Passeport à huit pour l'Hexagone

À un saut de puce de Saint-Gervais-les-Bains, Annecy déploie ses charmes par petites touches de couleurs avec une grâce qui lui vaut le titre de « petite Venise savoyarde ».
Photo: À un saut de puce de Saint-Gervais-les-Bains, Annecy déploie ses charmes par petites touches de couleurs avec une grâce qui lui vaut le titre de « petite Venise savoyarde ».

Trois petites semaines pour explorer les neiges éternelles des Alpes françaises, sillonner les collines verdoyantes de l'Alsace, respirer les embruns salés de Normandie, se frotter aux légendes bretonnes, s'imprégner de la vie de château dans la Loire et renouer avec la Ville lumière. Ouf ! Le secret pour réussir cette quadrature du cercle ? Une rutilante Renault Trafic neuf passagers, bagages à l'avenant, et deux années de préparation sous la poigne solide d'une organisatrice en chef.

La force du nombre est loin d'être négligeable. À huit voyageurs, bien des luxes deviennent accessibles avec, en premier lieu, celui de vivre au rythme des gens, dans une maison à soi, plutôt que d'étouffer dans une chambre d'hôtel parfois surchauffée et souvent hors de prix. En plus des avantages habituels — pouvoir faire sa lessive, dormir les volets ouverts dans une chambre tout sauf impersonnelle ou cuisiner quand on n'a plus envie d'aller au resto —, la formule permet de littéralement investir les lieux en faisant anonymement ses courses au marché du coin, par exemple.

Mais l'art de vivre ailleurs comme si on était chez soi prend un autre sens quand on voyage avec la fratrie qui, forcément, traîne à sa suite des kilomètres de bobines de vie commune à repasser en boucle, dans le pire des cas, ou à réinventer dans les meilleurs. Premier véritable test : l'âpreté des Alpes françaises qui ne sont certes pas faites pour tous les voyageurs. Douillets et fumeurs, s'abstenir !

Niché à 850 mètres d'altitude dans le massif du Mont-Blanc (4810 m), le petit village de Saint-Gervais-les-Bains est un havre de paix pour les apprentis montagnards qui, chaque soir, rentrent épuisés d'une nouvelle expédition riche en émotions, autant visuelles que... physiques ! Outre l'incontournable visite à l'aiguille du Midi (3842 m), plus haut pic à portée de télécabine, la région multiplie les paysages à couper le souffle : alpages sauvages, vallées ombragées, gorges, torrents et glaciers en furie, des espaces que l'on peut explorer à pied, en VTT, en parapente ou même à cheval.

Au nombre des indispensables, il faut (dans l'ordre, pour ne pas brûler les étapes) monter dans le train du Montenvers pour rejoindre la mer de glace, immense coulée de neige éternelle glissant imperceptiblement du glacier de Bionnassay, et visiter les Gorges impétueuses de la Diosaz à Servoz et fouler les minuscules sentiers du nid d'Aigle dans l'espoir, souvent récompensé, d'apercevoir des chamois ou des bouquetins s'ébattre gentiment. Un jour de repos s'impose ? Deux options s'offrent alors : une séance de soins thermaux, réputés à Saint-Gervais, ou un pique-nique à la très belle réserve naturelle des Aiguilles rouges.

Des vignes à la mer

Après une semaine de ce régime, les côtes verdoyantes de l'Alsace sont une véritable récompense avec ses vignes généreuses et son inimitable architecture à colombages que survolent les cigognes. Réfugié au coeur du petit village médiéval d'Eguishem aux minuscules ruelles concentriques, le groupe des huit redécouvre les plaisirs de flâner en admirant la palette colorée et outrageusement fleurie de ce qui fut la ville natale du pape Saint-Léon IX, se plaisant à décrypter les inscriptions qui ornent les linteaux des portes anciennes.

La culture de la vigne alsacienne, qui a connu une prospérité inégalée au Moyen Âge, se pratique depuis plus de 2000 ans. Engagé au XVIIe siècle, son déclin ne cesse de s'amplifier jusqu'en 1918, année où une poignée de vignerons décident de sauver ce qui reste du vignoble alsacien. Aujourd'hui, la tradition se poursuit avec six cépages pour porte-étendard : pinot blanc, pinot gris, pinot noir, riesling, gewurztraminer et muscat. En suivant le collier de vignes qui encercle la région, l'amateur et le néophyte redécouvrent ensemble les maisons phares de l'Alsace qui ont pour port d'attache Eguishem, Riquewhir, Wittenshem ou Colmar.

