Corse - Calvi, Colomb et le balcon de la Balagne

La ville de Calvi et sa baie vues du haut du sanctuaire de la Madonna di a Serra.
Photos: Carolyne Parent
Photo: La ville de Calvi et sa baie vues du haut du sanctuaire de la Madonna di a Serra. Photos: Carolyne Parent

Le bonheur, c'est de s'installer dans un village corse, le temps d'en apprivoiser l'arrière-pays. Et les chansons tristes, aussi.

«Et n'oubliez pas de réclamer au traiteur Annie son sanglier et son veau à la corse, suggéra Patricia, proprio de l'appart que nous lui avions loué, à Calvi. Et au Domaine Orsini, demandez le muscat pétillant: vous ne le trouverez pas sur la carte officielle, mais c'est leur meilleur vin.»

Nous sommes en Haute-Corse, en Balagne, plus précisément, une région d'oliviers, de vignes et de montagnes, ces dernières servant d'écrin à l'arrière-pays de Calvi.

Ah, Calvi... Un chef-lieu où l'on ne peut trouver un litre de lait passé 20 h. Parfait, on l'a choisi exprès! Un village assoupi au pied d'une fière citadelle, à l'ombre de laquelle vivent 5300 civils, 1200 légionnaires et... le fantôme de Christophe Colomb.

Oui, Colomb: une avenue, une place, un hôtel, une appellation contrôlée et jusqu'à une compagnie de croisières portent son nom. À l'intérieur des remparts, on peut même voir les restes de la maison — un bout de mur — «où Cristofanu Culombu est né».

Ah bon: et nous qui le croyions natif de Ferrada di Moconesi, au nord de Gênes, en Ligurie, donc à quelques encablures d'ici!

«Pour les Corses, le fait que l'explorateur ait embarqué sur ses navires des chevaux corses semble suffire pour lui attribuer la même nationalité», dixit le Routard.

«Pour nous, Colomb était un corsaire... corse!, dira plutôt un employé de la ville. Il était aussi évidemment Génois puisque Calvi faisait alors partie de la république de Gênes. C'est dans les archives, vous savez!»

Archives ou pas, Colomb a de la concurrence en la tronche d'Ernesto dit le Che, que l'on retrouve imprimée sur quantité de t-shirts souvenirs, avec la question: «S'ellu fussi statu Corsu?». (Eh bien, si le Che avait été Corse, peut-être que l'île de Beauté ne recevrait pas chaque année de la France les zilliards d'euros dont elle dépend, hein? Mais je m'égare...)

En veillant sur le balcon

À Calvi, donc, nous avons posé nos pénates pour un mois, le temps d'absorber mer, montagne et villages d'un autre âge.

Car entre le chef-lieu et L'Île-Rousse, jadis fief de Pasquale Paoli, le «père de la Patrie», les montagnes de Balagne sont peuplées de hameaux. Ça alors: mais que peuvent bien traficoter là-haut des... pêcheurs? «Les Cap-Corsins, les Bonifaciens sont des pêcheurs, mais les autres sont plutôt agriculteurs», nous explique-t-on.

C'est que de la mer, voyez-vous, leur sont venus tant d'ennuis: les Barbares, ces Nord-Africains qui les capturaient pour en faire des esclaves; puis, les Génois; et finalement, ces pourvoyeurs d'euros... Voilà pourquoi les Corses ont souvent préféré s'installer au sommet d'un pic.

Occi, un village qui s'est éteint par manque d'eau, est un de ces nids d'aigle desquels les paysans avaient les pirates à l'oeil, autrefois. Sant'Antonino en est un autre, encore habité celui-là. Fondé au IXe siècle, c'est l'un des plus beaux villages de France, clame-t-on. Avec son fatras de maisons aux toitures orangées et ses passages voûtés, on le croit volontiers.

Corbara, Pigna, Aregno, Lavatoggio, Cateri, Montemaggiore sont eux aussi bellement encastrés dans cet incroyable «balcon» montagneux, qui surplombe la plaine et donne la mer à voir.

Un soir, à Pigna, un hameau du VIIIe siècle qui compte une centaine d'habitants — dont un luthier, un fabricant de flûtes et un autre de boîtes à musique —, nous avons soupé de charcuterie, de fromage de lait de brebis — le fameux brocciu — et de dorade aux herbes du maquis sur la terrasse de la Casa Musicale, ouverte sur la baie d'Algajola. On se serait cru dans les pages de Maisons Côté Sud. Ensuite, dans le cadre du festical Estivoce, nous avons assisté à une «veghje» de chants corses, graves, tristes et beaux avec leurs émouvants trémolos. On se serait — presque — cru à une veillée chez mon grand-oncle Wilfrid-le-violoneux.

La grande randonnée

Patricia avait raison: le muscat pétillant du Domaine Orsini, non loin de Calenzana, est particulièrement suave.

C'est Tony Orsini lui-même, de la sixième génération de cette famille de viticulteurs, qui accueille les visiteurs. Mais aussitôt avons-nous franchi le seuil de sa cave qu'il nous tend une liste de produits et de prix, et nous confie presto à une hôtesse qui nous entraîne dans une salle de dégustation. Et nous qui voulions en savoir un peu plus sur les cépages niellucciu et sciaccarellu... Goûtons donc, puisqu'on y est, et achetons quelques bouteilles de ce muscat, mais pour le reste, c'est au Super U qu'on s'approvisionnera!

Selon Ian Fleming, Calenzana, aurait donné naissance à plus de gangsters que tout autre village corse, d'où sa prospérité. Aujourd'hui, c'est plutôt aux randonneurs qu'il la doit, car c'est le point de départ (ou d'arrivée) d'un sentier Tra Mare e Monti et du mythique GR 20, qui zèbre l'île du nord-ouest au sud-est sur 220 kilomètres.

