La beauté intérieure du ​Club Med Québec Charlevoix

Carolyne Parent Collaboration spéciale
L'aire de la piscine chauffée, où des grandes baies vitrées offrent une vue surplombant le fleuve Saint-Laurent.
Photo: Club Med Québec Charlevoix L'aire de la piscine chauffée, où des grandes baies vitrées offrent une vue surplombant le fleuve Saint-Laurent.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Ça y est enfin. Rêvé, espéré, attendu depuis plus d’une décennie, le premier Club Med à la montagne de ce côté-ci de l’Atlantique a ouvert ses portes aux vacanciers le 3 décembre. Rue de la Montagne secrète, il s’étale à la base du centre de ski Le Massif, situé à Petite-Rivière-Saint-François. Pour Lemaymichaud, la firme de Québec qui signe le design intérieur de ce village 4 tridents (ainsi que son architecture), les aménagements devaient être à la hauteur de la majesté de ce secteur de la réserve de la biosphère de Charlevoix, désignée par l’UNESCO.

« Le fil conducteur du projet, c’était d’en mettre plein la vue ! confie l’associée principale Katrine Beaudry. C’est important dans un bâtiment doté de grandes baies vitrées tournées vers le fleuve Saint-Laurent, vers la montagne, et dans un environnement où la lumière est exceptionnelle. »

Pour elle-même et l’équipe de designers qu’elle chapeaute, c’est l’aboutissement de neuf années de travail — un projet « quinze en un » puisque l’hôtel compte trois catégories de chambres, plusieurs espaces de restauration et d’autres lieux publics.

Oui aux codes, non aux clichés

 

S’invitant à l’intérieur du bâtiment, la nature trouve écho dans un design qui reflète le passage des saisons au fil des espaces publics et privés. L’automne correspond aux salles à manger et au réconfort que procure la gastronomie. L’une des ambiances du restaurant principal, Le Marché, est d’ailleurs La Moisson. L’hiver prend ses aises dans le cocon douillet que sont les chambres. Certaines, à toit pentu, reproduisent l’atmosphère d’une cabane. « Et l’hiver, c’est aussi le bar, où le bonhomme Carnaval fera peut-être une apparition… » dit Katrine Beaudry. Au printemps, on renaît au spa et à la piscine. Quant à l’été, il ensoleille les quartiers des enfants.

Aux saisons se rattachent les thèmes de l’agriculture, de la pêche et de la chasse, ainsi que des références aux Autochtones du Québec et du Canada. « On évoque le totem, il y a un superbe portrait d’une Amérindienne dans une catégorie de chambres ; un attrape-rêve dans une autre. [L’ancien grand chef huron-wendat de Wendake] Konrad Sioui a vu le tout et s’est déclaré ravi », affirme la designer.

L’endroit est convivial, mais on n’est pas dans un musée. On n’est pas chez l’habitant et on n’est pas à la cabane à sucre non plus ; on est au Club Med, ce qui signifie un esprit festif, oui, mais on ne sera pas servi par un coureur des bois !

 

Mais, poursuit-elle, « on a d’abord voulu traduire notre art de vivre, notre façon d’être et l’esprit québécois sans clichés ». C’est manifeste dès le hall d’entrée, où ne trône pas un imposant comptoir d’enregistrement. L’espace ressemble plutôt à un grand salon, comme à la maison, où on peut s’installer en famille pour discuter, jouer à des jeux de société ou lire.

Le « local » à l’honneur

La culture charlevoisienne est également bien présente. Le soir, par exemple, la salle à manger La Laiterie devient le restaurant Terroir & Co. et propose raclettes et fondues qui valorisent le savoir-faire fromager du cru, celui de la famille Migneron, entre autres. Il y a aussi l’espace L’Accalmie, à thématique marine : au mur, des parements de bois rappellent la célèbre goélette éponyme, qui a longtemps attiré les curieux sur la rive du fleuve, à Baie-Saint-Paul. Et puis, il y a le motif de l’étoile à huit branches, typique des tissages de la région, qui est repris dans la moquette d’une aire de détente.

Photo: Club Med Québec Charlevoix Le restaurant gourmet Le Chalet 

L’accès au restaurant gourmet Le Chalet constitue un autre joli clin d’œil : on y entre par un « tambour », sorte de sas des maisons d’autrefois qui faisait office de chambre froide et de garde-manger.

