Istanbul - L’écrin de toutes les cohabitations

Photos Lio Kiefer - Le palais Topkapi.
Photo: Photos Lio Kiefer - Le palais Topkapi.

Byzance, Constantinople, Istanbul… L’histoire a fixé plusieurs noms pour évoquer ce morceau de terre découpé par les eaux. Istanbul s’explique aujourd’hui dans la rue et sur le Bosphore.

On ne prépare pas un voyage à Istanbul comme on prépare une escapade à Paris, Londres ou Prague. Istanbul, ce n’est pas les Mille et une nuits mais c’est encore les marchés… souks des odeurs, des tapis ou des quarante voleurs. Adieu Ali Baba, bonjour le démarchage !
Ce n’est pas encore l’Orient mais ce n’est plus l’Europe… Laïque mais aussi musulmane, traditionnelle et occidentale, exceptionnellement fondamentaliste, Istanbul est l’écrin de toutes les cohabitations. À l’antique Constantinople peuplée de Grecs, d’Arméniens, de Juifs, de Génois et de Synaques, Istanbul oppose aujourd’hui une pluralité culturelle et sociale. On y croise aussi bien des Russes en rupture d’idéologie que des Stambouliotes à la recherche de leur passé. Une métropole moderne ancrée dans ses mosquées et ses palais aux céramiques bleutées. Des quartiers de la bourgeoisie bien pensante mais aussi des bidonvilles remplis chaque année des errances anatoliennes.
Et vers la Corne d’Or ou sur un flot du Bosphore, on se surprend à rêver qu’un prince ottoman nous invite à outrepasser la ville sur un tapis volant. Ce n’est pas Bizance, mais pas loin…

Comment s’y retrouver
Au départ, Istanbul peut paraître complexe, comme un grand souk bruyant. Pourtant, avec le temps, on s’habitue. Oubliez la voiture, optez pour la marche à pied, le tramway, le dolmus (taxibus), le ferry appelé vapur ou le bus de mer.
Ce dernier est plus rapide que le vapur, qui est l’un des moyens les plus agréables de voguer sur le Bosphore. Ayez toujours de la monnaie locale car les chauffeurs ou contrôleurs en ont rarement.
Pour l’instant, les billets sont en millions de livres turques. En janvier, on retire les six zéros et les anciens billets seront encore en circulation. Il faudra faire attention. Un million turc vaut environ 1 $CAN.
Si vous voulez connaître des concentrations excessives autour de vos parties intimes pendant le 5 à 7, prenez le bus. Il y a aussi les taxis, de la même couleur qu’à New York. Ayez toujours sur vous une carte d’affaires de votre hôtel et de la menue monnaie, ça aide dans la compréhension mutuelle…
La Corne d’Or et le Bosphore séparent Istanbul en trois secteurs :
- Sultanahmet, c’est le nom de la vieille ville au sud de la Corne D’Or. Elle s’étend de la Pointe du Sérail en dominant le Bosphore avec Topkapi, jusqu’aux remparts de Théodose (environ sept kilomètres).
- Beyoglu, rejoignable par le pont Atatürk, est formé de deux anciennes villes (Péra et Galata) et s’étend de l’autre côté de la Corne d’Or sur Taksim, le coeur de la nouvelle ville.
- La rive asiatique : de l’autre côté du Bosphore… C’est la banlieue d’Istanbul, avec les quartiers d’Üsküdar et de Kadiköy. Cette partie est surtout résidentielle. Deux ponts à péage relient l’Europe à l’Asie.

Les tours guidés
- Pour ceux qui veulent faire dans le Istanbul insolite, avec visite à pied des quartiers grec, juif, arménien et levantin, ainsi que des églises, cimetières et autres lieux de perdition sacrée, Rinaldo Tomaselli est un guide tutti languagi spécialisé dans les petits groupes (quatre à siz personnes ; 50 $ US pour quatre heures. 519-4805. Galeie Türkis. Yerebatan Caddesi 15/A.
- Pour des tours organisés ou individuels, en français et en anglais : Pacha Tours, www.pachatours.com.tr.
- Pour le plus courant : Office de tourisme, direction régionale, Mesrutiyet Cad, 57/5 Tepebasi, Beyoglu. (212) 245-6875. Bosphore Tour : (212) 522-0045. Bus de Mer : (216) 362-0444.
- P.-S. : faites le 212 est le téléphone de la rive européenne ; le 216 : l’Asiatique. Pour appeler d’une rive à l’autre, faites le 0.

