Du haut de ses 500 ans, La Havane séduit plus que jamais

C’est lorsque les rues étroites de Habana Vieja sont désertes qu’on peut notamment apprécier la diversité des portes de ce quartier touristique ou capter en photo les cordes à linge colorées qui l’habillent.
Photo: Isabelle Marjorie Tremblay C’est lorsque les rues étroites de Habana Vieja sont désertes qu’on peut notamment apprécier la diversité des portes de ce quartier touristique ou capter en photo les cordes à linge colorées qui l’habillent.

Un dimanche de novembre dernier aux aurores, alors que La Havane roupille, mon regard s’attarde aux détails que l’on perçoit moins quand la ville grouille d’activités.

C’est lorsque les rues étroites de Habana Vieja sont désertes qu’on peut notamment apprécier la diversité des portes de ce quartier touristique ou capter en photo les cordes à linge colorées qui l’habillent.

Suis-je dans un village ou une capitale de 2,1 millions de personnes ? L’état de contemplation s’impose à la vue d’un homme fragile soutenu par sa canne, répondant à l’appel des clochers pour son rendez-vous dominical.

Pour moi, La Havane est une femme âgée portant de jolis bijoux, et c’est dans le calme des matinées qu’on peut mieux les admirer.

Le 16 novembre 2019, La Havane a soufflé ses 500 bougies. Les grandes avenues de la ville étaient réservées aux piétons, des rythmes de salsa résonnaient, des jeunes chantaient ou s’enlaçaient, les familles festoyaient dans les parcs en suivant une partie de dominos…

Des feux d’artifice comme il s’en voit rarement à Cuba ont égayé les Habaneros, les touristes ainsi que… Felipe et Letizia, roi et reine d’Espagne, de passage pour une première fois à Cuba.

Ces dernières années, malgré l’embargo, on a beaucoup parlé de restauration et de nouveautés pour redonner de l’éclat à ce joyau qu’est La Havane, longtemps ville préférée de la Couronne espagnole.

« Cela fait 5 ans que le gouvernement se prépare au 500e anniversaire de La Havane, mais plus de 20 ans qu’un programme de restauration est en cours.

Des immeubles ont été rénovés, on a restauré le Capitole et sa coupole, des musées, des hôtels luxueux ont ouvert leurs portes, notamment le Paseo del Prado ou le Grand Packard avec piscine sur le toit et vue sur la mer.

Photo: Isabelle Marjorie Tremblay Une voiture typique des années 1940-1950 à La Havane

L’État a aussi pensé à la population en réparant les grandes avenues (Malecón, Reina, Paseo del Prado, etc.) et en ouvrant un premier centre commercial, Cuatro Caminos dans le quartier du Cerro », se réjouit le guide Eddy Lester Lorente Díaz.

Moins authentique, La Havane ? Loin de là ! Contrairement à ce que l’on voit ans d’autres capitales sud-américaines, les panneaux publicitaires y sont inexistants et les entreprises multinationales que l’on connaît chez nous, absentes.

Les maisons parfois décrépites et certaines rues en lambeaux peuvent en désoler plus d’un, mais elles confèrent aussi à la ville un cachet unique, anarchique.

Les palais seigneuriaux, la résidence du gouverneur, les couvents, les arches, la cathédrale rappellent certaines villes espagnoles, comme Valladolid. Avec un peu d’imagination, on croirait être dans une cité castillane déposée sur les cotes de la mer des Caraïbes, qu’on aurait négligé d’entretenir au fil des ans.

Une journée ou… une semaine ?

La Havane est si animée et riche en culture qu’il serait dommage de n’y passer qu’une journée, comme le proposent les hôtels de Varadero, à 140 km de là.

On ne découvre pas cinq siècles d’histoire en quelques heures ! Et l’âme cubaine se savoure en flânant dans les parcs, sur les terrasses des cafés animés, dans les marchés publics ou les galeries d’arts, dans les boutiques d’artisans, ces petites cavernes de la Calle Obispo.

Le métissage d’influences espagnoles, africaines, américaines, soviétiques, autochtones y est unique au monde et se déguste lentement, comme un bon cocktail aux multiples saveurs. Pourquoi ne pas imiter Hemingway ?

L’importance accordée à l’histoire est indéniable à Cuba et les bons soins prodigués aux musées de la capitale sont révélateurs.

Ainsi, le Museo de la Ciudad, situé dans le Palacio de los Capitanes Generales, construit en 1776, sur la Plaza de Armas (existant depuis 1520 !), détient la plus belle collection coloniale de la ville entre les murs de sa splendide architecture baroque.

