À chacun son fjord

Marie-Julie Gagnon Collaboration spéciale
Pour vraiment «vivre» le fjord, il faut absolument voguer entre ses falaises de 300 mètres et le kayak de mer reste sans doute le meilleur moyen de se fondre dans l’environnement.
Photo: Lauren Breedlove Pour vraiment «vivre» le fjord, il faut absolument voguer entre ses falaises de 300 mètres et le kayak de mer reste sans doute le meilleur moyen de se fondre dans l’environnement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

« Alfred le voisin d’Oscar ». Déjà, à lui seul, le nom du site raconte une histoire. On apprend en discutant avec la fondatrice, Denise Hovington, qu’il s’agissait de ses deux grands-pères, dont les champs étaient voisins, à Sacré-Cœur, à une trentaine de minutes de Tadoussac. Aujourd’hui, les vaches de la ferme familiale, toujours en activité, ne sont plus les seules à pouvoir contempler la vue imprenable sur le fjord du Saguenay. Depuis la terrasse de leur yourte magnifiquement aménagée par cette pro du home staging, les visiteurs sur deux pattes ont eux aussi droit à leur part de magie.

« Mes grands-parents se sont mariés il y a plus d’une soixantaine d’années, ce qui a réuni les deux terres », raconte Jessy Hovington, nièce de Denise et arrière-petite-fille d’Alfred Brisson et d’Oscar Hovington. La jeune femme vient de reprendre les rênes de l’entreprise. « C’est encore une ferme active. »

C’est peut-être l’effet de surprise, mais après avoir traversé le sentier qui mène aux quatre yourtes thématiques louées aux voyageurs depuis 2015, rarement ai-je ressenti de manière aussi concrète l’expression « à couper le souffle ». Le fjord a quelque chose de mystique. Âgée de 70 millions d’années, « l’entaille dans la pierre envahie par la mer », comme le décrit la SEPAQ, s’étend sur quelque 105 kilomètres, de Saint-Fulgence à Tadoussac, porte d’entrée de la Côte-Nord. Les fjords débouchent généralement sur l’océan. Celui-ci, bordé de falaises de 300 mètres, se trouve à l’intérieur du continent.

Un merveilleux terrain de jeu

Devant moi, ce sont maintenant des milliers d’histoires que j’ai l’impression de voir s’animer là où les eaux douce et salée se superposent. La dernière glaciation. Les montagnes jadis hautes comme l’Himalaya. Les rencontres au confluent du Saint-Laurent. Les voyages des coureurs des bois. Les « bébélugas » qui naissent en juillet et en août. Le paysage qui se transforme au gré des marées.

Photo: Laurent Silvani Les randonneurs ont de quoi se mettre sous la semelle et se remplir les yeux.

Seul territoire géré par les gouvernements du Québec et du Canada, le secteur constitue un merveilleux terrain de jeu. Ici, les randonneurs ont de quoi se mettre sous la semelle et se remplir les yeux. Le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent et le parc national du Fjord-du-Saguenay regorgent de bons plans pour se tenir occupés.

Au parc aventures Cap Jaseux, à Saint-Fulgence, le fjord est visible de plusieurs hébergements atypiques dont les sphères, les dômes et les cabanes dans les arbres. « Saint-Fulgence, c’est le premier endroit au Saguenay où l’on peut voir le fjord », dit Rebecca Tremblay, directrice générale de ce lieu très prisé des amateurs de sensations fortes. S’il est possible de l’apercevoir dans certains tronçons du parcours d’arbre en arbre, c’est selon elle la via ferrata qui offre les meilleurs points de vue.

Cette année, le site doit toutefois limiter les départs pour des raisons sanitaires. Au lieu des 150 à 200 personnes qui effectuent normalement le parcours dans les arbres, ce sont 36 aventuriers qui se promènent entre les branches quotidiennement. Le site compte aussi une plage, où sont notamment offerts des cours de yoga, et propose la location de kayak.

