Embarquement pour l’aventure sur l’«ÉcoMaris»

Nathalie Schneider Collaboration spéciale
Bienvenue sur l’<em>ÉcoMaris</em>, le voilier-école unique en son genre qui convie les Québécois à découvrir leur province en devenant des marins de circonstance.
Photo: Nathalie Schneider Bienvenue sur l’ÉcoMaris, le voilier-école unique en son genre qui convie les Québécois à découvrir leur province en devenant des marins de circonstance.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Laissez ce voilier vous parler d’aventure. Aux eaux chaudes et cristallines des Antilles, sa coque d’acier préfère le fracas du tangage sur les vagues argentées du Saint-Laurent. Il aime les baies protégées des regards, les eaux profondes où jeter l’ancre pour la nuit, les mouillages silencieux. Il sait fuir les vents contraires et gonfler ses voiles à la faveur d’une brise opportune. Son faible tirant d’eau lui ouvre bien des voies navigables. Récit d’un périple sur le voilier-école qui invite les Québécois à découvrir leur territoire avec des yeux d’explorateurs.

Cap au nord

Bienvenue sur l’ÉcoMaris, le voilier-école unique en son genre qui convie les grands enfants à découvrir leur Québec en devenant, manœuvre après manœuvre, des marins de circonstance, plus aventuriers que skippers. Ses voiles auriques (quadrangulaires) et le bois dont sont faits mâts, bômes, roue et poulies lui donnent des airs de vieux gréements, de ceux qui défilent, toutes voiles dehors, dans les ports de Québec ou de Saint-Malo. Construit en Allemagne en 1999, le ketch a été conçu, dès le début, pour servir de navire-école.

Et pour plaire aux esprits nomades, prêts à changer de cap et à adapter leurs projets de voyage aux règles de la nouvelle réalité touristique. Son terrain de prédilection, ce sont les zones nordiques du Québec : Côte-Nord, Basse-Côte-Nord et Anticosti, pour deux semaines d’exploration et d’apprentissage. Tout un privilège de hisser la grand-voile sur ce beau grand voilier pour aller voir ces territoires exceptionnels de ce Québec qu’on connaît si mal. Le circuit est né cette année d’un partenariat entre l’agence de voyages d’aventures Karavaniers du monde et l’OBNL ÉcoMaris, dont la mission première est d’utiliser la voile comme vecteur de changement, notamment chez les jeunes.

De l’action toute en douceur

Durant cette traversée du golfe du Saint-Laurent, les 12 membres d’équipage que nous sommes répondent à l’appel du jeune capitaine, Alexis, pour prendre une part active aux manœuvres : « Qui se charge de la drisse de grand-voile ? Qui au foc ? » Chacun de nous se poste avec empressement. « Quelle est notre allure ? » Je jette un œil sur le fanion qui claque au vent des hauteurs : « Grand largue bâbord amures ! » À mesure que passent les jours, chacun de nous intègre les notions de base de la navigation : border ou choquer l’écoute, hisser ou affaler la voile, lever ou jeter l’ancre en moulinant activement le guindeau. Durant des ateliers donnés à bord, nous affinons nos connaissances sur les nœuds marins, les instruments de navigation ou l’utilisation du sextant. Je vois mes coéquipiers gagner en agilité, j’observe les sourires s’afficher, l’émotion même. Cette intrusion dans le nord du Québec, c’est « le voyage d’une vie » pour plusieurs.

Photo: Nathalie Schneider Durant des ateliers donnés à bord, les marins en devenir affinent leurs connaissances sur les nœuds marins, les instruments de navigation ou l’utilisation du sextant.

