Jusqu’au bout de notre monde…

Un campement féeriques sur la route Transtaïga, rivière Sakami.
Photo: Yves Ouellet Un campement féeriques sur la route Transtaïga, rivière Sakami.

À l’heure où de plus en plus de voyageurs se sentent une âme d’aventurier, la recherche du road trip le plus inédit les amène à se tourner vers le reste des Amériquesalors que, chez nous, au Québec, les routes les plus isolées du continent peuvent nous mener aux confins de notre monde.

Il s’agit d’un territoire grand comme l’Allemagne. Eeyou Istchee Baie-James promet l’aventure et le risque à la mesure de chacun, le dépaysement, l’émerveillement et la découverte d’univers culturels totalement méconnus.

Projet Baie-James

Ce que l’on a appelé le « territoire de la Baie-James » s’est ouvert au monde avec les grands projets hydroélectriques des années 1970. On y a alors construit en un temps record une route nordique de 620 km reliant Matagami à Radisson, puis allant jusqu’au village cri de Fort-George (Chisasibi).

À cela s’est ajoutée la route Transtaïga, du kilomètre 544 de la route de la Baie-James jusqu’au réservoir de tête : Caniapiscau. Plus récemment, la route du Nord a relié la ville de Chibougamau au kilomètre 275. Puis, comme le trait de la route de la Baie-James a été tiré à environ 100 km de la mer intérieure, les communautés cries côtières de Waskaganish, Eastmain et Wemindji ont finalement été raccordées à la route principale.

Tourisme et road trip

Déjà quelques milliers de touristes parcourent annuellement l’aller-retour sur la route de la Baie-James jusqu’à Radisson, essentiellement pour visiter les grands barrages sur la rivière La Grande. Certains se hasardent jusqu’à Chisasibi pour jeter un regard curieux et rapide, sans plus.

Pour ma part, j’avais en tête de réaliser un véritable road trip en véhicule récréatif (VR) de 12 jours et de vivre une expérience de plein air (vélo, kayak, rando), en parcourant une boucle au départ du Lac-Saint-Jean (La Doré) vers Chibougamau et Lebel-sur-Quévillon par la 113. De là, un chemin forestier de 115 km (R-1005) nous amène à Matagami en évitant un long détour. Ensuite : Matagami à Radisson avec un regard sur la route Transtaïga. Je souhaitais visiter quelques communautés cries avant d’amorcer le retour par la route du Nord. Au total : 3000 km au compteur, dont 1000 de route de gravier.

La route de la Baie-James

Chibougamau, au départ de cette grande tournée, constitue le point de service incontournable où faire ses provisions et vérifier le bon état de la mécanique. Non loin de Chapais, la communauté crie d’Oujé-Bougoumou donne le ton à ce qu’on peut voir dans les villages autochtones d’Eeyou Istchee Baie-James.

C’est à Matagami que se trouve la borne du kilomètre 0 de la route de la Baie-James. Les Écogîtes du lac Matagami (km 27) proposent l’hébergement tout confort en yourte et chalet sur la rive du lac tandis que le magnifique Camping Matagami (km 38) jouit d’une large plage de sable blond.

Au long des 620 km de la route, on croise plusieurs haltes de pique-nique, belvédères, rampes de mise à l’eau et haltes de camping dotées de tables et de toilettes. On peut utiliser gratuitement ces espaces de campement (contribution volontaire suggérée). Six cabines téléphoniques sont réparties sur le trajet. Ne comptez pas sur votre téléphone sur la route, mais il captera un signal dans tous les villages. À mi-parcours, au km 381, on croise le seul relais routier avec essence et services. Dans ce genre de voyage, il ne faut jamais rater une occasion de faire le plein.

Depuis quelques années, la route de la Baie-James était en piteux état. Des travaux majeurs ont heureusement été réalisés l’an dernier, ce qui a considérablement amélioré la situation.

Au long de la route

Plusieurs conducteurs franchissent la route de la Baie-James en une journée, mais l’avantage de voyager en véhicule récréatif, c’est qu’on peut prendre son temps. Ce dont je ne me suis pas privé. Comment enjamber de grandes rivières mythiques comme les Broadback, Rupert, Eastmain et autres, sans s’arrêter pour les admirer ? Les haltes sur la rivière Rupert ou les lacs Yasinski et Vieux-Fort sont particulièrement agréables. J’ai apprécié les campements des haltes Rupert et du lac Duncan qui permettent la randonnée et le kayak ou le canot dans des conditions exceptionnelles.

