Tourisme - L'Italie sans chichi

Inabordable et budgétivore, l'Italie? Ça dépend par quel bout on la prend. À preuve, ces quelques exemples qui démontrent que la dolce vita peut aussi être pécuniaire...

En m'embarquant avec ma douce, l'été dernier, pour un périple italien d'un mois, mes appréhensions étaient aussi fortes que la taille de mon gousset était faible: aucune réservation, un itinéraire inexistant mais dont le tracé passerait par plusieurs des lieux les plus fréquentés du pays, et un choix de dates laissant présager beaucoup de bousculade au portillon touristique, à savoir fin juin-début juillet.

Tout compte fait, il y eut plus de peur que de mal. Une fois sur place, force fut de constater que, avec un minimum d'organisation et de débrouillardise, il est possible de s'en tirer à (plus ou moins) bon compte, comme le prouve la courte recension qui suit. Attention: il ne s'agit pas ici de décrire les meilleurs moyens de voyager budget en Italie, mais bien de donner quelques exemples qui prouvent qu'on peut passer de Venise à Palerme sans nécessairement coût férir.

- Du Québec, à défaut de profiter de vols nolisés remplis à ras bord en haute saison, il vaut parfois mieux ne s'acheter qu'un billet Montréal-Paris ou Montréal-Londres et profiter, une fois là-bas, des tarifs ridiculement bas des transporteurs à rabais et sans chichi («low cost and no frills»), également disponibles sur Internet. Il est ainsi envisageable de se dégoter un Londres-Milan ou un Paris-Naples pour moins de 100 $ (voir par exemple EasyJet, www.easyjet.com, et Ryanair, www.ryanair.com).

- Après l'arrivée au pays des lentes heures, les trains contribuent régulièrement à faire perdurer le mythe italien de la lenteur, surtout dans le sud du pays. Mais la vélocité reprend de sa véracité dans le nord, où les trains rapides sont aussi efficaces et aussi confortables que leurs cousins français TGV, sur les grandes lignes Milan-Rome, Florence-Naples et tutti quanti.

Pour en profiter à petit prix, outre la large panoplie de passes Eurail (à se procurer avant de partir, www.cittours-canada.com), le biglietto kilometrico s'avère un choix fort éclairé. Ce «billet kilométrique» permet de bénéficier de 20 voyages en train sur un maximum de 3000 kilomètres en deux mois, il peut être utilisé par plusieurs personnes à la fois (maximum de cinq passagers) et le «kilométrage» des enfants compte pour moitié.

- Pour prendre place à bord des petits teuf-teuf du sud italien, mieux vaut payer le trajet à la pièce plutôt qu'inutilement dépenser de précieux kilomètres sur les passes. Cela dit, l'autocar demeure souvent une option comparable, sinon meilleure, à prix similaire. Ainsi, pour relier Naples à Pompéi, il effectue le même trajet que le train (Circumvesuviana) plus rapidement et avec plus de confort. Enfin, en Sicile, l'autocar est presque toujours le moyen de transport le plus efficace.

- Plus on va vers le sud, mieux l'auto-stop fonctionne, ce qui permet non seulement de se déplacer à l'oeil mais éventuellement de se faire inviter pour casser la croûte, voire pour obtenir le gîte, sans compter l'agrément des rencontres. Encore une fois, le degré d'accueil des Italiens augmente généralement à mesure que diminue le degré de la latitude où ils habitent.

- À moins d'être tout jeune, de voyager seul et d'être prêt à pioncer avec sept zigues parmi lesquels se trouve invariablement — et selon des statistiques solidement éprouvées — au moins un ronfleur chronique, il n'est pas nécessaire de se procurer une carte d'auberge de jeunesse (Hostelling International, ou HI, www.hihostels.ca, 35 $). Lorsqu'on voyage à deux, et à quelques euros près par tête de pipe, le prix d'une chambre dans les affita camere (chambres chez l'habitant) ou une ostello (auberge de jeunesse) privée et non affiliée au réseau HI revient grosso modo au même.

