Le Val-d'Aoste - Une Italie presque française

La vue à cette altitude, où commence l’alpage dont les prés accueillent les bestiaux en été, s’est révélée être tout simplement vertigineuse. Source: Hotel Bellevue
Photo: La vue à cette altitude, où commence l’alpage dont les prés accueillent les bestiaux en été, s’est révélée être tout simplement vertigineuse. Source: Hotel Bellevue

Notre hôtel, le Bellevue, portait très bien son nom. Dans la fenêtre de notre chambre se découpait le triangle blanc du fond de la vallée formé par le glacier du Grand-Paradis qui brillait sous le soleil. Nous étions à Cogne, chef-lieu de la vallée éponyme qui rejoint, une trentaine de kilomètres plus bas, au fil de nombreux virages serrés, le grand sillon du Val-d'Aoste.

Le printemps touchait à sa fin. À peine un mois plus tôt, la neige était partout présente. Elle avait fait place aux fleurs qui paraient les champs, les jardins des maisons et les jambes des fenêtres. Autour de nous, ce n'étaient que couleurs qui tranchaient sur le vert tendre; au-dessus de nos têtes, le ciel n'accrochait aucun nuage.

De Cogne partent en toute direction des sentiers pédestres qui sillonnent, sur plus de 450 kilomètres, ces montagnes appartenant au versant méridional et italien des Alpes, non loin de Courmayeur et du mont Blanc. D'autres mènent à des parois d'escalade très appréciées des alpinistes. Dès le lendemain de notre arrivée, nous n'avons pu résister au plaisir de marcher au pied du Grand-Paradis, du côté de Valnontey, village appartenant à la commune de Cogne.

La rivière, alimentée par le glacier et des torrents, s'écoule en ressauts et tourbillons. Nous n'avons pas osé y tremper la pointe d'un orteil... Çà et là, des panonceaux décrivaient le milieu naturel du Parc national du Grand-Paradis. Créé en 1992, ce parc est un lieu très prisé des amateurs de plein air, italiens d'abord mais aussi européens; il doit son origine aux réserves de chasse de la maison royale d'Italie et aux lettres patentes qui interdisaient la chasse au bouquetin dans tout le royaume.

Cogne et sa vallée ont longtemps vécu d'activités exigeantes et de frugalité. J'ai pu, en feuilletant des livres tirés de la bibliothèque de l'hôtel, retracer ce passé qui n'a pas toujours été rose pour tout le monde. Alimenté par la passion des propriétaires de l'établissement, le Bellevue fait largement office de musée, grâce aux peintures d'époque, aux vieux meubles et aux outils anciens qui parsèment chambres, corridors et salons. «Vous savez, m'a dit le patron, Pierre Rouillet, nous sommes les enfants de cette vallée.»

Dans les jours qui ont suivi, nous avons rayonné depuis Cogne, à 1534 mètres, vers les hameaux de Lillaz et de Gimillan, le plus haut point habité du Val-d'Aoste, établi sur l'ubac, donc orienté plein sud. La vue à cette altitude, où commence l'alpage dont les prés accueillent les bestiaux en été, s'est révélée tout simplement vertigineuse.

Napoléon Bonaparte, qui ne manquait pas d'esprit d'observation, a décrit le Val-d'Aoste «comme un paysage de vignes et de misère». Les temps changent: c'est aujourd'hui la région la plus prospère d'Italie. Et l'une des plus agréables. Qui, au surplus, a conservé la qualité de son décor.

Une histoire particulière

Après les Romains, puis les Ostrogoths, les Lombards et les Francs, le Val-d'Aoste passa en 888 sous l'autorité des rois de Bourgogne. Leur succéda, en 1032, Humbert aux Blanches Mains, considéré comme l'aïeul de la Maison de Savoie qui régna sur le pourtour du mont Blanc, tant en Italie qu'en France et en Suisse.

Cet arrière-pays était difficilement accessible. Pour s'assurer la fidélité des nombreux petits seigneurs qui contrôlaient les différentes parties de la vallée, la Maison de Savoie octroya au Val-d'Aoste une considérable autonomie. Ainsi fut ratifiée en 1191 la Charte des franchises, véritable pacte bilatéral qui réglementait le pouvoir des seigneurs locaux à l'endroit de la population.

