Et pourquoi pas un voyage gourmand à Mingan cet été?

Catherine Lefebvre Collaboration spéciale
En plus des géants de calcaire sculptés par les vents et les marées, la beauté de l’archipel réside aussi dans le fait qu’il regorge de plantes marines savoureuses et étonnamment méconnues de la gastronomie québécoise.
Photo: Catherine Lefebvre En plus des géants de calcaire sculptés par les vents et les marées, la beauté de l’archipel réside aussi dans le fait qu’il regorge de plantes marines savoureuses et étonnamment méconnues de la gastronomie québécoise.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

L’été, nos routes, nos saveurs. Même si les vacances estivales peuvent paraître encore loin, il est temps de commencer à y rêver et de s’amuser à les planifier. Alors que la situation nous demandera fort probablement de concentrer nos explorations dans notre belle province encore cette année, le cahier Plaisirs vous fera découvrir dans les prochaines semaines quelques routes, destinations et offres touristiques chez nous, mais qui font grandement voyager. Cette semaine, voyage gourmand au cœur de l’archipel de Mingan, sur la Côte-Nord, où notre journaliste s’est rendue l’été dernier.


Je n’avais jamais vraiment fait de kayak de mer. Mais l’envie d’explorer le Saint-Laurent sur ses flots était grande, tout comme celle de retourner sur l’inestimable Côte-Nord. Le séjour en kayak de mer dans la Réserve du parc national de l’Archipel-de-Mingan du voyagiste Karavaniers m’apparaissait donc comme le scénario parfait l’été dernier. Habituée entre autres aux excursions en kayak au Groenland, Karavaniers, l’équipe de guides expérimentés, comprenant Marie-Josée Talbot, notre guide pendant le séjour, a conçu une vingtaine d’itinéraires au Québec et au Canada. En collaboration avec des partenaires locaux, comme Mathieu Bourdon de Noryak Aventures, c’est un Québec extraordinaire, surprenant et incomparable qu’on nous a fait découvrir l’été dernier. Et ça tombe bien : cette activité est de retour cet été, de la fin de juin au début de septembre. 

Rêvons à l’été

Il faut attendre la fin des classes pourque la température soit suffisamment clémente dans l’archipel de Mingan pour voguer sur le Saint-Laurent pendant des heures en kayak et passer la nuit sous tente.

En arrivant à Havre-Saint-Pierre, nous déposons nos bagages à l’Auberge boréale. La propriétaire, Gabrielle Tanguay, est non seulement très accueillante, elle connaît aussi les bonnes adresses où déguster les délices de la région. Direction Chez Julie, la référence pour le poisson et les fruits de mer depuis 1977. Suivant les bons conseils de Gabrielle, nous optons pour une assiette du pêcheur pour deux, tellement elle est généreusement garnie de délices marins : homard, morue, crevettes nordiques, pétoncles, crabe, tout y est ! On couronne le tout d’une pointe de tarte à la chicoutai, ce petit fruit bien connu de la Côte-Nord ayant l’apparence d’une petite framboise de couleur orangée au goût exquis, comme un heureux mélange entre la mangue et le fruit de la passion.

Direction Grande Île

Si l’aventure gustative est déjà bien commencée, c’est le lendemain matin que nous partons en bateau vers la Grande Île, l’une des trentaines d’îles calcaires qui composent le paysage unique de l’archipel. De là, nous explorons les environs en kayak de mer toute la semaine !

Dans le détroit de Jacques-Cartier, entre l’île d’Anticosti et la Côte-Nord, les marées et les courants sont importants. Pour s’y aventurer, nos guides, Marie-Josée et Mathieu, étudient l’humeur du golfe tous les matins avec soin. Nos sorties s’adaptent d’ailleurs aux aléas de l’archipel. Une formidable façon de lâcher prise et de se laisser porter par les éléments de la nature.

Photo: Catherine Lefebvre Depuis de notre kayak, on n'a qu'à plonger la main dans l'eau pour cueillir quelques oursins verts fixés sur les rochers aux bords des berges.

Un matin, le golfe est légèrement agité. Le courant joue encore un peu contre nous au moment de notre départ. C’est l’occasion de pratiquer nos habiletés de pagayeur jusqu’à l’île à Bouleau de terre, en français, où l’on fait une pause pour le dîner. Au retour, on aura donc le vent dans le dos et nous pagayerons dans le sens du courant. Pour l’instant, Mathieu fait un feu et nous sert d’abord un bouillon de miso. Marie-Josée nous prépare des sandwichs au saumon fumé et au fromage à la crème, garnis de roquette de mer et de pesto à la livèche écossaise.

En plus de l’immensité du golfe, des géants de calcaire sculptés par les vents et les marées, la beauté de l’archipel réside aussi dans le fait qu’il regorge de plantes marines savoureuses et étonnamment méconnues de la gastronomie québécoise. Les feuilles et le goût de la roquette de mer ressemblent en effet à celle cultivée. Mais son goût est plus relevé, rappelant le raifort. Pour ce qui est de la livèche écossaise, aussi connue sous le nom de persil de mer, elle pousse en bosquet sur le littoral et dans les étendues humides près des embouchures des rivières. Ça goûte aussi vert que le pesto de basilic, mais avec une petite touche marine.

Les explorations culinaires ne se résument pas à nos sorties quotidiennes en kayak. L’aventure se poursuit au souper. Un soir, nous avons droit à un succulent filet de flétan d’une fraîcheur inégalée, cuit à la perfection sur une plaque en fonte déposée directement sur le feu de camp. Un autre soir, ce sont des pâtes servies dans une sauce crémeuse aux mactres de Stimpson, un mollusque de la famille des palourdes présent en abondance dans les eaux du Saint-Laurent aux abords de la Côte-Nord. Et pour l’apéro, on peut aller plonger la main dans l’eau depuis notre kayak pour cueillir quelques oursins verts fixés sur les rochers aux bords des berges. Enfin, comme cerise sur le gâteau, c’est la fille de Mathieu, Romane, qui concocte tous les délicieux desserts au menu à partir de petits fruits locaux, comme les bleuets sauvages, les camarines, les graines rouges et les catherinettes. Décidément, ce séjour de kayak de mer tire la cuisine de camping par le haut.

Notre journaliste était l’invitée de Karavaniers.

Déguster notre Saint-Laurent

Le golfe du Saint-Laurent regorge de délicieuses espèces marines. Pourtant, selon le collectif Manger notre Saint-Laurent, seulement 19 % des ressources sont consommées par les Québécois. La majorité est donc exportée, principalement aux États-Unis et en Asie. Le collectif vise à informer la population de la richesse du Saint-Laurent et des enjeux de la pêche commerciale au Québec, pour ainsi améliorer la situation. Un geste concret pour aller dans la bonne direction : demander du poisson et des fruits de mer d’ici à votre poissonnier !

Le musée Exploramer vient de publier la liste des espèces marines valorisées par Fourchette bleue pour la saison de la pêche 2021. Le programme a pour objectif la saine gestion des ressources marines du Saint-Laurent. D’une année à l’autre, la liste est modifiée en fonction des stocks disponibles, afin d’assurer une pêche durable et de protéger la biodiversité. Or, cette année, 29 espèces de poissons, de fruits de mer, d’algues et le phoque font partie de la liste. D’ailleurs, un recueil de recettes gratuit vient d’être publié pour favoriser la cuisine des poissons et fruits de mer du Québec.

 

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