Lisbonne, cité enchanteresse prisée des voyageurs

Gary Lawrence
Collaboration spéciale
Le Castelo de São Jorge, une ancienne forteresse, domine le quartier d'Alfama.
Photo: Gary Lawrence Le Castelo de São Jorge, une ancienne forteresse, domine le quartier d'Alfama.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

À la fois gracieuse et joliment décatie, la capitale portugaise navigue entre vieille Europe et dynamisme contemporain, entre mélancolie et exultation des sens.

Depuis des mois, le vieil ascensor de Bica est figé dans la rue de São Paulo, couvert de graffitis, comme freiné dans sa course. Trop exigu pour ne pas devenir un incubateur à virus multicornes, ce funiculaire semble attendre la fin de la pénitence. Contrairement à lui, toutefois, Lisbonne est depuis longtemps sortie de la torpeur pandémique.

Au début d’avril, la capitale portugaise débordait déjà de vie sous la lumière pimpante du printemps. Bon nombre de visiteurs — croisiéristes y compris — avaient repris d’assaut les venelles étriquées des vieux quartiers, la vaste praça do Comercio — grand-place donnant sur le Tage — et l’elétrico 28, ce fameux tramway en bois qui grince dans les virages des pittoresques quartiers du Chiado, de Graça, de Baixa et de l’Alfama.

Fidèles à leurs habitudes, les Lisboètes observaient le retour de ces badauds voyageurs, placidement assis en terrasse ou autour d’un quiosque, en assistant au lent défilement du temps. Un verre d’orchata ou un vinho verde dans une main, une tartelette ou une croqueta de bacalhau dans l’autre, ils prouvaient une fois de plus que l’esplanadar, ce farniente portugais, est un art qui ne se perd jamais.

À pas rompus

 

Cité langoureuse et enchanteresse, tournée vers l’Atlantique, mais si méditerranéenne, Lisbonne aime également faire bouger, qu’on l’attaque de plain-pied à coups de becos (ruelles), d’impasses coudées ou d’escaliers casse-cou, en jouant à se perdre en elle le long de parcours ponctués d’incontournables.

Parmi eux brillent le Mosteiro dos Jeronimos (monastère des Hiéronymites), chef-d’œuvre d’art manuélin où repose Vasco de Gama, l’elevador de Santa Justa et sa dentelle de fer crochetée par un disciple d’Eiffel, le musée d’art Gulbenkian avec ses 6000 œuvres et le Castelo de São Jorge (château Saint-Georges), ancienne forteresse wisigothe, musulmane puis chrétienne, qui domine la ville et la mer de Paille.

Photo: Gary Lawrence L’«elevador» de Santa Justa et sa dentelle de fer crochetée par un disciple de Gustave Eiffel

Vêtue de milliards de pavés de couleur basalte dans les rues, blancs et mosaïqués sur les trottoirs, en forme de vague sur les places publiques, Lisbonne est aussi couverte d’azulejos, ces faïences vernissées qui habillent tant de devantures dans cette ville, maquillant les lézardes des immeubles épargnés par le grand séisme de 1755. De nos jours, un foisonnant art muralier a pris le dessus pour masquer les cicatrices du temps.

Une à une, on savoure les sept collines sur lesquelles l’antique Alissubo — « rade délicieuse », en phénicien — est née, avant de se gaver de panoramas sur le circuit des miradouros, ces 30 esplanades-belvédères qui donnent des points de vue si saisissants sur la ville et où règne toujours une fébrile animation : tchatche en terrasse, musiciens et peintres publics, tourtereaux qui toujours s’enlacent et jamais ne s’en lassent.

Affable Alfama

 

Tôt ou tard, on se fait aspirer par les venelles pentues et étriquées de l’Alfama, ce quartier populaire à la trame digne d’une médina arabe — Lisboa ne le fut-elle pas un temps ? Les commères s’y lancent des ragots d’une fenêtre à l’autre, l’odeur de lessive fraîche y flotte dans l’air, le populo y vit sans se soucier des lendemains, même quand ils sont tristes.

Photo: Gary Lawrence L'«ascensor» de Bica, couvert de graffitis

À l’heure bleue, on entend d’abord l’Alfama avant de le voir. Dès qu’on s’en approche, on sent surgir du fond des placettes les notes alanguies du fado, cette mélopée née de l’affliction des départs des marins d’autrefois. La saudade, « un mal dont on jouit, un bien dont on souffre », monte alors dans les rues comme les larmes aux yeux.

Bientôt il fait nuit, et Lisbonne rayonne, luisant sous la lumière blonde des lanternes. Dans le Bairro Alto, sous les balconnets de fer, les murs graffités de taghettis disparaissent derrière la silhouette des noceurs de cette ville, fort douée pour la bringue, parsemée de bars de poche et d’excellents restos, souvent si riquiquis qu’ils tiendraient dans un placard.

D’hier à demain

Au fil des ans, Lisbonne a cependant mué. Après Expo 98, elle est progressivement devenue un puissant incubateur de créateurs, ce qu’on sent aujourd’hui au LX Factory, ce « village lisboète » qui regroupe ateliers d’artistes, agences de design, restos et boutiques tendance et tout le toutime, ou au Hub Criativo do Beato, qui a vu ses entrepôts militaires désaffectés être réaffectés aux créatifs.

Mais au-delà du pont du 25-Avril, si semblable au Golden Gate de San Francisco, le monument aux Découvertes nous ramène bien vite au temps jadis en rappelant que, si Lisboa est si fabuleuse aujourd’hui, c’est qu’elle fut un jour au cœur d’un peuple d’incroyables navigateurs, et que c’est toujours à l’aune de leur grandeur que se mesure la beauté de sa vieille âme amarinée.

Notre journaliste était l’invité de Visit Lisboa et de TAP Air Portugal.

À savoir

TAP Air Portugal relie Montréal à Lisbonne jusqu’à cinq fois par semaine sans escale, et ce, toute l’année.

Le métro relie directement l’aéroport au centre-ville ; il faut compter 45 minutes (et 1,50 euro) pour gagner la vieille ville.

Deux bons guides : le Cartoville, avec ses cartes dépliables (2022-2023), ainsi que le GEOguide Coups de cœur (2020).

Info : visitlisboa.com (site officiel) et lisboninsiders.com (art de vivre et tendances du moment).



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