Radisson

Une fois à Radisson, la tournée des gigantesques installations hydroélectriques s’impose naturellement. Les visites guidées des centrales LG1 et de l’aménagement Robert-Bourassa (LG2) sont offertes par Hydro-Québec et s’avèrent captivantes. Elles permettent d’entrer à l’intérieur des centrales souterraines et de voir une turbine en action. Puis d’admirer le réservoir, les barrages et l’impressionnant évacuateur qualifié à juste titre d’escalier de géant. Radisson abrite aussi une intéressante boutique d’artisanat des Premières Nations, un hôtel, un restaurant et un magnifique camping.

Chisasibi

On profite d’une route de 84 km entièrement asphaltée pour se rendre dans la communauté crie de Chisasibi (4000 habitants) où deux chemins mènent aux rives de la Baie-James, dont un juste sous le 54e parallèle. Le nouvel hôtel répond aux critères de qualité les plus élevés, et son petit musée recèle de superbes pièces.

Le très sympathique pourvoyeur Jerry Rupert accueille dans ses petits chalets rustiques, au bord de la baie James, les voyageurs désireux de connaître et de partager le mode de vie traditionnel des Cris. Il lève ses filets pour y recueillir les truites qu’il fait griller sur le feu et adore emmener ses invités marcher dans la taïga.

Photo: Yves Ouellet Jerry Rupert accueille les voyageurs désireux de découvrir la culture crie.

Il faut aussi faire la traversée de quelques minutes pour visiter l’île de Fort-George, ancien poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson fondé en 1803 et village que les Cris ont quitté après 1980, craignant l’érosion de l’île sablonneuse.

Wemindji–Waskaganish

À partir de l’été prochain, les voyageurs qui se rendront à Wemindji pourront s’embarquer pour une éco-croisière sur la baie James. Il s’agit de la seule véritable occasion d’explorer le gigantesque golfe qui prolonge la baie d’Hudson au sud.

 
Photo: Yves Ouellet Depuis quelques années, la route de la Baie-James était en piteux état. Des travaux majeurs ont été réalisés l’an dernier, ce qui a considérablement amélioré la situation.

Quant à Waskaganish, autrefois Rupert House, il s’agit du premier poste de traite sur la baie James, créé par Radisson et Des Groseilliers à la fin du XVIIe siècle. Avec un peu de chance, on peut y vivre des expériences inoubliables suggérées par la responsable du bureau de tourisme local, Stacy Bear. Après avoir assisté aux étapes de la pêche et du fumage du poisson, j’ai savouré avec délice le produit final sous la grande tente communautaire.

Les routes du bout du monde

La route Transtaïga est réservée aux aventuriers qui ne doutent ni d’eux ni de leur véhicule. Il s’agit de l’expérience routière suprême au Québec, sur la route la plus isolée d’Amérique du Nord. Je m’y suis arrêté dans un campement sublime aux abords de la rivière Sakami. Un coucher de soleil flamboyant a clos cette journée.

Le retour par la route du Nord est rendu pénible par la présence de nombreuses fosses de sable. La pause dans le superbe village de Nemaska s’avère très intéressante, et le campement dans un petit parc sur la plage du lac Champion est un des plus beaux qui se puissent.

Voilà donc à quoi ressemble un road trip à la Baie-James, sans la moindre crevaison et sans bris mécanique à mon vieux VR 1992.

À savoir

Informations touristiques : Tourisme Baie-James 1 888 748-8140 / decrochezcommejamais.com

Tourisme Eeyou Istchee : 1 888 268-2682 / 
info@creetourism.com

Réservations pour croisière et forfaits : Voyages Eeyou Istchee Baie-James 1 855 745-3888 / voyageseibj.com

Essence : Dans toutes les localités et aux points stratégiques sur toutes les routes.

Visite des centrales d’Hydro-Québec :
hydroquebec.com/visitez

Chisasibi Tourism : Edward
Bearskin 819 855-2878 poste 12 / 873 365-0312 /
edwardbearskin@chisasibi.ca

Meilleure période de l’année : août

Jerry Rupert : 819 527-6063 / 
longpointeyoutourism@gmail.com

Waskaganish Culture & Tourism : Stacy Bear
819 895-2250 / waskaganish.ca