Parfois, une certaine euphorie gagne le pont : sous les ordres du capitaine, nous hissons la trinquette et la voile d’artimon en plus de la grand-voile et du foc ; le ketch prend des allures de vaisseau amiral. Neuf solides nœuds de vitesse nous propulsent, cap à l’est, vers Washicoutai, dans le détroit de Jacques-Cartier, à 60 milles plus loin. L’arrivée est évaluée à 1 h du matin avec, sans doute, un empannage à prévoir en chemin. C’est le temps d’un petit bouillon chaud et de quelques craquelins en attendant le souper qu’on prendra, dans la turbulence du carré, autour de la grande table conviviale.

Découvertes sur la taïga

Chaque escale, comme dans la baie de Coacoachou, est l’occasion de découvrir l’étonnante végétation nordique de la taïga qui prolifère entre les caps de roche et le lac aux Loups : les lichens arides, les sphaignes spongieuses, le thé du Labrador si odoriférant, les juteuses camarines ou l’insectivore sarracénie pourpre. Tout ce petit monde miniature pousse à l’horizontale sur un promontoire naturel avec le fleuve et ses îlots comme ligne d’horizon. Sternes, goélands et fous de Bassan chantent la trame sonore de nos explorations terrestres. De retour au bateau sur l’annexe, chacun de nous est saisi par tant de beauté sauvage. Et par la certitude d’avoir tout un monde à découvrir. Chez nous.


 

Ce circuit de deux semaines (« Un beau grand bateau ») s’adresse à tous, même sans expérience de navigation. Il comprend des randonnées et des excursions en kayak de mer, notamment sur l’archipel de Mingan. D’autres itinéraires sont prévus pour 2021.

Prendre la mer pour trouver sa voie

Depuis 2013, deux projets éducatifs sont menés à bord : une formation délivrée aux cadets de la Défense nationale et le programme Cabestan, financé par le gouvernement du Québec, et destiné aux jeunes de 18 à 30 ans qui désirent décrocher d’une situation problématique et trouver de nouvelles motivations. Manière de miser sur les enseignements du « Sail Training », cette approche éducative qui scelle des destinées par la voile. « Le bateau est un prétexte pour amener des jeunes à développer des liens sociaux, personnels et cognitifs », explique Simon Paquin, directeur général de l’OBNL ÉcoMaris. Depuis 2012, quelque 400 jeunes ont pu ainsi passer deux semaines et demie sur le deux-mâts ÉcoMaris pour apprendre les rudiments de la voile et bénéficier d’un suivi durant une année, afin de transformer cette expérience en une nouvelle trajectoire de vie.

 

Des jeunes comme la rayonnante Émilie, la jeune trentaine, passée grâce au programme Cabestan du monde des bars depuis ses 18 ans à un poste d’officier de marine à venir, pour lequel elle étudie sans relâche. « Apprendre le métier sur ce voilier, c’est une occasion inouïe, dit-elle avec enthousiasme. À bord, le côté humain est très important. »

Une future Maison océanique pour Montréal

La décennie 2021-2030 a été déclarée « décennie des Nations unies pour les sciences océaniques au service du développement durable ». L’occasion, pour ÉcoMaris, de rappeler que la santé de la planète passe par la santé des océans. Ainsi, l’OBNL travaille sur un projet de complexe maritime, dont la construction devrait débuter en 2021.

 

Dans le port de Montréal, cinq pavillons seront érigés pour promouvoir le fleuve Saint-Laurent dans toutes ses dimensions avec des formations et des conférences, un café aux saveurs du Saint-Laurent et un Planctonarium, une expérience immersive sur le plancton, responsable de la moitié de l’oxygène contenu dans l’air.

 

« Un trois-mâts sera amarré au quai des Croisières et accueillera 3000 jeunes du secondaire par an pour des sorties de deux jours en mer, explique Simon Paquin. Ce projet multidisciplinaire, baptisé “Redonner le Saint-Laurent”, viendra compléter notre mission en valorisant la dimension océanique du fleuve. » L’arrimage du financement est en cours, mais Simon Paquin se dit optimiste de voir tous les ordres gouvernementaux participer à cette nouvelle grande aventure.