Virée d’Halloween autour du globe

Carolyne Parent Collaboration spéciale
Une maison décorée pour l'Halloween dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans, dans le sud des États-Unis
Photo: New Orleans & Company Une maison décorée pour l'Halloween dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans, dans le sud des États-Unis

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

S’il est vrai qu’une tournée du quartier sera finalement possible ce week-end pour la traditionnelle collecte de bonbons chez nous, pas de grande virée halloweenesque envisageable chez des voisins proches ou lointains cette année. Qu’à cela ne tienne, nous vous offrons un voyage en orange et noir dans quatre villes autour du monde par des récits de nos collaborateurs qui partagent des souvenirs de célébrations du 31 octobre, de Londres à Taïwan, en passant par New York et Nola.

Trick or treat à New York

Mes sept années d’expatriation à New York m’ont laissé des souvenirs de 31 octobre hauts en couleur. La Grosse Pomme se parait d’une belle teinte orange, et les joggers de Central Park remettaient des manches longues pour courir autour du Réservoir, dans lequel se reflétait le magnifique feuillage saisonnier.

L’immense magasin de déguisements de Union Square rivalisait d’imagination pour offrir aux New-Yorkais les tenues et les accessoires les plus terrifiants, glamour ou drôles. Dans le quartier huppé de l’Upper East Side, les townhouses aux briques rouges choisissaient leur style entre le bon chic bon genre — belles citrouilles sagement posées sur l’escalier — ou l’inquiétant : araignées géantes, momies, squelettes, tombes et pendaisons…. Les mises en scène étaient toujours très soignées et souvent stupéfiantes.

Le soir venu, nous revêtions notre déguisement pour accompagner nos petites citrouilles, nos lapins et autres monstres à la tombée de la nuit en sillonnant les jolies rues situées entre la 5e Avenue et Lexington. Au début, il fallait les pousser un peu pour qu’ils osent appuyer sur la sonnette. Trick or treat ! Des adultes effrayants sortaient de leur maison avec une quantité impressionnante de friandises. Certains esprits fallacieux cachaient des installations sonores et lumineuses qui ne manquaient pas de nous surprendre.

Quelques heures plus tard, la fête commençait pour les étudiants et les jeunes adultes downtown. Parents, enfants ou étudiants, je ne sais pas lesquels étaient les plus excités, car à New York, l’atmosphère est propice à retrouver son âme d’enfant.

Isabelle Delorme

 
 

Frayeur et ravissement à NOLA

La version cinématographique d’Entretien avec un vampire, tiré du roman de l’autrice néo-orléanaise Anne Rice, faisait un tabac. Et cet automne-là, le Cap enragé de mon beau Zachary (Richard) tournait toujours en boucle dans mon… Discman !

J’avais jumpé sur l’aventure halloweenesque dans une Crescent City qui m’avait semblé proprement sinistre avec ses impressionnants chênes verts drapés d’une mousse fantomatique à souhait. Si j’avais décliné la virée des goules au départ du Vieux Carré et autres visites de « maisons hantées », je n’avais pu résister à celle du Cimetière Saint-Louis no 1, appâtée par l’histoire d’un personnage mythique. Celle de Marie Laveau, « grande prêtresse » intimement liée au patrimoine vaudou de la Big Easy. Donnant d’abord dans les cérémonies de salon, Marie Laveau, coiffeuse de son état, fit fortune au milieu du XIXe siècle en misant sur deux ou trois tours de passe-passe lui venant de sa mère haïtienne et, surtout, en exploitant, lors de ses « transes », les confidences que lui avaient faites ses clientes entre la pose de deux bigoudis. Des maisons cossues où elle invoquait les esprits et vendait ses grigris, elle et son serpent passèrent au Congo Square, terre sacrée des Autochtones avant l’arrivée des Français et, par la suite, seul lieu public où les esclaves avaient le droit de chanter et de danser. C’est là qu’elle consolida sa réputation.

Devant son blanc caveau, décoré de colliers colorés, des offrandes, sans doute, de fêtards du dernier Mardi gras, notre guide s’était tu. Je lui avais alors demandé : « Et les X tracés sur la pierre, là, ce sont des marques vaudoues de ses fans ? » « Du vaudou ! ? Du vandalisme, oui ! » Enfer et déception : je venais pourtant de lui offrir sur un plateau d’argent l’occasion de nous donner un dernier petit frisson !

