Coronavirus: comment ajuster des plans de voyage ou annuler un séjour?

Pour les voyageurs plus prudents, certains assureurs autorisent le remboursement des voyages prévus dans plusieurs mois dans les zones actuellement jugées à risque.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Pour les voyageurs plus prudents, certains assureurs autorisent le remboursement des voyages prévus dans plusieurs mois dans les zones actuellement jugées à risque.

Des vols annulés, des frontières fermées, des régions bouclées. Et, avant tout, une infection virale qui fait des milliers de morts. Les vacanciers doivent sérieusement reconsidérer leurs plans de voyage des prochaines semaines et même des prochains mois en raison de la pandémie de COVID-19. Guide pratique.
 

Est-ce une bonne idée de partir en voyage au cours des prochaines semaines ?

Avant même que le gouvernement québécois demande à toutes les personnes revenant au pays de se placer en isolement pendant 14 jours, partir en voyage ces jours-ci semblait déjà une mauvaise idée.

« Dans la situation actuelle, il faut vraiment y penser à deux fois avant de planifier un voyage », répond Sapha Barkati, microbiologiste infectiologue au Centre universitaire de santé McGill et directrice médicale et scientifique de la Clinique Santé-voyage de la Fondation du CHUM.

Cette semaine, des avis de santé aux voyageurs émanant du gouvernement canadien étaient en vigueur pour une dizaine de pays asiatiques et européens. Ottawa recommandait notamment d’éviter tout voyage non essentiel en Chine, en Iran et en Italie. Cette liste, en constante évolution, guide les décisions des transporteurs aériens et des assureurs.

 

Cependant, selon la Dre Barkati, la situation évolue tellement rapidement que les voyageurs doivent reconsidérer de voyager dans un pays touché par le virus même s’il ne fait pas partie de la liste. « Si je décide de voyager et qu’il m’arrive quelque chose, relié ou pas à la COVID-19, est-ce que je pourrai obtenir des soins ? soulève-t-elle. Les systèmes de santé dans plusieurs pays, actuellement, sont saturés. »

En plus des inconvénients personnels potentiels, les gens qui soupèsent l’idée de voyager doivent aussi penser aux autres. Les personnes qui sont en contact étroit avec des populations vulnérables doivent être bien conscientes qu’elles peuvent mettre ces dernières en danger à leur retour en cas de contamination.

« Actuellement, les inconvénients sont très importants », soulève la Dre Barkati, notant toutefois que certaines raisons peuvent motiver un voyage, comme la visite à l’étranger d’un parent malade (d’autre chose que la COVID-19).

En matière d’assurance, les compagnies couvrent les frais médicaux de leurs clients qui souffriraient du coronavirus en voyage, sauf s’ils ont entrepris ce voyage alors que des avertissements étaient en vigueur.

Qu’en est-il des croisières ?

En plus des avis par pays, le gouvernement recommande depuis lundi à tous les Canadiens d’éviter les voyages en croisière en raison de la pandémie. Si quelqu’un décide néanmoins de monter à bord d’un navire maintenant que l’avertissement est lancé, Ottawa n’organisera pas nécessairement son rapatriement en cas d’éclosion.

Malgré cela, tous les voyageurs n’annulent pas leur croisière. Hélène Allie, propriétaire de Croisières pour tous, rapporte seulement une quinzaine d’annulations pour le mois de mars dans son agence, sur un total d’environ 100 réservations. « Honnêtement, moi-même, je suis étonnée du faible taux d’annulation, confie-t-elle. Ce sont surtout des gens plus âgés qui ont peur pour leur santé. »

Si j’annule ou reporte mon voyage, est-ce que je serai remboursé ?

Quand les lignes aériennes décident elles-mêmes d’annuler certains vols — comme Air Canada qui a suspendu ses liaisons avec l’Italie jusqu’au 1er mai —, les billets sont évidemment remboursés.

En réponse à l’inquiétude de leurs clients, nombre de compagnies ont aussi décidé d’assouplir leurs politiques de modification de réservation. Pour plusieurs d’entre elles, il est possible de reporter sans frais un vol prévu dans les prochaines semaines, peu importe la destination.

Un voyageur dont le vol est maintenu mais qui désire rester chez lui devra entrer en contact avec son assureur. Il pourra bénéficier de la politique de remboursement s’il a acheté son assurance voyage avant la date d’entrée en vigueur d’un avis du gouvernement invitant à éviter tout voyage ou tout voyage non essentiel à sa destination.