Jusqu'à la Révolution française ou presque, la vallée garda son propre code de lois, le Coutumier. Publié en 1588 à Chambéry, qui est aujourd'hui en France, il constituait le recueil des lois et des usages, transmis oralement jusque-là. À partir de 1861, la vallée a lié son destin politique à celui de l'Italie, tout en gardant sa marge de manoeuvre. Mais le français, qui émaille toute la toponymie et les noms d'établissement, y est resté la deuxième langue officielle.

Un pont romain

Dans le Val-d'Aoste subsistent pas moins de 17 ponts romains qui avaient été construits sur la route des Gaules. Certains, comme à Châtillon et Saint-Vincent, ne sont plus que ruines. D'autres, tel celui de Pont-Saint-Martin, sont pratiquement intacts et impressionnent toujours par leur perfection.

Près d'Aymavilles, à l'entrée du val de Cogne, le pont-aqueduc de Pondal, haut de 52 mètres, est formé d'un passage couvert et d'une conduite d'eau. Sur la route, un panonceau bien discret en signale l'existence, puis un chemin abrupt y mène. On laisse sa voiture à l'entrée du hameau qui garde le pont.

Châteaux ouverts au public

Creusée en son milieu par la Doire Baltée, la vallée d'Aoste a constitué depuis l'Antiquité l'une des plus importantes voies de communication entre l'Italie et le reste de l'Europe. Plusieurs forteresses féodales montent la garde, installées à des endroits stratégiques sur toute la longueur de ce corridor alpin. Certaines sont ouvertes aux visites.

- Castel Savoia (XIXe siècle, à Gressoney-Saint-Jean, 0125 355396): toute l'année, visites guidées aux demi-heures. Frais d'entrée.

- Château royal de Sarre (XIIe et XIIIe siècles, 0165 257539): toute l'année, visites guidées aux demi-heures. Frais d'entrée.

- Fénis (XIIe siècle, 0165 764263): toute l'année, visites guidées aux demi-heures. Frais d'entrée.

- Issogne (XIVe siècle, 0125 929373): toute l'année, visites guidées aux demi-heures. Frais d'entrée.

- Saint-Pierre (XIe siècle): accueille le Musée régional des sciences naturelles; jusqu'au 30 septembre, frais d'entrée.

- Ussel (XIVe siècle, à Châtillon, 0166 563747): jusqu'au 17 octobre, exposition Giocattoli della tradizione valdostana («Jouets de la tradition valdôtaine»).

- Verrès (XIVe siècle, 0125 929067): toute l'année, visites guidées aux demi-heures. Frais d'entrée.

Plats du terroir

- Mocetta: viande de chamois ou de boeuf séchée.

- Seupa à la Gogneintze: soupe préparée à base de riz et de fontine.

- Carbonade: petits morceaux de boeuf passés dans la farine et cuits à l'étouffée dans le vin blanc, puis servis avec de la polenta et des pommes de terre cuites à l'eau.

- Meculin: forme de panettone.

Renseignements

- On peut se procurer gratuitement, auprès de la Région autonome Vallée d'Aoste (Bureau de renseignements touristiques, 0165 236627, www.regione.vda.it, uit-aosta@regione.vda.it), des documents fort bien faits qui sauront contribuer à planifier et à réussir un séjour dans la région.

- Aux sommets de la mémoire: brochure d'une cinquantaine de pages qui présente de façon détaillée et avec de nombreuses cartes la vallée dans ses grands traits histoiriques, ses principaux attraits et une dizaine d'itinéraires.

- Refuges et bivouacs en vallée d'Aoste: brochure couleurs agrémentée de nombreuses cartes et photos.

- Agrotourisme: Région autonome Vallée d'Aoste 2004: répertoire des gîtes à la ferme fournissant tarifs, coordonnées et photos des différents établissements.

- Vallée d'Aoste: Guide touristique, carte routière (1: 115 000), avec commentaires descriptifs au verso.

- Hôtel Bellevue, (039) 0165 74825, www.hotelbellevue.it, it-bellevue@relaischateaux.com.