La Tunisie, terre d’histoire et de contrastes

La marchandise du souk de la médina de Tunis
Photo: Gabriel Anctil La marchandise du souk de la médina de Tunis

Témoin de tous les changements qui ont bouleversé la longue trajectoire des pays méditerranéens, la Tunisie a beaucoup à offrir aux amoureux d’histoire et de culture.

Aujourd’hui creuset d’influences arabes, berbères et européennes, le pays fut une cible stratégique pour les empires phénicien, carthaginois, romain, byzantin, arabe puis français, qui s’y sont succédé, y apportant leurs cultures, leurs croyances et leurs cuisines, qui ont aidé à construire ce qu’est devenue la Tunisie moderne. Plongée dans ce fascinant pays du Maghreb, exotique et déstabilisant.

Véritable cœur du pays, Tunis est un bon endroit pour commencer votre exploration de cette terre post-révolutionnaire, qui représente le phare démocratique du monde arabe depuis 2011, année où la révolte populaire a chassé du pouvoir le dictateur Ben Ali, qui avait dominé le pays sans partage depuis 1987.

Seule population ayant participé au Printemps arabe qui n’est pas retombée sous le joug de la tyrannie, elle est depuis en pleine construction politique et identitaire, devant jongler avec des forces contradictoires qui prônent d’un côté une société moderne et laïque, de l’autre une plus grande place de la religion dans le quotidien de celle-ci.

Cette diversité politique qui s’affiche dans la foule bigarrée de la ville où se mélangent voiles et chevelures libérées, longues barbes et visages rasés est particulièrement observable dans les étroites ruelles du souk de la médina (vieille ville) de Tunis, où locaux comme touristes se retrouvent égaux pour y faire leurs emplettes ou y dénicher souvenirs et aubaines, dans un environnement sonore où se superposent appels à la prière et derniers tubes français ou américains.

Les bijoux, les théières et les étoffes multicolores y côtoient les pyramides d’agrumes, de dattes et d’olives, que les Tunisiens consomment en grandes quantités et dont la fraîcheur vous émerveillera.

Comme dans tous les marchés traditionnels du monde arabe, vos sens y seront bombardés de sons, d’effluves et de couleurs qui vous ramèneront à l’origine du commerce à visage humain, à mille lieues de nos centres commerciaux proprets et aseptisés.

La capitale tunisienne abrite également des trésors archéologiques qui valent à eux seuls le déplacement. Le célèbre musée national du Bardo possède la plus importante collection de mosaïques romaines du monde.

Vieilles de deux millénaires, elles ont pour la plupart gardé leur éclat de jeunesse et continuent d’émouvoir les visiteurs qui y reconnaissent les figures de la mythologie romaine, mais y contemplent également des représentations de la vie quotidienne, qui leur donne un aperçu de la façon dont les gens aimaient, mangeaient et travaillaient dans cet immense empire qui continue de nous fasciner. Elles ont été découvertes par les archéologues aux quatre coins du pays, dans de nombreuses habitations antiques fastueusement décorées.

Témoin d’un passé riche et tourmenté, le site archéologique de Carthage mérite également le détour. Fondée en 814 av. J.-C., cette cité, qui rivalisa en son temps avec les sociétés grecque et romaine, fut finalement envahie par ces derniers en 146 av. J.-C., après plus d’un siècle de résistance.

Les ruines du quartier punique, aménagé à l’époque d’Hannibal et détruit par les Romains lors de leur conquête, ainsi que les thermes d’Antonin, datant du IIe siècle apr. J.-C., situés dans un décor enchanteur en bordure de mer, sont particulièrement impressionnants et vous aideront à imaginer à quoi pouvait ressembler cette ancienne puissance méditerranéenne qui fut supplantée par celle de Rome.

Photo: Gabriel Anctil Une porte aux motifs berbères dans le vilage de Sidi Bou Saïd.

Vous pourriez terminer votre passage dans la région par une escale au village de Sidi Bou Saïd, situé en périphérie de Tunis, qui vous plongera dans une atmosphère délicate et intimiste, particulièrement agréable sous les lueurs du coucher de soleil. Ses habitations blanc et bleu, ainsi que ses points de vue sur le golfe de Tunis, l’ont toujours rendu populaire auprès des peintres et des photographes qui s’y rendent en grand nombre pour y admirer ses magnifiques portes aux motifs berbères, ainsi que ses points de vue sur les environs.

Plage et forteresses

La Tunisie est également reconnue pour la beauté de ses plages, particulièrement populaires auprès d’une clientèle européenne qui apprécie la qualité de ses installations balnéaires ainsi que le coût plus que raisonnable de ses hôtels et de ses restaurants.

Hammamet, située à moins d’une heure de voiture au sud de Tunis, est ainsi devenue au fil des années l’une des capitales touristiques du pays, avec son importante offre hôtelière, ses golfs, ses commerces, ainsi que ses kilomètres de sable blond.

Le centre de la ville de près de 100 000 habitants est sympathique et a gardé, malgré le développement effréné de la région, son authenticité. Il est ainsi possible de visiter sa casbah (forteresse), qui y a été édifiée en 1474 et qui offre, de ses remparts, une vue sur la cité. Sa médina, labyrinthique, est composée de ruelles étroites et de maisons blanches qui contrastent avec le bleu profond du ciel qui les surplombe ainsi qu’avec le turquoise de la mer entrevu au bout de ses allées.

Cette promenade vous donnera l’impression de vous déplacer dans un lointain passé, où pirates et envahisseurs pouvaient surgir à tout moment et changer à jamais le destin de cette paisible localité.

Photo: Gabriel Anctil Allée de la médina de Hammamet, au bout de laquelle pointe la mer.

Mais l’attrait le plus exceptionnel de Hammamet ne fut construit qu’en 1927 : la villa Dar Sebastian. Cette imposante propriété Art déco aux influences andalouses fut imaginée par Georges Sebastian, Roumain richissime charmé par le site, puis transformée en 1962 en centre culturel, qu’il est aujourd’hui possible de visiter.

Décrite par l’architecte Frank Lloyd Wright, qui y a brièvement résidé, comme étant « la plus belle maison que je connaisse », elle a vu défiler entre ses murs les plus grands esprits de son époque : Paul Klee, André Gide, Jean Cocteau, Greta Garbo, Alberto Giacometti et bien d’autres.

Photo: Gabriel Anctil La tour Khalef el Fata, qui domine la ville de Sousse depuis sa construction en 859.

Pour ajouter à sa légende, la demeure fut également réquisitionnée en 1943, en pleine guerre mondiale, par le maréchal nazi Rommel, qui y installa son quartier général. Une fois les Allemands chassés, ce fut au tour de Winston Churchill de s’y arrêter. Il y aurait écrit une partie de ses mémoires, sur une imposante table noire qui y est encore.

Si vous désirez pousser votre périple plus loin, la ville portuaire de Sousse, troisième du pays en population, se révèle des plus intéressantes. Sa casbah, reconnaissable à sa tour Khalef el Fata, qui domine les environs depuis sa construction en 859, est imposante et magnifique.

Le musée archéologique, qui possède une belle collection de mosaïques romaines ainsi que d’artefacts qui traversent l’histoire plusieurs fois millénaire de l’agglomération, vous aidera à comprendre à quel point la Tunisie fut au centre de toutes les convoitises de ses voisins conquérants et puissants, qui y ont toujours reconnu une terre d’une richesse et d’une beauté telle qu’ils devaient à tout prix s’en emparer.

Gabriel Anctil était l’invité de l’Office national du tourisme tunisien.