«Star Wars» en immersion totale

Une vue générale de Millennium Falcon à Galaxy's Edge, Walt Disney World Resort, à Orlando, en Floride.
Photo: Gerardo Mora Agence France-Presse Une vue générale de Millennium Falcon à Galaxy's Edge, Walt Disney World Resort, à Orlando, en Floride.

« Explorer de nouveaux mondes étranges et, au mépris du danger, se rendre là où nul homme n’est allé avant… » Oh là, avant de crier à l’erreur de débutante ! La phrase, on le sait fort bien, est associée à Star Trek et non à Star Wars. Mais un détournement de sens (et de franchise) est approprié dans les circonstances. Explications.

L’empire Disney a investi 1 milliard pour recréer, sur 5,7 hectares, un morceau de cette galaxie très lointaine que nous avons découverte en 1977 grâce à George Lucas. Star Wars — Galaxy’s Edge, planté dans le parc Hollywood Studios de Walt Disney World à Orlando, a été inauguré le 29 août et reproduit, jusque dans le moindre détail, le Black Spire Outpost.

Note géographique : situé sur la planète Batuu, ce port spatial sert de refuge aux combattants de la Résistance. Note chronologique : nous sommes entre les événements survenus dans les films Les derniers Jedi et L’ascension de Skywalker.

Dès la porte (des étoiles ?) franchie se dressent des pics acérés, nus. Ici, une chute. Là, des bâtiments dont la fonction demeure hermétique au visiteur de passage. Et soudain, le Millenium Falcon, grandeur nature ! Moment d’émotion. Arrêt spontané. Photos. Avant de passer sous l’arche qui donne accès aux ruelles du port spatial. On y a croisé Chewbacca ! Moment d’émotion, bis. Et ter, tiens !
 

Il est possible de se sustenter sur place, entre autres à Oga’s Cantina (réservation nécessaire) et au Docking Bay 7 Food & Cargo. Les décors sont formidables, mais si les menus jouent la carte du dépaysement (Batuu Bits, Jabba Juice, Tip Yip au poulet frit d’Endor), les plats restent typiquement états-uniens.

Enfin, les boutiques du Black Spire Outpost sollicitent le portefeuille. Avec force. Les apprentis Jedi et Sith sont à ce point nombreux qu’il est par moments nécessaire de réserver sa place à Savi’s Workshop afin de se faire fabriquer un sabre laser correspondant à notre personnalité (c’est possible pour 199 $ US). Plus loin, un magasin vend de « véritables » animaux originaires de la galaxie ; un autre, des tenues de Jedi. Au Droid Depot, on peut fabriquer son propre robot. Au nombre de pièces disponibles, pas moins de 280 000 combinaisons sont possibles. On ne les a pas toutes essayées.

Bref, à Star Wars : Galaxy’s Edge, le visiteur se retrouve plongé – ici, rappel du générique de Star Trek – dans un monde étrange qu’il explorera au mépris du danger (contrôlé) lorsqu’il embarquera dans les deux attractions de l’endroit : Galaxy’s Edge : Rise of the Resistance et Millenium Falcon : Smugglers Run.

Action !

Depuis son inauguration le 5 décembre, la première a mérité tous les superlatifs. Avec raison, a-t-on constaté au début du mois. Après avoir déambulé pendant une trentaine de minutes dans des couloirs « creusés » sous la montagne où sont entreposés armes, uniformes, équipements (l’œil averti et son propriétaire ne s’ennuieront pas une seconde dans cette file d’attente), nous arrivons au point d’entrée. À partir de là, l’attraction comme telle dure une vingtaine de minutes ! C’est énorme et probablement jamais vu. On y mêle du simulateur, de la chute d’ascenseur, du plancher mouvant, du déplacement en véhicule sans rails, des effets visuels et sonores.