Situé dans un ancien palais colonial, le petit Museo la Casa de Africa aborde l’esclavage et les origines africaines de Cuba avec 2000 pièces appartenant à un ethnologue ainsi que la collection personnelle d’œuvres africaines de Fidel Castro.

Se perdre et se retrouver

On s’y perd un peu, mais il est simple de se repérer dans la ville (et le wifi fonctionne bien à plusieurs endroits). Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, le quartier Habana Vieja est tout à fait charmant avec son florilège de petites places, d’immeubles rénovés, de rues étroites et d’anciennes fortifications. On peut y passer des heures !

À proximité, le secteur El Centro comprend d’immenses avenues aux allées de palmiers, d’anciens palais partagés par plusieurs familles et, surtout, le front de mer du Malecón, long de 5 km, où coureurs et groupes de salsa cohabitent, arrosés par les vagues déferlantes. Rappelant Miami, le quartier Vedado attire les visiteurs avec ses immeubles Art déco et sa vie nocturne.

Une bonne partie de la ville s’explore à pied, en coco taxi (scooter pour deux en forme d’œuf), en calèche, en taxi cubain (Cubataxi) ou, si on a les moyens de débourser 50 $ US pour une heure (à négocier !), en belle voiture américaine des années 1940-1950. Pour voir des coins de la ville moins accessibles, ce tour en vaut la peine, mais validez d’abord l’itinéraire.

Manger dans un paladar

« Beyoncé a mangé à cette table. Si vous mangez là, vous devrez interpréter une chanson pour nous, maintenant ! Et si vous prenez la table devant l’autel catholique et celui de santería, vous serez béni. On veut entendre votre prière ! » lance avec humour Alejandro, responsable des visites du très populaire Paladar San Cristobal, dans Centro Habana. « Et attention au cadre de José Martí ! » ajoute-t-il fièrement.

La Havane comprend une grande concentration de restaurants d’État et de nombreux restaurants internationaux, dont plusieurs italiens et asiatiques. Pour vivre une expérience originale, prenez quelques repas dans des paladares (restaurants privés souvent situés dans d’anciennes maisons coloniales).

Au Paladar San Cristóbal, les chambres de cette ancienne maison coloniale sont devenues des salles à manger intimistes. Notre attention y est sollicitée de toute part : œuvres d’art contemporain, antiquités, photos de personnalités, objets sacrés liés au catholicisme ou à la santería. Barack Obama — premier président américain à se rendre à Cuba en 88 ans — y aurait passé une excellente soirée en mars 2016. Un petit cigare avec ça ?

Gaudí à la sauce cubaine

Grâce à la Biennale de La Havane, événement artistique d’envergure internationale, on retrouve des œuvres d’art permanentes qui donnent à la ville des airs de musée à ciel ouvert à vous faire tourner la tête. Mais c’est à l’ouest du centre de La Havane que se trouve le pâté de rues le plus extravagant qui soit : le Fusterlandia.

En taxi ordinaire (20-25 $CAN), vous vous rendrez au quartier modeste de Jaimanitas, célèbre pour son caractère créatif. Des dizaines de maisons, de commerces, des fontaines, des murets et des statues en spirales sont recouverts de petites mosaïques colorées. Plus de la moitié du voisinage a subi le même traitement artistique ; même les panneaux signalétiques et les arrêts de bus sont dignes d’intérêt.

On doit ce débordement d’imagination au peintre, céramiste et sculpteur José Fuster, grand admirateur de Gaudí et de Picasso. Vous pourrez peut-être le croiser entre des murs psychédéliques, avant l’arrivée des touristes.

Où dort-on ?

Hôtels luxueux avec piscines et installations sportives (parfois 500 $ la nuit) ; petits hôtels dans des immeubles historiques (certains à 100 $ la nuit) ; auberges charmantes à prix modestes (50 $) : La Havane ne manque pas d’offres d’hébergement et la plupart se réservent facilement en ligne.

Dormir chez l’habitant (casa particular) est une option intéressante pour qui désire un réel contact avec la culture et la population cubaines. On réserve en ligne également ou sur place, en repérant le logo bleu Arrendador divisa. Il s’agit parfois de grandes habitations avec chambres et salles de bain privées, un salon et une cuisine à partager avec des Cubains, si on le désire. J’en garde des souvenirs mémorables.

Car, au-delà des murs, des cours intérieures et des monuments racontant l’histoire tumultueuse de Cuba, se trouvent des gens très hospitaliers, sympathiques, fiers de leur identité, solidaires et cultivés, avec qui il est agréable d’échanger : que ce soit par les mots, par la musique ou par… quelques éclats de rire venant du cœur.