La Namibie, éden minéral d’Afrique

Quelques
habitations
typiques.
Photo: Gary Lawrence Quelques habitations typiques.

Visuellement époustouflante, culturellement étonnante et totalement dépaysante, la Namibie ne laisse personne indifférent. Survol en quelques hauts lieux d’un pays coup-de-poing qui célèbre 30 ans d’indépendance cette année.

« Ils sont là ! » Au bout de la piste, deux masses sombres, deux cuirassés préhistoriques se profilent dans les prémices de l’aube. Deux rhinocéros noirs qui ne demanderont pas mieux que de nous charger s’ils pensent que nous représentons une menace. « Taisez-vous, pas de photo avec votre appareil, uniquement avec votre téléphone : ils sont myopes, mais ils pourraient entendre l’obturateur et nous repérer », de murmurer Ben Petrus, notre guide-chauffeur namibien, en éteignant le moteur de la Land Cruiser.

Debout depuis 4 h du matin, notre petit groupe de six badauds fauniques venait de rouler près de deux heures dans l’obscurité avant que le jour dévoile les deux mastodontes à cornes. Avant de partir, nous espérions les croiser en sillonnant les environs du point d’eau où ils ont l’habitude de s’abreuver ; une fois sur place, il n’aura fallu que quelques minutes pour retracer nos « proies », après que notre guide eut repéré des traces fraîches et des fèces bourrées de brins d’herbe cisaillés comme le font les rhinos noirs. « Voyez comme la coupure est nette », de dire Ben en ouvrant en deux un excrément, comme s’il s’agissait d’un muffin sorti du four.

En Afrique, il y a quelque chose de grisant à traquer une bête et à la débusquer au terme d’explorations dans la steppe, la brousse ou la savane. Quelque chose qui titille ce vieil instinct terré au tréfonds des interstices reptiliens du cerveau primitif, et qu’on se plaît à éveiller si on ne mitraille qu’au téléobjectif et que les seuls trophées qu’on rapporte sont des images.

En Namibie, il faut cependant vraiment vouloir se donner cette peine, car nombreuses sont les occasions de croiser la gent animalière sans faire appel à ses instincts néandertaliens. Le premier soir à Hoanib, dans le nord du pays, une simple sortie au coucher du soleil nous a permis de rencontrer un couple de lions du désert, avachis à l’ombre. Le lendemain, une famille d’éléphants déambulait à une centaine de mètres de la fenêtre de mon « camp » (une tente aménagée comme un appartement, en fait), au lever du jour.

 
Photo: Gary Lawrence Un groupe de lionnes. En Namibie, nombreuses sont les occasions de croiser la gent animalière sans faire appel à ses instincts néandertaliens.

Dès mon arrivée dans la réserve Ongava, près d’Etosha, deux rhinocéros blancs, un lion et des éléphants du désert sont venus parader droit devant le Andersson’s Camp. Il faut dire que ce superbe établissement, doté d’un centre de recherche et d’un centre des visiteurs flambant neufs, a aménagé un point d’eau flanqué d’une cache accessible par un tunnel, devant la salle à manger à aires ouvertes.

À cause de la sécheresse qui sévit depuis des années en Namibie, la réserve Ongava se procure aussi du fourrage et le distribue pour s’assurer que certaines bêtes survivent. La situation est telle qu’en juin, le gouvernement namibien a préféré vendre un millier d’animaux sauvages — dont 60 girafes et 28 éléphants — plutôt que de les laisser mourir. C’est qu’il fallait agir : en 2018, près de 64 000 bêtes ont péri en raison de la raréfaction du pâturage. C’est là la rude réalité de ce pays à la sublime joliesse, mais qui est si souvent stérile, où les bêtes s’adaptent néanmoins — il arrive que les lions du désert se nourrissent d’otaries, sur le littoral.

Des aires de déserts

Majoritairement couverte de zones arides, la Namibie abrite le plus vieux désert du monde, celui du Namib. Du haut de ses extraordinaires dunes ocre, blondes ou orangées, pas moins de 55 millions d’années nous contemplent, pour paraphraser un conquérant de jadis. La longue et éblouissante vallée qui mène de Sesriem à Sossusvlei est jalonnée de certaines des plus splendides et des plus hautes dunes du globe, qui s’allument comme des bouts de cierges, les unes après les autres, aux premières lueurs du matin.

Photo: Gary Lawrence La dune Big Daddy

Au pied de la dune Big Daddy (325 mètres), le pan d’argile de Deadvlei forme quant à lui un cadre surréel, avec ses acacias de 900 ans noircis par un soleil dessiccatif, comme si les doigts griffus de sorcières en train de se noyer émergeaient d’un lac laiteux au fond d’un cratère de sables rouillés.

