour un dernier voyage. Lou est une extravertie du voyage. On dit souvent que lire des livres fait voyager.

Pour Lou, c'est le contraire. Quand elle voyage, cela lui rappelle des livres.

À St-Pétersbourg, elle a refait le parcours de Dostoïevski. En Provence, je l'ai vue sauter dans une piscine antique sans évoquer Pagnol. Ca sentait bon la lavande et les cigales récitaient Giono. En Chine, elle évoque le mandarin mais se soucie des Mandchous incertains. En Jamaïque, elle s'est un peu ennuyée.

Elle fréquente tous les musées comme on fait ses achats au marché Jean-Talon... Elle soupèse l'exposition, harangue le gardien, tombe en pâmoison devant une toile, se détourne d'une statue, revient en arrière, découvre un manuscrit, relie le Coran, se mêle à un groupe, indiscipline le guide...

Je l'ai vue tortiller de ses grands yeux une gargouille de la cathédrale de Bourges et pousser hors de ses limites un poissonnier de la rue Mouffetard sur l'attribution du dernier Goncourt.

À New York, elle parle aux pigeons et évoque Miller. Elle fréquente les antiquailleries des bords de Loire ou des faubourgs parisiens ; elle a déniché une grande toile... inconnue. Un violon joue, elle est songeuse. Le concerto reprend, elle jubile.

Lou est partie la semaine dernière pour le dernier voyage, seule. Juste avant que la mésange récite ses poèmes. Comme une touriste de la vie qui ne prend qu'un aller.