En clair, nous nous retrouvons à bord d’un vaisseau de la Résistance, sommes capturés par le First Order, interrogés (la Force sera utilisée, aïe !), puis secourus. Nous retrouvons notre liberté à l’issue d’une poursuite infernale de sept minutes dans les entrailles d’un Star Destroyer. En cours de route, nous croisons les personnages de la dernière trilogie cinématographique (Rey, Kylo Ren, Finn, Poe Dameron, etc.), présents sous forme d’hologrammes, d’animatroniques (cet escadron de 50 Stormtroopers !) ou via écrans.

Photo: Sonia Sarfati Un hologramme de Rey.

Quant aux effets visuels, ils sont à couper le souffle de quiconque en avait encore. Là où une attraction comme Avatar : Flight of Passage (dans le secteur Pandora d’Animal Kingdom) est d’une poésie visuelle touchant à l’universel, Rise of the Resistance est dans l’action, dans la stupéfaction — avec, pour les fans de l’univers, des moments de pure jouissance.

Il y a là un véritable scénario. Comme, d’ailleurs, il y en a un dans l’ensemble du parc et à Smugglers Run, fatalement dans l’ombre de son monumental voisin, mais très divertissant. Répartis par groupe de six, les visiteurs prennent les commandes du Millenium Falcon (oh que oui !) dans un vol où leurs erreurs et leurs bons coups influencent le déroulement et l’issue de la ride. Jouissif. La conclusion qui s’impose après avoir passé deux jours sur Batuu ? Faire aussi immersif est difficile à imaginer… à moins d’avoir l’imagination (et les moyens) des imagineers de Disney, dont le modus vivendi est « If you can dream it, you can do it ». Ils ont visiblement été nombreux à rêver. Et ils ont rêvé drôlement fort.

Mériter Rise of the Resistance

En ce moment, il n’y a pas de FastPass (système qui permet de réserver des places dans les attractions les plus populaires à une journée et à une heure données) pour Galaxy’s Edge. Les gens se massent donc aux portes d’Hollywood Studios avant l’ouverture afin de s’assurer de pouvoir faire Rise of the Resistance dans la journée. La file virtuelle se constitue via l’application My Disney Experience, une fois à l’intérieur du parc.

À noter qu’il y a eu insatisfaction en décembre (l’attraction venait d’ouvrir et, avec le temps des Fêtes, WDW était en période de pointe), car malgré l’attente, tous ne parvenaient pas à se faire inclure dans un boarding group.

Une fois assigné à un groupe, le visiteur reçoit, au cours de la journée, un avis lui laissant deux heures pour se rendre à l’entrée de Rise of the Resistance. Entre-temps, il est libre d’aller où bon lui semble… même de retourner se coucher.

Lors de notre passage, nous sommes arrivées à 4 h 30. Le parc ouvrait à 7 h (on appelle ça faire du zèle). Une cinquantaine de personnes étaient déjà là. À 5 h 30, nous étions plusieurs centaines. À 7 h 01, nous avons eu « notre » groupe. Le 77.

À 7 h 30, toutes les places étaient attribuées pour la journée. Mais deux jours plus tard, des visiteurs arrivés à 6 h 45, entrés à 7 h 15, se retrouvaient dans le groupe 40 et des places étaient attribuées jusqu’à 9 h 15. Conseil : se renseigner sur place sur l’état de la situation, car il fluctue.

Autre cause d’irritation : les pannes. La machine hypercomplexe (que l’on imagine encore en rodage) s’enraye parfois. D’où les retards divers. Il semble aussi que les animatroniques soient parfois… peu animées. Quand c’est l’un des Stormtroopers, passe encore. Quand c’est Kylo Ren, c’est plus ordinaire. Ce dernier a heureusement une doublure holographique.

Enfin, la maîtrise de l’anglais n’est pas obligatoire pour profiter de Rise of the Resistance, mais le plaisir est décuplé quand on comprend tout ce qui se passe. Or, en ce moment, le système Ears to the World (qui donne accès à des narrations en cinq langues, dont le français) n’est pas en place à
Galaxy’s Edge.