Voguer pour vivre le fjord

Pour vraiment « vivre » le fjord, ilfaut absolument voguer entre ses falaises de 300 mètres. À Rivière-Éternité, Voile Mercator propose des excursions d’initiation de mai à septembre. Depuis quelques années, les Navettes maritimes du Fjord permettent de faire escale dans différents sites et villages entre La Baie et Tadoussac. Les cyclistes qui parcourent la véloroute du Fjord peuvent l’emprunter avec leur monture, tout comme les vacanciers qui souhaitent explorer le secteur autrement qu’en voiture. Cette année, en revanche, la COVID-19 a eu raison des bateaux-mouches et d’une partie de l’itinéraire. Seul La Marjolaine emmène les vacanciers de La Baie à la statue du cap Trinité, avec une escale à Sainte-Rose-du-Nord, du mercredi au dimanche. Les cyclistes peuvent embarquer leur vélo gratuitement à bord du bateau pour faire l’aller simple vers Sainte-Rose-du-Nord, mais pour le reste, il faut pédaler. Le port du masque est obligatoire pour tous les passagers.

Le kayak de mer reste sans doute le meilleur moyen de se fondre dans l’environnement. Les excursions guidées d’Organisaction au départ de Baie-Éternité et du village-vacances Petit-Saguenay – secteur L’Anse-Saint-Étienne constituent d’excellentes entrées en matière. Des aventures de quelques jours peuvent aussi être organisées.

Pagayer du côté de la baie Sainte-Marguerite, secteur de prédilection des bélugas, peut aussi entraîner son lot d’émotions. Un belvédère accessible à pied ou à vélo permet d’observer les baleines blanches et des sites de camping rustiques, de se réveiller près d’elles… avec un peu de chance.

Sur la rive opposée à celle d’Alfred le voisin d’Oscar, le village-vacances Petit-Saguenay accueille les familles depuis 1986. Cette année, pas question toutefois d’opter pour la formule « tout compris ». Pandémie oblige, « VIVA en formule VIVA 2M » propose de séjourner dans l’un des 36 chalets pouvant accueillir jusqu’à huit personnes pour une durée de 5, 12, 19 ou 26 jours ou de réserver l’un des 61 terrains de camping de 0 à 3 services, mais les mesures sanitaires ont exigé une certaine adaptation. « L’animation n’est pas comparable avec celle des années précédentes, indique Charles Martel, directeur des ventes, marketing et service à la clientèle. On ne peut par exemple pas faire de feux de camp animés pour ne pas créer de rassemblement, mais nos animateurs font la tournée des feux de camp des chalets et des campings. Des expéditions sur réservation sont aussi offertes, mais à un maximum de dix personnes issues de trois familles, et les parents doivent accompagner les enfants. » Une chose ne change pas : les points de vue spectaculaires sur le fjord.

Pour combiner théorie et pratique en début ou en fin de voyage, le Musée du Fjord n’a pas son pareil. On chausse ses bottes et on part à la recherche des organismes qui peuplent les berges de la baie des Ha ! Ha ! en compagnie d’un guide. De quoi rapporter encore plus d’histoires de nos vacances…

Rando sans sac à dos

Un nouveau forfait propose de partir sur les sentiers de la SEPAQ et de dormir dans une yourte de la Ferme 5 étoiles à Sacré-Coeur, puis, le lendemain, dans une d’Alfred le voisin d’Oscar. « On part de la baie Sainte-Marguerite, on laisse les bagages dans l’auto et quelqu’un la conduit jusqu’à la yourte de la Ferme 5 étoiles, à L’Anse-à-Pierrot, où on la retrouve à notre arrivée, explique Jessy Hovington. Le lendemain, on reprend le sentier et quelqu’un apporte l’auto chez Alfred le voisin d’Oscar. Le jour suivant, on retrouve sa voiture au cap de la Boule ou à Tadoussac, selon la destination finale choisie. »


D’autres lieux d’hébergements avec vue sur le fjord 

• Auberge des 21, à La Baie

• Camping et prêt-à-camper du parc national du Fjord-du-Saguenay

• Canopée-Lit, à Sacré-Coeur : cabanes sur pilotis et bulles transparentes


Quelques-uns des plus beaux points de vue sur le fjord

• Les sentiers de la plateforme, Sainte-Rose-du-Nord

• L’Anse-de-Roche, Sacré-Coeur

• La baie Sainte-Marguerite

• La montagne blanche (Sentier Les Caps — difficile) et L’Anse-de-Tabatière (accessible en voiture, à une quinzaine de minutes de marche) à L’Anse-Saint-Jean

• La via ferrata du parc national du Fjord-du-Saguenay, secteur de la Baie-Éternité

• Le quai de Petit-Saguenay

• Cap Trinité, secteur Baie-Éternité

• Sentier Eucher, La Baie