Les restrictions sanitaires dans les hôtels: et l’hospitalité dans tout ça?

Carolyne Parent Collaboration spéciale
Le Manoir Hovey, situé dans les Cantons-de-l’Est
Photo: Manoir Hovey Le Manoir Hovey, situé dans les Cantons-de-l’Est

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Les consignes sanitaires en zone rouge, absolument nécessaires, n’en contreviennent pas moins aux valeurs intrinsèques du métier d’hôtelier. Nous en avons discuté avec Jason Stafford, directeur général du Manoir Hovey, à North Hatley, dans les Cantons-de-l’Est. Au palmarès 2020 du magazine Travel+Leisure, l’établissement familial, membre des Relais & Châteaux, figure au 2e rang des 10 meilleurs hôtels de villégiature au Canada et s’est classé en 17e position, sur 100, des meilleurs hôtels au monde.


Que représentent ces consignes sur le plan logistique pour votre établissement ?

C’est compliqué et difficile, mais il nous faut respecter la loi. Pour la désinfection, on s’en est remis à la technologie en utilisant des machines de pulvérisation électrostatique, le même système qu’utilisent les compagnies aériennes. Donc les chambres sont rapidement stérilisées.

 

Ces machines coûtent-elles cher?

Oh oui, et nous en avons quatre ! Nous les utilisons également dans tous nos espaces publics. Nous avons un employé dont la seule tâche est d’en faire le tour constamment pour désinfecter les équipements, les poignées de porte, etc. S’adapter à la nouvelle réalité demande beaucoup de travail : nettoyer une chambre prend deux fois plus de temps qu’avant ; pour une grande suite, ça peut prendre maintenant trois ou quatre heures.

 

Les restaurants et les bars devant rester fermés en zone rouge, comment se vit l’expérience gastronomique au Manoir en ce moment ?

C’est sûr que nous n’avons jamais connu une telle demande de service dans les chambres, et c’est aussi toute une adaptation. Par exemple, on a installé des tables et des chaises dans chacune pour plus de confort. Nous, on veut toujours donner le meilleur service, et il nous est très difficile de dire au client assis devant le feu de foyer de la bibliothèque qu’on ne peut pas lui servir un cocktail ou un café, qu’il doit plutôt le commander de sa chambre parce que le bar [juste à côté] doit rester fermé. C’est une réalité qui va à l’encontre de mes valeurs d’hôtelier et des valeurs d’un hôtel cinq étoiles. On donne tout de même le maximum de service dans les chambres, et je crois que sortir de la ville, profiter de la nature, d’une vue sur le lac, d’un feu de foyer, c’est quand même mieux que rester dans son appartement, à Montréal.

 

Le service de restauration dans les chambres apporte certainement à son tour des contraintes au menu. Quelles sont-elles ? Sans compter que tout le monde ne peut pas manger à 19 heures…

Avec 36 chambres et suites éparpillées en plusieurs pavillons sur 10 hectares, il n’est pas possible d’offrir notre menu dégustation à huit services. Il y a aussi certains plats avec des sauces et des jus très délicats, ou qui vont refroidir rapidement, qui ne peuvent pas non plus être servis dans les chambres. Il nous a donc fallu adapter certaines préparations. Et bien sûr, il faut réserver la livraison de ses repas, surtout la fin de semaine. C’est vraiment une tout autre organisation de nos services.

 

Et du côté des forfaits ?

Pas de forfait « dégustation », mais les massages continuent, et il y a aussi le forfait « Louise Penny », qui comprend un circuit qu’on peut faire de façon autoguidée, avec une carte, ou sur demande avec un guide. [Le circuit permet de voir des lieux associés à l’univers des romans policiers de l’autrice Louise Penny, résidente de North Hatley, appelé Three Pines dans son œuvre. L’hôtel a d’ailleurs servi de modèle au Manoir Bellechasse dans Défense de tuer.

 

La situation actuelle a-t-elle quand même un côté positif ?

Il y a un côté positif et négatif à tout ! Il y a certainement des clients qui nous ont découverts l’été dernier parce que, d’habitude, ils vont en Europe et qu’ils se sont mis à voyager dans la province et à encourager les gens d’ici.

 

Et comment se dessine le temps des Fêtes au Manoir ?

Normalement, c’est magnifique, mais encore une fois, on va s’adapter. Il y aura un petit sapin de Noël dans toutes les chambres, on va offrir un cadeau à tous nos clients, on va servir le lait de poule traditionnel dans les chambres, même chose pour le champagne, pour le brunch… Cela donnera à notre clientèle l’occasion de célébrer les Fêtes de fin d’année, d’être servie à l’extérieur de la maison et d’avoir la vedette !

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