Hiroshima - Dans le delta de la rivière Ota

Hiroshima, c'est bien plus que cette ville sur laquelle les Américains ont largué la première bombe atomique de l'histoire. C'est davantage qu'un Parc de la paix, qu'un Musée pour la paix, qu'une Flamme de la paix. Oui, Hiroshima rime avec tragédie, une tragédie que l'on commémore annuellement le 6 août, mais Hiroshima, chef-lieu de la préfecture du même nom, situé au sud-ouest de l'île d'Honshu entre une chaîne de montagnes et la mer Intérieure, c'est aussi un beau milieu de vie.

Évidemment, le milieu de vie ne présente plus d'architecture traditionnelle : la ville fut reconstruite en béton, sous la direction de Kenzo Tange, après la Deuxième Guerre mondiale. Par contre, il a un charme fou grâce à ses parcs et ses jardins et surtout grâce aux six branches de la rivière Ota (eh non, elle n'en a plus sept) qui sillonnent la ville. En 1954, un couple célèbre trouva d'ailleurs celle-ci suffisamment romantique pour y faire son voyage de noces : Joe Di Maggio et Marilyn Monroe.

Potin nippon : « Joe en profita évidemment pour donner quelques tuyaux à nos Carpes, notre équipe de baseball, raconte le guide. Mais il avait interdit à Marilyn de se montrer au stade. Elle y alla quand même. Évidemment, sa présence mit tout de suite fin au jeu, ce qui rendit Joe fou furieux ! »

Si les touristes ont bien raison d'aller se recueillir devant le Cénotaphe du souvenir, ils ne devraient pas négliger les autres attraits de cette ville jumelée, entre autres, à Montréal, Honolulu et... Volgograd ! Parmi ceux-ci : le château — reconstruit — qui est à l'origine de la fondation de Hiroshima, en 1589 ; le jardin Shukkeien et ses étangs aux carpes (les vraies de vraies) ; les musées d'art moderne et contemporain ; sans oublier la chaîne de montages de Mazda, ouverte au public. Aussi, une bonne façon de comprendre Hiroshima, bâtie en bonne partie sur des terres reprises au delta, c'est de faire une croisière sur l'Otagawa.

Hiroshima, mon séjour

Au centre-ville où circulent des tramways, une rareté au pays, on magasine, on mange et on joue. Oh, mais dites donc, m'sieur le guide, comme il y a des salons de pachinko (machines à sous) par ici ! Le jeu n'est-il pas interdit au Japon ?

Passe-passe nippon : « Théoriquement, oui, sauf que les billes avec lesquelles on joue, qui valent quatre yens chacune, sont converties en jetons dorés. Qu'y a-t-il d'illégal au fait d'échanger des billes contre des "cadeaux" ? Et ensuite, puisqu'on n'aime pas vraiment ces "cadeaux", qu'y a-t-il d'illégal, dites-moi, au fait d'aller les vendre à trois coins de rue d'ici ? », demande le guide.

Et nous voilà devant l'Okonomi-Mura, ou Village de l'okonomiyaki, une sorte de crêpe qu'on dit aussi populaire que les Carpes.

« En fait, ce plat est tellement populaire qu'en face du Village, la compétition a créé... la République de l'okonomiyaki ! »

Le village en question, c'est un immeuble de sept étages pas gai du tout, où sont rassemblés 27 bouibouis du genre Au Roi de la patate. En réalité, il s'agit de 27 comptoirs. On en choisit un, on s'installe sur un tabouret, et que le spectacle commence !

Le spectacle, c'est l'empilage sur une crêpe de lanières de chou, de fèves germées, de tranches de porc, de crevettes et de nouilles soba ou udon. Couverte d'un oeuf, la crêpe est ensuite assaisonnée d'algues en poudre avant de nous être servie directement sur la plaque chauffante qui borde le comptoir. Nappée d'une sauce sucrée, la crêpe, maintenant tout à fait invisible, se mange à l'aide d'une spatule, et en vérité, c'est pas mal du tout, arrosé d'une bière Asahi !

Comme c'est l'automne, mon guide me propose de goûter à une autre spécialité locale : les momiji manju, de petits gâteaux... feuilles d'érable ! À défaut d'être fourrés d'une garniture à l'érable, l'érable japonais, arbre officiel de la préfecture, ne donnant pas de sève bonne à bouillir, ils sont garnis d'une confiture de fèves rouges, de crème anglaise ou de chocolat. Et c'est Miyajima, l'île d'à côté, qui produit les meilleurs, précise le guide. Un prétexte comme un autre pour y aller.

D'arbres et de cerfs

Ah, Mijayima ! Les Japonais considèrent l'île du sanctuaire comme l'un des trois plus beaux sites du pays. Fleuron du style architectural Shinden (XIIe siècle), dit-on, le sanctuaire en question est dédié à Itsukushima, protectrice des marins et des gens du spectacle. Il est composé d'une vingtaine de pavillons sur pilotis, dont un théâtre Nô, construits sur le littoral car jadis, l'île était considérée comme sacrée. Aujourd'hui, elle l'est un peu moins puisque 2000 personnes y vivent, mais « les messagers de la déesse », quelque 350 cerfs, gambadent encore en toute liberté dans ses rues piétonnes.

Symbole de Miyajima, le portique vermillon qui marque l'entrée du sanctuaire s'élève, lui, directement dans la mer, à quelque 200 mètres environ du hall principal. Bref, à marée haute, le tout semble flotter.

Pragmatisme nippon : « Admirez le célèbre torii [le fameux portique], dit mon guide. Il est fait de fûts de camphrier. Il est haut de 15 mètres, large de 24 mètres. Ses piliers font 10 mètres de diamètre. Pouvez-vous vous représenter l'arbre ? Ça n'existe plus, des arbres de ce gabarit. Et s'il y en a encore au Japon, ils sont sacrés. Or, le torii s'abîme, il faut le remplacer aux 100 ans ! Que feront alors les générations futures ? Eh bien, des habitants de Miyajima ont créé le Projet de 1000 ans par lequel ils s'engagent à faire pousser des camphriers sur lesquels leur descendance veillera et les léguera en temps voulu au sanctuaire ! N'est-ce pas formidable ? »

Ce qui est aussi formidable, c'est que tout à côté de la ville de la paix, il y a cette île de l'espoir.

En vrac

- Hiroshima est à quatre ou cinq heures de train de Tokyo, selon qu'on voyage à bord du Nozomi, le plus rapide des Shinkansen, ou de l'Hikari.

- L'Okonomi-Mura est situé au 5-13, Shintenchi, Naka-ku, non loin de la galerie marchande Hondori.

- C'est à marée haute qu'il faut aller à Miyajima : les pavillons du sanctuaire Itsukushima semblent alors flotter sur l'eau. Miyajima est à dix minutes, en bateau, de l'embarcadère de Mijyajima-guchi et le Japan Rail Pass sert de titre de transport. De l'embarcadère de Hiroshima, la traversée prend vingt minutes.

- Renseignements : www.kankou.pref.hiroshima.jp, www.hiroshima-navi.or.jp et la Japan National Tourist Organization, (416) 366-7140, www.jnto.go.jp.

Carolyne Parent remercie Air France, qui a assuré son transport jusqu'à Tokyo, et la Japan National Tourist Organization.