Une heure devant vous ?
Si vous n’êtes pas fanatique des détails des mosaïques, de l’histoire du christianisme, de l’évolution de l’Empire ottoman ou des collections de tapis dans des musées ancestraux, la visite des lieux suivants peut se faire en une heure chacun... La basilique Sainte-Sophie, la mosquée Bleue, la citerne du palais Englouti, la Cité des mille et une colonnes, le musée des Tapis et le musée des Kilims, le musée des Mosaïques, l’ancien hippodrome, la mosquée de Rüstem Pasa, l’église byzantine de Kalender Camii, la mosquée des princes et l’aqueduc de Valens. L’église Saint-Sauveur In Chora, la mosquée de Fatih et le château des sept tours, aussi appelé Yediqule.
Avec des enfants, faire un tour du côté de Miniaturk, un parc d’amusement avec cheval de Troie et maquettes des monuments les plus importants de la Turquie.

Au moins deux heures devant vous ?
Le palais de Topkapi, où les cuisines servent aujourd’hui à présenter l’une des plus importantes collections de porcelaines chinoises au monde. Aussi: galeries d’armes ottomanes, vêtements, tapisseries, harem (le plus visité), pavillons de reliques islamiques, salon des montres et des horloges, salle de circoncision. Un palais pavillonnaire de toute beauté où l’on apprend les différences entre sultan, vizir et autres califes.
En contrebas de Topkapi, trois institutions muséales majeures consacrées aux civilisations en Asie mineure, au Levant et au Proche-Orient: le musée de l’Ancien-Orient, le musée des Antiquités (sarcophage d’Alexandre) et le musée de la Céramique (art de faïence turque).
Et, inévitablement, les bazars. Le bazar égyptien consacré principalement aux épices et où les prix des bébelles sont 20 moins élevés qu’au grand bazar, le grand bazar pour l’ambiance (tapis, bijoux, cuirs, objets, lampes, meubles et même barbiers) et le Marché des livres anciens. Les deux premiers sont fermés le dimanche. Si vous n’avez rien à faire le dimanche, faites un tour au marché russe (caviar, brocante, tissus d’Ouzbékistan).

En dehors d’Istanbul
Les îles des Princes: archipel de neuf îles situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est d’Istanbul, dans la mer de Marmara. Des bateaux (vapur) partent de la gare maritime d’Eminönü, au quai numéro 5. Pour savoir où sont les bonnes îles, suivre le panneau Adalar Iskelesi. La dernière, Bühük Ada, a une particularité : pas de voitures mais des calèches avec chevaux qui font figure de taxis. On leur a placé des caoutchoucs sous les sabots et autour des roues pour éviter de faire du bruit.
Si vous disposez de quelques jours, faites une excursion autour de la mer de Marmara pour découvrir le légendaire site archéologique de Troie commandant le détroit des Dardanelles. (Il y a seulement beaucoup de cailloux et un cheval qui va être bientôt remplacé par le cheval du récent film américain consacré à la bataille.)
Également, la forêt de Belgrade située au nord-est d’Istanbul avec étangs, chênes et Istanbuliotes en short et en minijupe.
La ville d’Edirne pour la mosquée de Selim, la réserve naturelle du lac Manyas pour des oiseaux jamais vus et la ville de Bursa pour ses vieilles maisons ottomanes. Enfin, la ville d’Iznik pour ses ateliers de faïence, son théâtre antique et son église byzantine.

À éviter
- La plage de Yalova : station au sud de la mer de Marmara très appréciée des Istanbuliotes. Sur le sable, c’est sale et dans l’eau règne un plat typique régional nommé méduses !
- La rue des femmes dans Laleli : juste après le pont de Karaköy, c’est un ghetto avec des ruelles où se succèdent des maisons d’abattage. On appelle ça des vizits. Comme la prostitution est tolérée en Turquie, les policiers sourient et les femmes qui n’attendent pas l’autobus… aussi, et sont à 80 % ukrainiennes, avec un QG et ses matriochkas du sexe, le Bacardi.
- Les faux guides du grand bazar qui connaissent tout des faux tapis.
- Le restaurant–night-club de la tour de Galata : pas très bon, très cher et danses du ventre made in Trois-Rivières.