Carolyne Parent

 
 

L’Halloween à Londres, ou la nuit où j’ai cru entendre Linda Blair

En Angleterre, elle fut d’abord surnommée « La nuit du casse-noisette » ou « La nuit de la pomme croquante », un moment en famille pour déguster des noisettes et des pommes (eh oui !) au coin du feu. Mais c’était aussi l’occasion de se « raconter des peurs », et la tradition s’est perpétuée au cinéma à l’Halloween. Ce soir-là, le fameux classique de l’horreur, c’était et c’est toujours du bonbon.

En 1989, je vivais à Londres, et je fréquentais frénétiquement les salles de cinéma — jadis un paradis du septième art. À deux pas de la célèbre gare King’s Cross, et bien avant que Harry Potter découvre le fameux quai 9 3/4, s’élevait le Scala Cinema, un palace décrépit où la bande sonore de tous les films était accompagnée du vrombissement du métro qui passait en dessous.

Lors de ma première visite un 31 octobre, ce léger vacarme s’est mêlé aux cris et aux insanités proférés par Linda Blair dans The Exorcist (1973), le film remarquable de William Friedkin que je voyais pour la première fois. Cette lutte sanglante entre le bien et le mal à l’ombre de la Maison-Blanche m’avait donné froid dans le dos.

Et plus encore la nuit même ! Je vivais alors dans une maison de chambres à deux pas de St-James’s Park. Avant l’aube, ma voisine d’en haut a offert à l’immeuble un intense délire, renversant tout sur son passage et hurlant à pleins poumons. Encore grisé par les vociférations de la plus célèbre exorcisée du monde, à peine réveillé, je fus convaincu, l’espace d’un instant, que Linda Blair venait de déménager à Londres. J’ai mis du temps à revoir The Exorcist.

André Lavoie

 
 

Le Mois des fantômes à Taïwan

À Taïwan, les fantômes n’ont rien à voir avec les citrouilles. Au septième mois lunaire, qui coïncide avec la fin de l’été, les portes de l’Enfer s’ouvrent et libèrent les esprits des ancêtres. C’est devant un brasier allumé en pleine rue à Keelung, au nord de l’île de Formose, que j’ai eu un premier aperçu des traditions associées à ce mois particulier, en 2001, quelques semaines après m’être installée en Asie.

« Paper money », m’a répondu l’homme à qui j’ai montré les billets qui brûlaient devant nous, dégageant une fumée visible quelques coins de rue plus loin. J’appris plus tard que cet « argent de papier » — non, pas de vrais billets — était destiné à subvenir aux besoins des défunts. Leurs « besoins » ? Plus j’avais de réponses, plus j’avais de questions. Il faut dire qu’entre mes quelques mots de mandarin et l’anglais approximatif de la plupart de mes interlocuteurs, l’essentiel se retrouvait littéralement « lost in translation ».

Au cours des jours suivants, je découvris avec stupéfaction l’étendue des croyances de mon coin de pays d’adoption. Des spectacles étaient consacrés aux spectres. Des offrandes étaient laissées dans les temples et devant les commerces et les maisons afin d’apaiser les ancêtres affamés. Fruits, riz, poisson, poulet, vin et autres douceurs s’entassaient sur des autels. Certains allaient jusqu’à faire rôtir des cochons entiers sur une broche.

De nombreuses festivités se déroulent un peu partout pendant le Mois des fantômes, célébré par les taoïstes et les bouddhistes. Déjà très superstitieux, plusieurs Taïwanais redoublent de vigilance à cette période de l’année. En effet, il semble que ces défunts qui n’ont pas pu se réincarner ont la fâcheuse habitude de s’immiscer dans certaines activités pendant leur séjour annuel auprès des vivants. Ainsi, mieux vaut éviter de se lancer dans de nouvelles constructions, de se marier, de déménager, d’acheter une maison, de se retrouver dans un lieu sombre, de nager, de prononcer le mot « fantôme » — on dira plutôt « Bon frère » — et d’évoquer la mort.

À travers les bribes d’informations glanées au fil de mes discussions et de mes recherches, j’ai retenu que l’essentiel était de ne pas contrarier les esprits errants. Le 30e jour du mois, les portes se sont refermées, et la vie a repris son cours, ne conservant que les petites superstitions du quotidien.

Marie-Julie Gagnon