Un tour du monde et une planche

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
Avant que ne soient fermées les frontières et cloués au sol les avions, l'humoriste et animateur Mathieu Cyr a voyagé aux quatre coins du monde pour le tournage de la première saison de <em>Skate le monde</em>. Ici, à Biarritz, en France. 
Photo: Mathieu Couture Avant que ne soient fermées les frontières et cloués au sol les avions, l'humoriste et animateur Mathieu Cyr a voyagé aux quatre coins du monde pour le tournage de la première saison de Skate le monde. Ici, à Biarritz, en France. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Chaque semaine dans ces pages, une personnalité, un collaborateur, un passionné raconte ce qui lui donne la bougeotte et une envie irrépressible de découvrir de nouveaux paysages. Aujourd’hui, Mathieu Cyr partage le tour du monde et des cultures qu’il a fait en prenant la barre de la série Skate le monde, un projet original où l’on se sert du skateboard pour parler histoire, architecture, culture, art, société, musique et gastronomie. Un rêve pour celui qui pratique ce sport depuis son enfance.


 

En entrevue, Mathieu Cyr admet avoir été sceptique lorsqu’on lui a proposé d’animer une émission sur le skateboard : « J’avais des craintes. Jusqu’à maintenant, quand on décidait de faire une émission de skateboard, on finissait souvent par prendre un angle très ado. » L’animateur a cependant rapidement vu une occasion de redonner à la planche ses lettres de noblesse dans le fait que le diffuseur soit TV5 et que l’équipe de production derrière le projet (L’équipage) envisageait une approche plus dense en contenu documentaire.

Dans le cadre du projet, la toute petite équipe a voyagé pendant près d’une année pour que Mathieu Cyr puisse faire tourner les roues de sa planche aux quatre coins du monde et plonger au cœur de cette culture alternative. « Chaque destination est différente. Mais puisque tout tourne autour du skate, on finit toujours par rencontrer des gens un peu dans la marge, un peu à gauche, parce que c’est aussi ça, le skate. »

C’est pourquoi, à l’image des voyages de l’humoriste d’avant Skate le monde, Mathieu Cyr et son équipe ont préféré rester en dehors des circuits touristiques : « On est passé devant la tour Eiffel à Paris, c’était un incontournable, d’accord. Par contre, inutile de s’y attarder. On cherchait plutôt les plus beaux endroits pour le skate, des bols de soupe ramen pas chers et un parc pour rencontrer des gens intéressants avec qui passer la soirée. » C’est d’ailleurs comme ça, selon lui, qu’on crée les plus beaux souvenirs de voyage : en tissant des liens avec les locaux et en s’éloignant des grandes attractions.

Sur le terrain, on ne peut nier l’effet des caméras. Les tournages attirent les curieux et sont une puissante carte d’accès pour pénétrer dans des univers autrement difficiles d’accès. Pourtant, Mathieu Cyr croit qu’il est possible de vivre en solo ce genre d’aventure. Mais ça demande du travail, beaucoup de travail, en amont. « On ne peut pas débarquer comme ça quelque part et s’imaginer qu’on va nous ouvrir toutes les portes. Il faut faire ses recherches avant de partir, créer des liens par les réseaux sociaux, échanger avec les gens avant d’annoncer sa visite. Comme n’importe quel voyage en marge des grands circuits, il faut connaître les bonnes personnes et préparer son arrivée », conseille-t-il.

Entre liberté et confinement

La planche est un sport pour lequel il n’y a que peu de repères, pas de temps de jeu ni d’uniforme, pas d’équipe, de pointage ou de terrain. Pourtant, c’est un sport qui fait bouger, qui crée des rencontres et qui amène les gens à se dépasser. « Quand tu joues au hockey dans une ligue de garage à 40, 50 ou 60 ans, on trouve ça super, on admire ça. Être sur la glace, bouger, faire du sport. Mais du skate passé l’âge de 25 ou 30 ans, on se met à juger. Comme si c’était un truc réservé aux adolescents. Pourtant, c’est un sport, c’est un mode de vie, c’est une façon de s’exprimer, c’est une culture qui mérite d’être considérée à sa juste valeur. J’ai rencontré des femmes et des hommes dans la soixantaine qui écoutent la série semaine après semaine, je reçois des messages de gens de tous les âges qui voient maintenant la planche d’un autre œil avec Skate le monde. »

En fin de projet, Mathieu Cyr a vécu tout un retour à la réalité puisqu’après une année à circuler librement de continent en continent, il est rentré à la maison au moment même où le confinement s’imposait dans notre quotidien. « Pendant des mois, j’ai été loin de ma famille, très loin. Puis, de revenir en mode confinement, c’était comme passer d’un extrême à l’autre. Cette proximité imposée m’a non seulement reconnecté à mes proches, elle m’a faitréaliser à quel point nous sommes chanceux ici. Ça force l’introspection, ça demande de remettre en question certains besoins et ça remet bien des choses en perspectives. Cette émission-là a changé ma vie, ma façon de voir les choses. C’est avec Skate le monde que j’ai brisé mon bouclier nord-américain.