Au-delà des espaces de restauration et d’un bar, une pièce polyvalente est prête à accueillir des spectacles à grand déploiement, et pourquoi pas, un jour, des performances du Cirque du Soleil. « Au plafond, des canots réinventent une chasse-galerie ! » note Mme Beaudry.

De tous les aménagements et créations, lequel rend la designer le plus fière ? « Notre tableau d’inspiration, dit-elle sans hésiter. C’est une sorte de courtepointe qui illustre les ambiances qu’on voulait créer, les couleurs qu’on souhaitait utiliser. C’est ce qu’on a envoyé au Club Med dans un tube avec des bonbons à l’érable. Tout notre design y est. » Au-dessus de la cheminée, dans le hall d’entrée, une autre courtepointe réunit ces éléments. Elle a été créée par des artistes charlevoisiens, soit Nancy Giguère, Stéphane Bouchard et Anne-Marie Hamel, des Ateliers Charlevoix.
 

Lemaymichaud étant également responsable de l’aspect extérieur de l’hôtel, il est difficile de passer sous silence les commentaires peu flatteurs qu’il a soulevés jusqu’à présent. À cela, celle qui est également architecte rétorque : « Venez voir par vous-même pour les démentir : le projet est bien intégré, il se fond dans la forêt, il se prend peut-être juste mal en photo. »

Miser sur la nature, la région… et les Brésiliens

À titre de 22e village de montagne du Club Med et de premier village quatre saisons (il sera ouvert 10 mois et demi par année), l’hôtel se devait de bien s’insérer dans la nature. Pour Carolyne Doyon, présidente et directrice générale pour l’Amérique du Nord et les Caraïbes, c’est réussi. « L’élément architectural qui me frappe, ici, c’est la fenestration et les vues sur la montagne et le fleuve. On respire ! » dit-elle. Évolution des marchés oblige, l’hôtel se doit aussi de présenter une offre d’activités et d’excursions diversifiée. « Les clients ne veulent plus juste skier : ils veulent découvrir la région, ses produits, sa culture », dit la p.-d.g., qui rappelle que 30 % des denrées alimentaires sont d’origine locale. Le premier marché international visé est d’ailleurs le Brésil, aux saisons inversées. Notre hiver étant leur été, ce sont eux qui profiteront de leurs vacances pour venir skier, et ce, dès le début janvier, qui correspond au creux touristique de l’après-jour de l’An. « Ils voudront aussi aller visiter Québec, faire du magasinage, du traîneau à chiens… » croit Mme Doyon. Il ne fait pas de doute qu’ils trouveront un certain exotisme dans les paysages enneigés comme dans les représentations de la québécitude parsemées dans tout l’hôtel.

Quand Lemaymichaud s’en mêle…

Maintes fois primée pour son travail, la firme d’architecture et de design possède une solide feuille de route dans le secteur de l’hôtellerie. Elle a notamment conçu l’Hôtel-Musée Premières Nations, à Wendake. De concert avec la Première Nation de Whitecap Dakota, elle a imaginé le Dakota Dunes Resort, qui s’élève dans les prairies de la Saskatchewan. Elle a pensé plusieurs des hôtels Germain à travers le pays, de même que l’Auberge de montagne des Chic-Chocs, en Gaspésie. Et dans la région de Charlevoix, elle a dessiné l’hôtel La Ferme, à Baie-Saint-Paul, devenu depuis Le Germain Charlevoix. Pour la petite histoire, Katrine Beaudry, designer associée, rappelle que l’instigateur de La Ferme, Daniel Gauthier, cofondateur du Cirque du Soleil et propriétaire du Groupe Le Massif, avait, lors de l’inauguration de l’établissement, confié à Alain Lemay, cofondateur de la firme d’architecture, son rêve de voir le Club Med s’installer à la montagne. Douze ans plus tard, le rêve s’est réalisé. Club Med devient le premier voyagiste à proposer des forfaits de ski en formule tout inclus en Amérique du Nord.

Le Club Med Québec Charlevoix en quelques chiffres

• 302 chambres, dont les 25 suites de la Collection exclusive, classée 5 Tridents (5 étoiles).

• 8 étages 

• 3 restaurants : Le Chalet, Le Marché et, à même ce dernier, Terroir Co. 

• 2 bars 

• 41 000 m2 

• 30 fresques de papier peint 

• 40 tapis uniques 

• 50 luminaires personnalisés 

• 440 pages de plans



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