Murdochville, l’épicentre québécois du ski hors-piste

Gary Lawrence
Collaboration spéciale
Partout en Amérique du Nord, le ski hors-piste en montagne est en plein essor.
Photo: Félix Rioux Partout en Amérique du Nord, le ski hors-piste en montagne est en plein essor.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Après avoir frôlé la fermeture en 2002, l’ancienne ville minière de Murdochville, en Gaspésie, est devenue l’un des hauts lieux du ski hors-piste au Québec. Et ça ne fait que commencer.

Tandis que bon nombre de stations de ski peinent à ouvrir la totalité de leur domaine skiable en plein janvier, la petite ville de Murdochville voit affluer de plus en plus de skieurs et de planchistes.

En quête de poudreuse et de neige folle, dans cette région qui reçoit jusqu’à sept mètres de flocons annuellement, ces amateurs de glisse cherchent à fuir la foule et les files d’attente des remontées en station. Ils tiennent mordicus à faire leur propre trace, souvent après avoir gravi les pentes grâce à leurs skis munis de peaux d’ascension (ou peaux de phoque). Partout en Amérique du Nord, le ski hors-piste en montagne (avec ou sans randonnée alpine) est en plein essor, et Murdochville en est devenu l’un des épicentres québécois.

C’est ici que l’offre de ce type d’activité est la plus complète, dans la Belle Province blanche. Avec ou sans guide, on a d’abord accès à trois domaines skiables en autonomie : le mont Porphyre, sommet dénudé qui s’élève aux portes de la ville ; le mont Lyall, situé dans un proche rayon et consacré aux skieurs avertis ; ainsi que le mont York, éminemment sauvage et réservé aux skieurs et planchistes de très haut niveau. Les plus nantis (ou les moins actifs) peuvent également s’offrir des remontées en catski (une chenillette pouvant mener 14 skieurs au sommet) et même en héli-ski, pour aller chercher la meilleure poudreuse disponible en une seule et même journée.

Photo: Félix Rioux Vue de la ville de Murdochville et du mont Miller

Les skieurs débutants et intermédiaires ne sont pas en reste, car ils peuvent profiter des 32 pistes d’un domaine modeste (280 m de dénivelé) mais agréable, le mont Miller. Situé en pleine ville, jamais trop achalandé, celui-ci compte quelques pistes damées, mais il offre aussi du ski de poudreuse à profusion — du moins après une bonne bordée — accessible en remontée mécanique, chose rare au Québec. « C’est parfait pour peaufiner sa technique dans la neige vierge avant de s’attaquer aux autres sommets », assure Steve-Éric Savoie, guide d’aventure local.

Du déclin au renouveau

 

Fondée en 1953 pour exploiter un énorme gisement de cuivre, Murdochville est passée à deux doigts de fermer, en 2002, au terme de deux référendums (remportés à 65 %). Après la fermeture des installations minières dès 1999, rien n’allait plus, et la petite agglomération déclina jusqu’à devenir moribonde dans les années 2000.

Cet engouement pour la glisse fait de Murdochville l’un des rares endroits au Québec plus vivants l’hiver que l’été. Il s’y presse chaque année pas moins de 5000 skieurs et planchistes — soit autant d’habitants que comptait la ville à son apogée, en 1974.

En 2006, Guillaume Molaison s’est établi dans ce qu’il restait de cette ville, voyant le potentiel que recelaient toutes les montagnes environnantes et le faible coût de l’immobilier. « À l’époque, j’ai acheté mon premier duplex pour 6000 $ », dit ce maniaque gaspésien de ski hors-piste, fondateur du Chic-Chac. Aujourd’hui, cette entreprise spécialisée dans le ski hors-piste est en pleine expansion.

En décembre dernier, le Chic-Chac a ainsi déménagé ses pénates dans l’ancienne église du village, fraîchement rénovée au coût de 1,2 million de dollars. Celle-ci sert désormais de bar, de restaurant, de chalet d’après-ski et de salle de spectacle. « Quand les règles sanitaires le permettront, j’aimerais aussi y faire évoluer la culture, la musique et les arts », mentionne Guillaume Molaison.

En attendant, le QG sert déjà de lieu de rassemblement à la jeune, pétulante et rafraîchissante communauté de skieurs hors-piste qui fréquente la ville ou qui s’y est établie. « C’est à travers le retour à la nature, le plein air et l’activité physique que Murdochville est en train de renaître », ajoute l’entrepreneur-skieur, à qui on attribue en grande partie la renaissance des lieux.

Ces quatre dernières années, la population des 35 ans et moins a quintuplé dans cette ville de moins de 800 âmes. Avec la pandémie, l’essor du télétravail et un besoin de plus en plus pressant de prendre l’air loin des grands centres urbains, de nombreux Québécois ont déménagé à Murdochville, alléchés par le faible coût de l’immobilier, séduits par la quiétude des lieux et attirés par la possibilité de s’adonner aisément au plein air, été comme hiver. La proximité de la réserve faunique des Chic-Chocs et du parc national de la Gaspésie, qui figurent parmi les plus beaux sites de ski hors-piste du Québec, a aussi suscité l’intérêt de bon nombre de ces « nouveaux arrivants ».

Même si c’est par le ski que Murdochville est revenue à la vie, d’autres activités y sont offertes ou le seront dans un proche avenir, que ce soit l’hiver (raquette, fatbike, motoneige…) ou l’été (camping, rafting, randonnée pédestre, canoë, kayak, vélo de montagne…). Déjà, d’autres petites entreprises de plein air — comme Le Couloir, qui verse aussi dans le ski hors-piste — s’établissent à Murdochville, et d’autres sont pressenties : manifestement, on n’a pas fini d’entendre parler de cette petite communauté en pleine reviviscence.

L’auteur de ces lignes était l’invité de Tourisme Gaspésie et du Chic-Chac.



À voir en vidéo