Pour sa part, l’Office de la protection du consommateur pourra rembourser les personnes qui ont acheté un voyage par l’entremise d’une agence, dans le cas où leur voyage serait annulé et où elles ne seraient pas indemnisées autrement.

Au cas où je partirais, que se passerait-il si un avertissement était lancé pendant mon voyage ?

Sauf exception pour certaines assurances contractées tout récemment, un voyageur est protégé par son assurance voyage si le niveau d’avertissement de sa destination est relevé pendant son séjour.

« S’il détient une assurance d’interruption de voyage, il pourra décider de revenir chez lui et la partie restante de son voyage sera remboursée », explique Jean-Benoît Turcotti, porte-parole chez Desjardins Assurances. Dans le cas où le voyageur est forcé de rester à l’étranger et de se placer en confinement pendant deux semaines dans une chambre d’hôtel, par exemple, son assurance devrait normalement couvrir les frais engagés.

À l’inverse, si un voyageur dûment assuré décide de partir vers un pays où l’avertissement a été donné avant son départ, son assurance ne couvrira plus ce qui a trait à l’épidémie de COVID-19. Il est cependant possible que l’assureur maintienne le reste de la couverture (pour une jambe cassée, par exemple) ; c’est à confirmer auprès du courtier.

« Il est vraiment important que les gens comprennent que la situation n’est pas statique, les choses changent d’heure en heure », tient à souligner Lyne Duhaime, présidente de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personne au Québec (ACCAP-Québec).

Si je pars, comment se passera mon retour ?

Même pour qui ne présente pas de symptôme de la COVID-19, le gouvernement du Québec demande maintenant à toutes les personnes revenant de l’étranger de s’isoler à la maison pendant deux semaines.

Plus officiellement, en date de jeudi, seuls les voyageurs revenant de la province chinoise de Hubei ou de l’Iran doivent rester en isolement à la maison pendant 14 jours. Ottawa pourrait toutefois élargir cette consigne à d’autres régions d’un jour à l’autre.

Si je décide de voyager et qu’il m’arrive quelque chose, relié ou pas à la COVID-19, est-ce que je pourrai obtenir des soins ? Les systèmes de santé dans plusieurs pays, actuellement, sont saturés.

D’autres pays ont déjà pris des mesures plus énergiques. À partir de vendredi à minuit, les États-Unis ont interdit l’entrée de la plupart des visiteurs provenant de l’Europe continentale pour une période de 30 jours. Au moment où ces lignes étaient écrites, on ne savait pas encore clairement ce que cela pourrait signifier pour les Canadiens.

Devrais-je replanifier (ou défaire) mes plans de voyage pour les mois à venir ?

Il n’y a pas de réponse facile à cette question. Un nuage d’incertitude plane assurément au-dessus de tout voyage à l’étranger pour les prochains mois.

Pour les voyageurs plus prudents, certains assureurs autorisent le remboursement des voyages prévus dans plusieurs mois dans les zones actuellement jugées à risque. « Tant que les avis de non-voyage du gouvernement restent en vigueur, les gens qui ont acheté un voyage dans le nord de l’Italie pour le mois d’août, par exemple, peuvent bénéficier de la politique d’annulation s’ils sont assurés chez nous », explique M. Turcotti.

Quant aux personnes qui cherchent à assurer un nouveau projet de voyage, elles risquent de devoir se contenter d’une couverture partielle, explique Lyne Duhaime.

En effet, certains assureurs commencent à refuser d’accorder une assurance annulation aux voyageurs qui veulent partir dans quelques semaines vers la France, par exemple. Même si le gouvernement ne conseille pas encore d’éviter les voyages dans ce pays, la progression anticipée du coronavirus rend les risques d’annulation trop importants pour ces assureurs. « Ils considèrent que le coronavirus est désormais un risque connu, et donc non assurable », résume Mme Duhaime.

Pour éviter les mauvaises surprises, les Québécois peuvent certainement considérer de voyager dans leur propre province au cours des prochains mois.

C’est une manière moins risquée financièrement — et plus douce écologiquement — de profiter de leurs vacances au temps du coronavirus.

Mise à jour

Après la rédaction de cet article, le gouvernement canadien a demandé aux citoyens de ne plus voyager à l’étranger sauf pour des situations essentielles. Il invite aussi les voyageurs arrivant au Canada à considérer de se mettre en quarantaine volontaire. Il interdit aussi aux bateaux de croisière d'accoster au Canada. Tout voyageur est donc invité à consulter les consignes les plus à jour sur le site Web du gouvernement fédéral