Plutôt que d'emprunter cet accès-là pour nous rendre au cirque de Bonifato, nous avons préféré la méthode mollo, suggérée par mon vieux Routard: rejoindre la piste qui commence tout au bout de la D 251, à l'Auberge de la forêt (à une vingtaine de kilomètres au sud de Calvi).

Pour atteindre la première passerelle et franchir la Figarella, presque à sec en septembre, ça va: on met une petite heure sur terrain plat. Mais après, terminé, le pique-nique, ça n'en finit plus de monter! En suivant les balises — des traits de peinture jaune sur des pierres — , on arrive enfin, une heure et demie plus tard, à la passerelle de la Spasimata, dans un décor d'aiguilles et de pins vertigineux qui nous coupe le peu de souffle qu'il nous reste. Tiens, voilà les premiers traits rouges du GR 20. Yé! Sauf qu'il y a eu éboulis, et le sentier — y a-t-il un sentier? — semble impraticable. Nous rebroussons chemin jusqu'au refuge de Carrozzu. Le paysage est grandiose. Les pics sont si pointus qu'on dirait qu'ils vont percer le ciel. N'empêche, moi, je n'entends que l'appel de la mer.

C'est où, la plage?

Entre Calvi et L'Île-Rousse, il y a bien un petit train qui fait la navette le long du littoral et s'arrête aux plages, dont celle du chef-lieu, très fréquentable et fréquentée, mais les plus belles, les plus sauvages, sont au-delà.

En direction de Porto, nous cahotons vers le sud, en longeant la côte, sur la D 81bis, une route qui semble avoir été tracée par et pour des mulets: large d'au plus trois mètres, elle s'enroule sur elle-même tel un anaconda, et on dirait bien qu'après notre passage, elle s'effritera! De précipices en virages, je tourne au vert, comme la mer.

Notre destination, c'est la plage de la Tour, près de Galéria. Sauf qu'il ne faut pas la chercher, la tour génoise, car elle n'existe plus. Mais la grande plage de galets, elle, on ne peut la manquer: elle prend ses aises dans le site naturel classé de Riciniccia.

Au nord de Calvi, il y a aussi la plage de l'Ostriconi, collée sur le désert des Agriates. C'est un autre site naturel classé époustouflant et, ici aussi, il faut emprunter un sentier plus qu'abrupt pour atteindre le croissant de sable cassonade et les dunes, en bas de la falaise. Mais comme c'est beau! Sur la rivière qui tournicote dans la verte vallée avant de rejoindre le rivage, on fait du kayak tandis que sur la plage, on cherche à s'abriter du vent près des genévriers.

Lozari, sa voisine, n'est pas mal du tout non plus, et au minibar de plage, on peut même commander des Pietra ambrées, ces bières à la farine de châtaignes, sous le regard exalté du Che, dont le portrait orne le mur. Allons, trinquons, car le bonheur, c'est aussi la Méditerranée.

En vrac

- Dans la citadelle de Calvi, chaque année, à la mi-septembre, ont lieu les Rencontres de chants polyphoniques. L'an dernier, pendant cinq jours, à l'occasion de la 15e édition des Rencontres, choeurs corses et napolitains, ainsi que solistes d'Azerbaïdjan, du Maroc et de la Réunion ont fait vibrer la cathédrale et jusqu'aux étoiles.

- Toujours dans la citadelle, les salles voûtées de l'ancien palais des Évêques abritent Chez Tao, un resto et un bar qui donnent sur le port. Johnny, Bono, Gainsbourg et Higelin y ont chanté. Le week-end, la relève tente de s'y faire un nom.

- Au sud de Calvi, au-delà de la pointe de la Revellata, où la mer est d'un bleu et d'un vert Scope, il y a le promontoire de la chapelle de la Madonna di a Serra, qui embrasse toute la baie jusqu'à Lumio. Ici, les tafuni, des rochers crevés par l'érosion, ressemblent carrément à des oeufs de dinosaures. Étrange.

- Entre la Balagne et le cap Corse s'étale le désert des Agriates et ses 40 kilomètres de côtes, protégés par le Conservatoire du littoral. Ce décor de montagnes pelées, ravinées est ponctué de pagliaghi, ces abris de pierre qui rappellent que les bergers et leurs troupeaux passaient jadis une partie de l'hiver dans ces parages. Beauté sauvage.

- À lire: Que faire en Corse?, de Juliette et Olivier Nicoli (Dakota Editions, 2003). C'est un guide de voyage original, qui propose plus de 160 idées d'activités qui sortent de l'ordinaire comme... chercher la maison de Colomb à Calvi!

- Un bémol: c'est triste à écrire, mais je l'écris quand même: Calvi n'est pas des plus hospitalières. Imaginez: passer un mois dans un patelin, fréquenter tous les jours ou presque le même café, le même marché, le même boulanger, et n'avoir droit qu'à un accueil au mieux indifférent, au pire sibérien... Traiteur Annie, par contre, était vraiment sympathique!

- Pour plus d'infos: www.tourisme.fr/calvi et www.visit-corsica.com.

Carolyne Parent remercie Air France, qui a gracieusement assuré son transport.
1 commentaire
  • Stephanie Pioggi - Inscrite 7 décembre 2008 03 h 23

    Produits Corses

    J'ai trouvé les produits du domaine orsini sur www.corse-shopping.fr;Le muscat pétillant est proposé pour les fêtes de fin d'année 2008.Corse-Shopping affiche plus de 400 articles et regorge d'infos sur la Corse.je me suis régalé.
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