Hôtels sympas
En dehors des gros hôtels de la ville, qui sont très beaux, très chers et avec du style, faites un tour juste derrière Sainte-Sophie. Il y a une ruelle pavée, Sogukçesme, avec de petites maisons ottomanes en bois. Elles ont été réhabilitées et transformées en hôtels. n Ayasofya Pansiyonlari, rue Sogukçesme Sokagi, dans le quartier de Sultanahmet. (212) 513-3660. À partir de 60 $US la nuit.
- Hôtel Aziyadé, 62, rue Pierr-Loti : (212) 638-2200. On y parle le français, de la réception à l’homme de ménage. Petites chambres avec air conditionné. On mange au resto seulement pour le petit-déjeuner sous forme de buffet. Bien situé, entre la mosquée Bleue, le Grand et le quartier Klumkapi.
- L’Anemon Galata : hôtel de charme devant la tour. Chambres spacieuses, meubles de style, accueil chaleureux. www.anemonhotels.com.

Restos
Le choix est immense. Dans la rue, c’est bon ; dans les restaurants aussi. Des pâtisseries au poisson frais en passant par des viandes à la sauce anatolienne, tout est permis.
- Pour du bon poisson pas cher : les restaurants du marché aux poissons (restos Dergah et Krependeki Imroz).
- À côté du Château de sept tours, les restaurants Gelik pour les viandes et les volailles empaillées sur le mur.
- Au bord de la Corne d’Or, le Sahil pour sa cuisine turque traditionnelle.
- À côté du bazar égyptien, Hci Bekir pour les meilleurs loukoums en ville.
- Un incontournable : Dârüzziyâfe, le restaurant d’Istanbul bénéficiant du cadre architectural le plus élégant. Ancien imaret (réfectoire pour les pauvres et les voyageurs bâti au XVIe siècle). Cuisine traditionnelle turque de grande qualité. Danses du ventre made in Istanbul.
- Dans le quartier Kumkapi, le Hos Seda pour les poissons. Près de la mosquée bleue, le Türhistan Asevi (resto turkmène) et le Tarihi (brochettes kebab).
- Près de l’hôtel Aziyadé, le Fatih (spécialités locales et accueil sympa).
- Le midi, on peut aller du côté du quartier Ortaköy (avec vue sur le Bosphore)

Tirelires locales
Si vous êtes un tantinet magasineux, Istanbul vous comblera. Perdez-vous dans le grand bazar. Achetez des épices et des cadeaux dans l’égyptien. Chinez au marché de livres anciens de Sahaflar Carsisi. Entre Taksim et Galata, furetez chez les antiquaires de Cukurcuma et perdez-vous dans les galeries couvertes autour du passage des fleurs. Ou fréquentez les galeries commerçantes modernes d’Üsküdar ou d’Etiler.
Pour en savoir plus sur les tapis et avant de vous faire endormir, allez faire un tour au Musée des tapis, qui vous dit tout sur les vrais et les antiquités.
Pour les tapis : Kalender Carpets et Imperio Otomano, dans le grand bazar, sont les plus recommandables.

Indices du coût de la vie
Pour 10 $, on peut obtenir :
- une balade sur le Bosphore
- deux whiskys dans un bar bon chic bon genre
- cinq kebabs et quatre doner dans des popotes ambulantes
- une entrée de crudités assorties dans un grand restaurant
- trois petits-déjeuners du terroir
- deux paquets de Marlboro
- deux boîtes (de six) de Tampax
- un film Fuji Diapo (attention aux dates prescrites)
- une fausse montre Cartier (attention, lire les affiches dans les aéroports qui déclinent ce libellé avec les faux produits de luxe : « Avec eux, vous aurez du succès aux douanes »)

Nocturnes avertis
- Dans le quartier Galata-Péra, le Bar-O-Mètre. Premier étage : musique pop ; deuxième : parties d’échecs ; troisième : musique traditionnelle turque (fasil). Au sous-sol : vins et fromages autour du puits.
- Harry’s Bar : jazz à l’hôtel Hyatt.
- Gramofon Café : blues et jazz.
- Le Pacha Beach : pour rencontrer la jet set d’Istanbul.
- Le Fatih pour de la musique classico-romantique. Un mix de Dédé Gagnon et Angèle Dubeau sur l’acide.
- Le Memo’s : au bord du Bosphore ; pour les derniers tubes turcs.
- Pour les amoureux du Bouzouki : le Tekke. Renseignements en français pour la programmation: (216) 322-4330.
- Pour fumer un bon narghilé : le Coffee Rumeli, dans le jardin-cimetière de l’ancienne Medersa de l’Atikalipasa Camii et tout autour de la mosquée Tophane.

