Voyager avec les romans, les beaux livres et les jeux

L’actualité nous cantonne à la maison, mais rien ne nous empêche de filer vers de meilleurs espaces-temps au fil des pages de ces romans, beaux livres et jeux autour du voyage.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’actualité nous cantonne à la maison, mais rien ne nous empêche de filer vers de meilleurs espaces-temps au fil des pages de ces romans, beaux livres et jeux autour du voyage.

Plus que jamais nous avons besoin de rêver, histoire d’échapper à ce qui ressemble à un mauvais film de science-fiction duquel nous sommes les otages. Comme le conseillait cette semaine l’auteur André Hamel sur son fil Facebook, passons à la librairie plutôt que chez Maxi et choisissons le « papier-tête » plutôt que le « papier-cul » ! Là-dessus, beaux rêves…

En quête d’évasion. 1000 expériences inspirantes pour se ressourcer (Hurtubise, 30 $) : à lui seul, ce titre est réconfortant, non ? Établie à Londres, l’autrice et hypnothérapeute Victoria Ward propose des moments de sérénité à vivre à l’île Sainte-Hélène (la nôtre, pas celle de Napoléon) comme dans un studio de yoga aérien à Bali ; dans la mer de sable qu’est le « quartier vide » d’Oman comme au fin fond de la Laponie. Apaisement garanti à la seule vue des images de ce très bel album.

Signé Brice Gruet, 100 villages à couper le souffle (Larousse, 33 $) est un autre ouvrage où trouver refuge. Hameaux en équilibre au faîte de falaises, sur pilotis, troglodytiques, oubliés dans la jungle : il n’est pas tant question ici de beauté carte postalesque que de survivance d’environnements uniques. Inspirant.

Le parcours de la Montréalaise Caroline Côté, documentariste d’aventure, est lui aussi inspirant. On se souviendra peut-être qu’en 2018, Hydro-Québec avait mandaté l’ultramarathonienne pour suivre le trajet de l’électricité, rien de moins, entre Natashquan et Montréal. Sa mission ? Parcourir à pied et seule 2000 kilomètres en 80 jours dans le cadre de la campagne ÉlectrON.

Elle avait alors relevé le défi en 74 jours. Dans Dépasser ses limites. Six récits d’aventures (Les Éditions Goélette, 25 $ ; numérique 10 $), elle nous raconte les dessous de cette expédition. Elle nous en relate aussi cinq autres, dont son épopée en canot sur quelque 3200 kilomètres de la rivière Yukon, entre Whitehorse et la mer de Béring, afin d’y rencontrer les riverains. Ce faisant, elle nous enseigne une chose ou deux au sujet de la résilience.

Cheffe de cuisine et autrice, la Torontoise Michele Genest a fait du Yukon non seulement son camp de base, mais aussi son garde-manger ! À Whitehorse, elle vit au plus près de la nature, glanant baies, fleurs et champignons qui accompagnent les viandes et les poissons sauvages déclinés dans ses recettes.

Elle nous livre celles-ci dans Gourmand Boréal (Marchand de feuilles, 25 $) non sans s’attarder sur la petite histoire de l’épilobe, de la viorne, de la morille et autres nourritures nordiques. Et voilà que celles-ci deviennent autant de denrées magiques à intégrer à notre ordinaire ! Mention spéciale à l’illustratrice Mathilde Cinq-Mars pour la délicatesse de son coup de crayon.

La journaliste montréalaise Violaine Charest-Sigouin a elle aussi fait preuve d’une grande délicatesse en traçant le portrait de ses héroïnes dans son premier roman, La brûlure (Leméac, 21 $). Celles-ci nous emmènent au pays des relations mère-fille et sur le territoire de la séduction sur fond de séjour insulaire dans un tout-inclus. Ce récit sent la piña colada autant que le règlement de comptes et l’amour inconditionnel.

Le collègue Gabriel Anctil, lui, nous donne à entendre la poésie de La Havane dans les vers libres de son Cuba Libre ! (XYZ, 23 $, numérique, 17 $). Deux mois après la mort de Fidel, le narrateur en arpente les rues et en dessine un portrait impressionniste : à l’ombre des palacios d’une grandiose décrépitude, il n’y a pas que des lendemains qui déchantent.