- Même dans les plus fréquentées des villes, même en haute saison, même sans réservation, il est toujours possible de crécher à prix modique, à condition de se munir d'un bon guide de voyage qui tient compte des besoins des bourlingueurs fauchés (comme le Let's Go surtout, mais aussi le Lonely Planet, le Rough Guide ou le Footprints, par exemple) et de se pointer de tôt matin. C'est ainsi qu'à Venise, à la fin du mois de juin, nous avons pu dégoter une chambre double avec balcon et douche à l'étage pour 42 euros, après seulement deux essais infructueux. Une véritable aubaine, quand on sait qu'une chambre dans un couvent de la Sérénissime peut aisément coûter 200 euros la nuit, avec couvre-feu...

- Cela dit, les familles de trois ou quatre personnes trouveront souvent leur compte à séjourner dans les auberges HI, puisque certaines d'entre elles leur dédient exclusivement des chambres à petit prix. Ainsi, à l'auberge de jeunesse de Florence — un bijou d'art et de commodité, où on trouve même un cinéma! — il n'en coûte que 50 euros pour que trois membres d'une même famille bénéficient de l'intimité d'une chambre privée. En outre, si on arrive tard ou en soirée dans une ville peu recommandable (comme Naples ou Catania), mieux vaut réserver la veille.

- Se sustenter sans se laisser tenter demeure un défi de taille, dans un pays où la boustifaille est quasi déifiée et où il est de bon aloi de s'abandonner sans vergogne au péché de gourmandise. Évidemment, chaque pays possède sa propre liste d'aliments modiques, et l'Italie n'y échappe pas. S'il n'est pas évident de fricoter une polenta ou une pasta sur les bords du Tibre ou de l'Arno, il est plus facile de grappiller un consistant calzone par-ci ou de bourratifs arancini (boules de risotto fourrées à la mozzarella) par-là. Et puis, un formaggio, un pain et un saucisson achetés à l'épicerie se transmuent en festin lorsqu'on se les offre sous une lanterne vénitienne, devant le couchant de Syracuse ou au pied d'un citronnier, à Amalfi...

- Alléluia, y'a de l'espoir. Si on trouve maintenant des tourniquets qui jugulent l'accès, de l'intérieur, aux plus belles sections de certains monuments italiens, d'autres éminents sites offrent des tours guidés gratos. C'est le cas de la tourneboulante basilique Saint-Marc de Venise, où une guide francophone explique dans ses moindres détails l'intérieur de ce pur joyau, à 11 heures tous les jours. Dans un pays où tout se paie, jusqu'à l'alimentation des lumières dans les églises, c'est presque un miracle.

- Du reste, sur les sites italiens les plus courus, de jeunes entreprises proposent des «tours guidés d'essai», avec gratification optionnelle à la fin, comme à Saint-Pierre-de-Rome. En outre, il arrive que des étudiants en architecture ou en histoire de l'art approchent les visiteurs afin de leur faire profiter de leurs connaissances, pour trois fois rien.

- Mais pour économiser à tout coup lors des visites, rien ne vaut le bon vieux parasitisme. Que ce soit au Musée Bargello de Florence, au Musée d'archéologie de Naples ou à la Chapelle Sixtine du Vatican, on trouve toujours des groupes de Français — ou, au pire, d'anglophones — qui se paient une visite en compagnie d'un guide attitré. Rien n'est alors plus simple que de flâner nonchalamment près du groupe, en regardant distraitement ailleurs que vers l'objet du propos du guide, mais en l'écoutant. Tout le monde n'y verra que du feu et le grippe-sou en vous ne s'en portera que mieux...

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Pour plus d'infos sur l'Italie: Office national italien de tourisme, (416) 925-4882, ainsi que l'adresse www.italiantourism.com

ou www.enit.it. Pour une recension fort complète des ressources portant sur l'Italie (et tous les pays) disponibles sur le Web: www.trotty.com.