Le Lac-Saint-Jean de Maria Chapdelaine

Marie-Julie Gagnon
Journaliste et chroniqueuse voyage
Les rapides de la Chute à l’Ours, à Normandin, où des scènes du film ont été tournées
Photo: Saguenay Média Les rapides de la Chute à l’Ours, à Normandin, où des scènes du film ont été tournées

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Bien que le lieu de tournage principal de Maria Chapdelaine, à Normandin, au Lac-Saint-Jean, ne soit pas encore accessible aux visiteurs, plusieurs sites de la région peuvent nous plonger dans l’atmosphère du superbe film de Sébastien Pilote. Trois escales pour les amoureux de la forêt.

Parc régional des Grandes-Rivières du Lac-Saint-Jean

Véritables tableaux mouvants, les plans du film nous propulsent dans l’univers des « habitants » du début des années 1900. Entre la fonte des glaces et les tempêtes de neige, la vie rythmée par les saisons y apparaît dans toute sa rudesse. Certains paysages traversés par les protagonistes se trouvent dans le parc régional des Grandes-Rivières du Lac-Saint-Jean, qui compte dix secteurs disséminés dans la région. « Des scènes en traîneau, l’hiver, ont été tournées dans le secteur Albanel », raconte Dominique Gobeil, directeur général du parc, qui a aussi été consultant pour la production.

Les sentiers du site touristique Chute à l’Ours, aux abords de la rivière Ashuapmushuan, ont également accueilli l’équipe de tournage. « Quand les enfants courent au bord de l’eau, c’est dans le sentier Mask8àtik8iche » (« l’endroit des trous d’ours » en innu), confirme Éric Bherer, directeur des loisirs de la Ville de Normandin.

Récemment rénové, le sentier Arboretum nous entraîne pour sa part en plein cœur de la flore boréale sur 2,7 kilomètres. « On peut y voir la forêt originelle, souligne M. Bherer. Il y a eu de grands feux dans la région et c’est le seul coin, entre la chute à l’Ours et la rivière à l’Ours, qui n’a pas brûlé. Certains arbres ont 250 ans ! Des panneaux d’interprétation expliquent la végétation. On peut également y voir des écluses de castors. » Des chalets peuvent être loués toute l’année sur le site, dont certains, sur pilotis, offrent une vue imprenable sur les rapides.

En 2018, le parc régional a par ailleurs inauguré la Passerelle du 49e parallèle, circuit quad et motoneige de 236 kilomètres. Des séjours guidés sont notamment possibles l’hiver avec Équinox Aventure et Aventuraid.

Village historique de Val-Jalbert

Certaines scènes de Maria Chapdelaine ont aussi été filmées au Village historique de Val-Jalbert, près de Roberval. On y aperçoit par exemple, à deux reprises, la chute Ouiatchouan d’un point de vue bien différent de celui auquel sont habitués les visiteurs du site. « Ils ont utilisé l’ancienne voie de chemin de fer qui est aujourd’hui un sentier de randonnée », explique Stéphane Daudelin, conseiller en développement touristique de la MRC de Maria-Chapdelaine (précisons que Val-Jalbert fait partie de la MCR du Domaine-du-Roy).

Créé en 1901 pour abriter le moulin à pâte, le village a été déserté en 1927 quand la compagnie qui en était propriétaire a fermé ses portes. Aujourd’hui un site touristique très prisé, le village propose de nombreuses activités pour mieux comprendre la vie de l’époque, dont un spectacle immersif. La totalité des activités est accessible jusqu’au 11 octobre. Il faut absolument prendre le téléphérique (ou les escaliers) pour admirer un point de vue unique sur la région !

Musée Louis-Hémon

À Péribonka, le Musée Louis-Hémon est l’endroit à visiter pour distinguer le vrai du faux. L’exposition Maria Chapdelaine, vérités et mensonges permet d’élucider quelques mystères entourant l’auteur originaire de la Bretagne et Èva Bouchard, considérée comme l’inspiratrice du roman. Le musée restera ouvert jusqu’à la fin d’octobre — la date est sujette à changement et sera communiquée sur le site Web et sur la page Facebook du musée —, moment où il déménagera dans un nouveau bâtiment. « L’exposition sera renouvelée, mais en plusieurs phases », explique Julie Bonenfant Boisclair, directrice générale du musée par intérim.

Photo: Carole Tremblay

Auparavant accessible au public, la maison de Samuel Bédard s’apprête à subir une cure de jouvence majeure et sera de nouveau mise en valeur une fois sa restauration terminée. « C’est l’un des lieux d’inspiration de Maria Chapdelaine, explique Mme Bonenfant Boisclair. […] Pendant l’été 1912, Louis Hémon a été garçon de ferme dans la maison de Samuel Bédard, dont la femme s’appelait Laura. »

Qu’adviendra-t-il des décors du film ?

Construite pour les besoins du tournage selon les plans du ministère de la Colonisation, qui faisait partie du gouvernement du Québec de 1888 à 1973, la maison qui a servi de décor au film aura une seconde vie dès juin 2022. Pendant l’été, les visiteurs pourront découvrir la concession des Chapdelaine à l’endroit même où le film a été tourné. Le concept, élaboré conjointement par l’équipe du Musée Louis-Hémon, la Ville de Normandin et la MRC Maria-Chapdelaine, nous entraînera dans les coulisses du tournage et présentera les artisans qui ont contribué à l’univers des Chapdelaine, mais abordera aussi le côté identitaire inhérent à l’oeuvre. « Ce rapport à la nature est encore très ancré dans notre identité, explique Julie Bonenfant Boisclair. Ça fait partie de notre histoire, mais aussi de ce que nous sommes actuellement. »

Au moment où ces lignes étaient rédigées, il était prévu que les bâtiments soient ensuite déménagés à Péribonka, puisque la terre appartient à la Corporation Aménagement forestier Normandin (CAFN). Un projet d’hébergement insolite est notamment dans le collimateur.

 

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