Hammams
- Cagaloglu Hamami : construit dans le quartier de Sainte-Sophie en 1741, il est ouvert de 7 h à 22 h pour les hommes et de 8 h à 20 h 30 pour les femmes. www.cagalogluhamani.com.fr.
- Çemberlitas Hamami : construit en 1584, il est ouvert entre 6 h et minuit tous les jours. Comptez 12 $ pour l’entrée et le double pour un massage.
- Kadirga Hamami : situé dans la rue Pierre-Loti, proche du Çemberlitas, ce hammam de quartier est ouvert de 7 h à 23 h tous les jours.
- Hoca Pasa Hamami : ouvert de 7 h à minuit tous les jours, le hammam de Hoca Pasa a été construit au XVIe siècle. Il est situé près de la rue d’Ankara, qui remonte jusqu’au grand bazar.
- Gedik Pasa Hamami : situé près du grand bazar, au bord de la mer de Marmara, il a été construit en 1521. La section des hommes est ouverte de 5 h à minuit, tandis que celle des femmes ferme à 21 h.

À lire avant de partir
Lire un romancier turc comme Nedim Gürsel ne peut pas nuire. Le Roman du conquérant (Seuil), La Première Femme (Seuil), Le Dernier Tramway (Seuil) et Un long été à Istanbul (Gallimard) sont d’excellents indices. Également : Et la mer se fâcha de Yachar Kemal (Gallimard) et tous les ouvrages d’Orhan Pamuk. Dans le style beaux livres, L’Art de vivre à Istanbul (Flammarion) de Jérôme Darblay et Kénizé Mourad. Dans la série « Autrement », Les Turcs, Orient et Laïcité (Série Monde no 76) et Histoire d’Istanbul de Rober Mantran (Fayard).

À lire pendant le séjour
Le Guide du routard sur la Turquie avec d’excellents indices sur Istanbul. Le Guide Gallimard intitulé Istanbul pour les photos et le Lonely Planet pour les petits trucs. Pour un bain de nostalgie, lire le bouquin intitulé Istanbul, le regard de Pierre Loti (Casterman).
Côté journaux, le Turkish Daily News pour des infos internationales, nationales et locales (en anglais). Pour de la littérature en français (livres et magazines), c’est sur Istikal Caddesi, autour du lycée francophone. Si vous parlez le turc, Sabah (Le Matin) et Hürriyet (La Liberté) sont les plus courus. En hebdo, on retrouve Leman-L-Manyak, sorte de Canard Enchaîné local.

Ce qu’il ne faut pas dire à Istanbul
- Dire Constantinople pour Istanbul et prendre les Turcs pour des Arabes
- Ou se trouve le harem le plus près ?
- Votre café a un goût bizarre…
- Vous n’avez pas changé vos toilettes depuis quelle croisade ?
- J’ai beaucoup aimé le film d’Alan Parker, Midnight Express…
- J’ai vu le même tapis chez Ikéa
- Essayer de traduire tête de Turc…

Renseignements
- VIP Turquie Tours : un voyagiste-agent de voyages à Montréal qui a comme spécialité la Turquie. Forfaits sur Istanbul et séjours de deux semaines avec la Cappadoce, les stations de la mer de Marmara, de la mer Égée et des circuits dans l’est du pays. (514) 844-3616, www.turquievip.com.
- Sur la ville d’Istanbul : www.istanbul.com/, www.istanbulguide.net/alt.htm.
- Vols sur Istanbul au départ de Montréal avec Air France, Austrian Airlines, Lufthansa via Paris, Vienne ou Francfort : www.airfrance.ca/, www.austrianair.com, www.lufthansa-ca.com/.
- L’Office du tourisme de Turquie et l’ambassade de Turquie sont situés à Ottawa. n (613) 230-8654, (613) 230-3683. http://members.fortunecity.com/kanadaliturk/francais.html ainsi que ht
1 commentaire
  • Rinaldo Tomaselli - Inscrit 8 décembre 2004 10 h 57

    Istanbul Insolite

    Bonjour,
    Je suis Rinaldo Tomaselli, dont vous parlez dans les adresses-conseils pour les tours insolites de la ville. En fait, l'adresse que vous mentionnez n'est plus valable depuis plusieurs années, donc je me permets de vous envoyer la nouvelle :

    Istamboul Insolite
    Kapris dö Pera
    Mesrutiyet Caddesi 281
    Tél. 0212 293 53 68 / portable 0555 410 10 24
    www.istanbulinsolite.com et www.istanbulguide.net

    Avec mes remerciements et félicitations pour votre article que je trouve bien dans son ensemble.

    R. Tomaselli