Aux plaisirs bucoliques de l'Alsace succèdent ensuite les stations pélagiques et les cités centenaires du nord de la France. Coincé entre la Bretagne et la Normandie, Mont-Saint-Michel est un joyau mondial pour peu qu'on ose s'aventurer au delà des rues jadis empruntées par les pèlerins — aujourd'hui envahies par des boutiques insipides — pour pénétrer dans le silence (relatif) de l'abbaye rêvée par l'archange Saint-Michel. À suivre absolument : la visite architecturale offerte par un conférencier au verbe enfiévré et à l'enthousiasme dangereusement contagieux. Avec, à la clé, un passe-partout qui donne accès à des salles interdites au grand public. Un moment inoubliable.

Autres cités intéressantes à visiter dans la région : Fougères, gardienne des Marches de Bretagne, et Dinan, qui permettent toutes deux de plonger quelques siècles en arrière. L'appel de la mer reste toutefois le plus fort quand on pose le pied dans le nord. Pour le premier coup d'oeil sur la mer émeraude, on suggère les démesurées falaises blanches d'Étretat. Autres escales obligatoires — outre Dieppe et ses plages du Débarquement qui ne cessent de hanter l'imaginaire québécois —, deux beaux ports de mer, Saint-Malo et Honfleur, et une station balnéaire, Dinard, celle qu'on appelle aussi « La Nice du Nord » pour son chic et ses plages de sable fin.

Une vie de château

Plus qu'une petite semaine maintenant. Juste ce qu'il faut au groupe des huit pour faire un crochet dans la Loire et plonger dans les excès de la vie parisienne. Itinéraire suggéré : un premier arrêt en Touraine pour visiter les jardins du château de Villandry qui s'étalent orgueilleusement sur trois niveaux différents : un potager décoratif, un salon d'ornement et un jardin d'eau. Puis, un clin d'oeil éclair sur le château de Chambord et ses 365 cheminées. On réserve les pièces de résistance pour la fin avec les mythiques Fontainebleau et Vaux-le-Vicomte, triomphe de l'intendant Nicolas Fouquet qui paiera très cher cette extravagance.

Pour son séjour dans le fief des rois, la familia, imprégnée de la majesté de ces lieux au décor surchargé, opte pour un traitement... royal ! Exit les maisons et les gîtes sympathiques, la vie de château s'impose. Avec son service impeccable et son cachet unique, la formule « une nuit digne d'un souverain et un petit-déjeuner copieux » dans une demeure classée et meublée avec goût est un luxe délicieusement décadent qu'apprécient également les aînés et les benjamines.

Le retour à la réalité est désormais imminent. Avant d'atterrir brutalement, la joyeuse bande profite à fond des derniers instants pour renouer avec la Ville lumière. Balades sans fin, lèche-vitrines pour les uns, bouquinerie pour les autres, l'heure est au bilan. Le filet familial a tenu bon, je dirais même plus, ses mailles se sont resserrées. À quand le prochain rendez-vous ?



En vrac

- Villa Les Pinsons à Saint-Gervais-les-Bains. Jolie maison, bien tenue, confortable, sans plus, et vaste jardin privé. Renseignements : M. et Mme Boyer-Chammard, alexdbc@club-internet.fr, (33) 01 39 55 50 04.

- Gîtes de France. 30, rue des Remparts Sud, à Eguishem. Appartement tout confort dans un écrin au cachet unique. Renseignements : Frédéric et Marie-Paule Wunderlich, Wunderlich.frederic@wanadoo.fr, (33) 03 89 24 56 01.

- Château La Châtellenie. Route de la source à Saint-Aubin Le Cauf. Chambre d'hôte grand luxe à une quinzaine de minutes de Dieppe. Renseignements : Agnès et Jean-Pierre Bosselin, lachatellenie@wanadoo.fr, (33) 02 35 85 88 69

- L'Aunay Bégasse à Dol-de-Bretagne. Belle maison rénovée avec goût et entourée de magnifiques champs de blé. Renseignements : Maryvonne et Alain Roncier, (33) 02 99 48 16 93.

- Château du Grand Bouchet à Ballan-Mire. Ravissante demeure romantique dominant un superbe parc. Renseignements : M. et Mme Devant, grandbouchet@wanadoo.fr, (33) 02 47 67 79 08.

- Château de Rouillon à Chartrettes. Petit bijou admirablement tenu à proximité de Paris. Renseignements : Peggy Morize-Thevenin, château.de.rouillon@club-internet.fr, (33) 01 60 69 64 40.

- Hôtel La Bourdonnais. 111, avenue La Bourdonnais à Paris. Chambres impeccables, vastes pour la capitale, à deux pas des Invalides. Renseignements : www.bourdonnais-paris-hotel.com, (33) 01 47 05 45 42.