Que reste-t-il de nos voyages ? Telle est la question que pose la journaliste globe-trotter Marie-Julie Gagnon, et notre immobilité forcée semble être un bon moment pour y réfléchir… Porté par les témoignages de plusieurs bourlingueurs, qui sont autant de « réflexions pour aller plus loin », son essai (Les Éditions de l’Homme, 27 $ ; numérique, 21 $) ratisse large, du « pourquoi partir » au « pourquoi revenir » en passant par le voyage au temps où prendre l’avion a parfois mauvaise presse.

Tous ceux qui ont pour projet de prendre la clé des champs en auto-caravane un jour seraient avisés de lire Un couple dans le van. Trois cent soixante-cinq jours sur la route (Château d’encre, 24 $).

Dans ce récit doublé d’un guide pratique, Paul-Marcel Adam et Sonia Sauvette racontent avec humour leur périple Montréal-Costa Rica, leurs émerveillements comme leurs énervements. Car, effectivement, la vie à deux pendant un an dans un véhicule de six mètres peut connaître certains soubresauts…

Avis aux fans finis du héros de sir Arthur Conan Doyle : Sur la piste de Sherlock Holmes (Hugo & Cie, 40 $), d’Anne Martinetti, fait enquête sur l’auteur, son époque et ses sources d’inspiration. On découvre « son » Écosse, « son » Londres, et on voyage avec lui jusqu’en Nouvelle-Zélande et à Montréal.

C’est un livre d’une grande beauté iconographique, foisonnant de photos, d’illustrations et de cartes d’époque. Côté texte, c’est tout aussi dense, l’autrice présentant jusqu’aux « femmes de leurs vies », donc de l’auteur comme de ses personnages. Le tout est fascinant.

Un autre ouvrage remarquable, celui-là pour satisfaire un désir de Japon, est Boutiques de Tokyo (Elytis, 50 $) du dessinateur Mateusz Urbanowicz. Mais attention : il ne s’agit pas de commerces ordinaires…

Le Tokyoïte d’adoption nous présente 50 échoppes en autant de dessins à l’aquarelle, échoppes choisies en raison de leur caractère traditionnel ou de détails architecturaux charmants ou surprenants. De biscuiterie en librairie en marchand de coussins, on furète dans tous les recoins de la ville. Franchement épatant.

 

Jouons à voyager

On prend la clé des champs avec Quelle est votre destination ?, un jeu-questionnaire créé en collaboration avec les guides de voyage Le Routard. Le but du jeu ? Trouver des destinations mystères grâce à des indices. Mais pour avoir accès à ceux-ci, il faut d’abord réussir certaines épreuves comme mimer une balade à dos d’éléphant ou reconnaître un hymne national, transmis par flashcode. Heureusement, les coups de dé donnent aussi droit à des questions à choix multiples portant, par exemple, sur des monuments ou l’art culinaire. Fiou ! (Marabout, 35 $)

 

Avec Tokaido, un jeu d’une grande qualité esthétique imaginé par Antoine Bauza et l’illustrateur Naïade, les joueurs-pèlerins croisent des samouraïs, achètent des souvenirs, font brûler de l’encens dans des sanctuaires, se baignent dans des sources thermales, contemplent les paysages et sont même obligés de s’arrêter pour manger ! Tout au long de cette légendaire route reliant Kyoto à Edo (l’ancienne Tokyo) du Japon d’autrefois, ils mettent aussi à l’épreuve leurs talents tactiques. À chacun son personnage, et bon voyage ! (8 ans et plus ; on l’achète en version mobile sur l’App Store ou Google Play, car il semble en rupture de stock un peu partout pour le moment.)

Leçons de géo pour les 9-13 ans

Quel bon filon de roman jeunessea dégoté l’autrice Rose-Line Brasset ! Une maman journaliste entraîne avec elle son ado délurée, Juliette, dans ses pérégrinations planétaires. À ce jour, l’héroïne a mis le pied dans quelque deux douzaines de pays. Un atout de ces bouquins : une section où les jeunes lecteurs peuvent tester leurs connaissances sur la destination dont il a été question dans les pages précédentes. Juliette à Tokyo (Hurtubise, 13 $, numérique, 10 $) paraît mercredi.