Trois écoles de rang transformés en musées ou en auberges

Marie-Julie Gagnon
Journaliste et chroniqueuse voyage
De 1937 à 1958, les enfants ont pris place derrière les pupitres de l’école du Rang II d’Authier, qui est aujourd’hui un musée.
Photo: Jean Caron De 1937 à 1958, les enfants ont pris place derrière les pupitres de l’école du Rang II d’Authier, qui est aujourd’hui un musée.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Les écoles de rang ont joué un rôle majeur au Québec pendant 130 ans. Des Îles-de-la-Madeleine à l’Abitibi, quelques-uns de ces lieux d’apprentissage ont été transformés en musées ou en auberges. Présentation de trois écoles où s’arrêter pour prolonger la récré.


Dans tous les cantons

Aux Îles-de-la-Madeleine, l’ancienne école Saint-Georges — que les gens du coin appelaient « la numéro cinq » — comptait jadis trois classes d’une quarantaine d’élèves du primaire. Construite en 1954, elle a par la suite été une salle paroissiale, avant d’être transformée en un « couette et café » dans les années 2000. Vacancier récidiviste maintenant installé aux Îles, Patrice Laflamme a fait l’acquisition du bâtiment de Pointe-Basse, à Havre-aux-Maisons, en 2019. L’Auberge La Butte Ronde accueille les visiteurs depuis août 2020 dans ses cinq chambres avec salle de bains privée.

« Les écoles de rang aux Îles sont reconnaissables à leur forme, explique-t-il. Les vieux de la vieille du canton nous racontent parfois des anecdotes. » Comme le jour où un écolier est venu en classe avec une chèvre… Deux pupitres d’époque, qui servent de tables de chevet, témoignent du passé des lieux. « Nous sommes en bord de mer, poursuit-il. Nous avons une super belle vue sur la mer, mais nous demeurons dans un petit chemin de campagne. »

Ouverte à l’année, l’auberge, située en plein cœur du circuit gourmand, affiche complet pour l’été 2021, mais il arrive que des gens doivent annuler. C’était d’ailleurs le cas au moment où ces lignes étaient rédigées. « Nous l’affichons sur notre page Facebook. » Comme l’été dernier, M. Laflamme loue l’auberge entière à une même bulle. « Pendant la saison morte, je loue davantage en “coliving”, pour des travailleurs qui viennent de l’extérieur pour un mois. »

Photo: Meggy Turbide L’Auberge La Butte Ronde accueille les visiteurs depuis l'été 2020. 

Il est déjà possible de réserver pour 2022, voire 2023. « Il faut s’y prendre un an à l’avance pour un séjour aux Îles, surtout pour les semaines de la construction ou les deux premières semaines d’août. Ce n’est pas un voyage qui s’organise “sur le fly”. Il faut aussi penser à louer une voiture. La réservation du traversier peut se faire un an à l’avance… »

De l’autre côté de l’archipel

Il est impossible de ne pas être contaminé par l’enthousiasme de Mireille Vachon, l’une des trois propriétaires de La réCréation à Bassin, sur l’île du Havre Aubert. On croit découvrir une ancienne école de rang convertie en auberge, mais on se rend rapidement compte qu’il s’agit plutôt d’un projet évolutif axé sur les arts. Pas étonnant quand on apprend que Mme Vachon conçoit des costumes depuis une trentaine d’années pour le théâtre, le cirque et la télévision, et que l’un des copropriétaires est le scénographe Mario Bouchard. « J’ai acheté [le bâtiment] il y a trois ans avec un Madelinot, raconte-t-elle. Ce devait être son appartement et son atelier de luthier. Nous avions le projet de faire quatre chambres en haut pour recevoir des amis. Nous nous sommes laissé prendre au jeu. »

Le cadre idyllique a inspiré la suite. « Nous avons la vue sur la mer et la montagne. Les sentiers connectent avec ceux du Club de plein air des Îles. Il y a une petite plage en bas, au bout du chemin de l’Anse-du-Moulin. C’est une plage idéale, elle a tout : les falaises de grès qui protègent du vent, le sable blond… »

Photo: Paul Doré L'ancienne école de canton s'est métamorphosée en auberge, puis au fil du temps, en un lieu de création multidisciplinaire.

Érigée en 1954, l’école du Moulin a vu défiler les élèves dans deux grandes classes jusqu’en 1974. Après sa fermeture, la bâtisse a abrité une salle pour l’âge d’or. Elle était en décrépitude au moment de son achat. « Il y a beaucoup de vie reliée à cet endroit, dit Mireille Vachon. C’est pour cela que nous n’avons rien voulu détruire. Nous avons récupéré le bois de la toiture pour faire des têtes de lit, du mobilier, des espaces de rangement… Le magnifique escalier est fait avec du bois rapporté par la mer. »

Inaugurée en pleine pandémie, La réCréation compte quatre chambres qui portent le nom de 1re année, 2e année, 3e année et 4e année, et deux appartements autonomes, dont l’un baptisé « Le bureau de la directrice ». Au fil du temps, le projet s’est mué en véritable lieu de création multidisciplinaire. Le trio compte y faire des résidences d’artistes et y tenir des activités dans le Grand Salon. « Nous avons aussi acheté la Butte à Willy pour aménager un sentier des arts. Nous aimerions inviter des sculpteurs et construire des habitations insolites… » S’étonnera-t-on d’apprendre que Mireille Vachon songe sérieusement à vendre sa résidence montréalaise pour s’y installer à l’année ?

Retourner sur les bancs en Abitibi

En Abitibi-Témiscamingue, non loin du parc national d’Aiguebelle, l’école du Rang II d’Authier semble figée dans le temps. De 1937 à 1958, les enfants ont pris place derrière les pupitres de ce bâtiment non isolé et chauffé à l’aide de deux poêles à bois, qui est aujourd’hui un musée.

Le site est généralement ouvert au public entre la mi-juin et la fête du Travail. De juillet à septembre, des animations proposent aux visiteurs un voyage dans le temps. « Vous vous retrouvez devant une institutrice, un curé, un inspecteur et une petite fille un peu tannante qui nous expliquent les choses du quotidien de cette époque », résume la directrice générale, Ginette Bellemarre. Adaptées selon les publics, les visites ont pu être possibles pendant l’été 2020.

Les représentations d’une pièce relatant des scènes de la vie d’Authier dans les années 1940, qui ont habituellement lieu dans la vieille grange d’en face tous les mercredis et dimanches de l’été, ont toutefois dû être annulées. On ne sait toujours pas, au moment où ces lignes sont rédigées, si elles reprendront à l’été 2021. Mme Bellemarre recommande de suivre la page Facebook du musée pour être tenu au courant des nouvelles pour l’été 2021.

À surveiller

• À Lac-Brome, la Petite École de rang a été convertie en chalet rustique, qu’il est possible de louer.

• À Notre-Dame-du-Portage, dans le Bas-Saint-Laurent, l’École de l’Anse accueille habituellement les visiteurs l’été. Ce ne fut cependant pas le cas en 2020. Idem pour la Maison d’école du rang Cinq-Chicots, construite en 1903 à Saint-Christophe d’Arthabaska, près de Victoriaville.

• À noter que les déplacements entre les régions ne sont pas recommandés en ce moment.