En Namibie, les dunes ne font pas que s’étaler sur des milliers de kilomètres carrés, elles s’étirent le long de la mer, sur la dantesque Skeleton Coast, où elles sont tantôt léchées par les eaux glaciales du courant de Benguela, venu tout droit d’Antarctique, tantôt cinglées par ses flots turbides. Par endroits — près de la très germanique ville de Swakopmund, par exemple —, les dunes semblent s’élever des eaux sur des dizaines de mètres de hauteur, tandis qu’ailleurs, d’innombrables épaves de navires se font lentement avaler par les sables.

Du haut du ciel, à bord des avions-taxis qu’on peut emprunter pour s’éviter de longues journées de piste, toute la splendeur de la géologie namibienne se révèle. « Grâce à l’érosion due aux vents et aux sables qui ont fait leur œuvre depuis des millions d’années, le relief et les plis terrestres sont très bien exposés », explique Josia Shilunga, géologue à la University of Namibia. Outre les mers dunaires, on a droit à des tourelles de pierre, à des volcans érodés et à des pitons rocheux dignes de Monument Valley, à des inselbergs extraterrestres ou à des massifs de basalte qui semblent naviguer sur les sables comme de sombres vaisseaux noirs.

Dans le parc national d’Etosha, les salars (grands lacs salés desséchés) que sont les pans étalent leur éblouissante blancheur sur des milliers de kilomètres carrés, avant d’être progressivement piqués de végétation. Les éléphants qui s’y abritent jaillissent des fourrés couverts d’argile couleur d’ivoire, comme de grands fantômes surgissant de nulle part. Et ces pachydermes ne sont pas les seuls à se couvrir l’épiderme pour se protéger du pilon solaire : certaines ethnies le font aussi.

Virée chez les Himba

Partout autour du petit village himba où je débarque à mi-séjour, la terre est rouge. Pas à cause du sang versé par les peuples himba et surtout herero, lors du premier génocide du XXe siècle — gracieuseté des Allemands, colonisateurs de la Namibie —, mais bien parce qu’elle contient de l’oxyde de fer.

Grâce à l’érosion due aux vents et aux sables qui ont fait leur oeuvre depuis des millions d’années, le relief et les plis terrestres sont très bien exposés

Après avoir mélangé cette terre pulvérisée avec du beurre et des herbes aromatiques, les femmes himba s’en recouvrent les cheveux, créant des nattes qui deviennent alors argileuses. « Chaque jour, elles s’en enduisent également le corps par coquetterie, mais surtout pour protéger leur peau du soleil et des insectes, quand il y en a : dans la région, il n’a pas plu depuis quatre ans », indique mon guide Stanley Kasaona, lui-même himba.

Proches de la nature et se contentant de très peu, ces bergers semi-nomades vivent dans de petites cases formées de simples branches recourbées et recouvertes d’un mélange de bouse et de terre séchées, quand ils sont en déplacement pour suivre leur bétail. Comme ils le faisaient à leur arrivée en Namibie, il y a cinq siècles.

Photo: Gary Lawrence Une femme en costume traditionnel

Même si tous ne vivent pas de la sorte, les Himba de Namibie sont aujourd’hui 10 000, disséminés dans le Kaokoland, une région du nord du pays que la rivière Kunene sépare de l’Angola sur 200 km. Un cours d’eau infesté de crocodiles du Nil, mais qui leur permet de survivre, même en ces temps de sécheresse.

En quittant le village, je réalise deux choses : chez les Himba, les femmes vivent tellement en communion avec la Terre qu’en s’en recouvrant la peau, elles finissent par faire corps avec elle… et il y a des enfants de quatre ans qui n’ont jamais connu la pluie.

L’auteur était l’invité de Voyageurs du monde.

En vrac

KLM relie Montréal à Windhoek, capitale de la Namibie, avec escale à Amsterdam, tandis que Lufthansa fait de même via Francfort. Compter de 17 à 19 heures de vol.

Voyageurs du monde organise d’impeccables séjours responsables et sur mesure, en Namibie, que ce soit en autoconduite ou avec avions-taxis.

L’hébergement peut se faire en lodges de luxe, tous époustouflants : le Kulala, droit devant les dunes ; le Serra Cafema, aux abords de la rivière Kunene ; le Hoanib Skeleton Coast, en plein désert ; et le Andersson’s Camp, près
d’Etosha.

Le prix du séjour inclut la compensation carbone de tous les déplacements aériens, de même qu’une contribution à la fondation maison, Insolite Bâtisseurs Philippe Romero, impliquée dans la lutte contre les changements climatiques et les inégalités Nord-Sud.
voyageursdumonde.ca et insolitesbatisseurs.org

Deux bons guides : Lonely Planet Namibie (2017) et surtout Namibie. Bibliothèque du voyageur, chez Gallimard. 

Info : namibiatourism.com.na