La Gambie, côte souriante des singes

Coucher de soleil sur la plage Bijilo
Photo: Babacar Sonko Coucher de soleil sur la plage Bijilo

C’est un territoire surréel de 11 000 km2 d’ascendance anglaise à la forme d’un doigt planté au milieu du Sénégal. La Gambie fut longtemps maintenue dans la poigne dictatoriale de son ancien président, Yahya Jammeh. Mais depuis le règne d’Adama Barrow en 2016 et sa vision d’émergence commune au Sénégal, on voit la prolifération de petits paradis tropicaux sous la gouverne de riches propriétaires majoritairement hollandais.

En janvier 2019, le président du Sénégal, Macky Sall, tendait une main fraternelle à son frère politique avec l’érection du pont de Sénégambie, baptisé Farafenni, « pont de la délivrance ». Une opération de désenclavement attendue par la population pour favoriser les échanges avec le pays voisin. Loin du tumulte sociopolitique, les animaux s’en donnent à cœur joie dans ce microcosme idyllique où les parcs naturels sont légion.

Serrekunda, terre simiesque

Après une traversée rocambolesque sur un traversier bondé reliant Barra à Banjul, une foule ébène vêtue de mille couleurs se dirige, le pied alerte, vers la terre ferme de la capitale. Des femmes et des hommes chargés de fruits locaux et de sachets d’eau troqués aux passants pour une poignée de dalasis gambiens. Ici, on parle anglais, mais la culture mandingue coule dans le sang de tout un chacun. Prénoms et patronymes sénégalais et gambiens incarnent cet ADN originel, celui du directeur du Parc des singes, Suleyman Jobe (Diop), engagé depuis 18 ans dans la défense de l’écosystème du parc Bijilo et le bien-être de ses protégés.

Pour s’exprimer sur sa dévotion à la tête de l’empire naturel d’une cinquantaine d’hectares, le directeur tient à revêtir son plus chic veston sur sa chemise à carreaux délavée. Une personnalité charismatique fière de soutenir à bout de bras, avec peu de moyens, l’initiative du ministère gambien de la Forêt et de l’Environnement.

Photo: Babacar Sonko Deux types de singes circulent et cohabitent en harmonie dans le parc Bijilo, qui leur fournit tout ce dont ils ont besoin: le singe vert (notre photo) et le colobus rouge.

En 1991, l’espace s’ouvre au grand public, avide de côtoyer des singes dans leur milieu de vie. Deux types de singes circulent et cohabitent en harmonie sur ce site qui leur fournit tout ce dont ils ont besoin : le singe vert et le colobus rouge. L’un plus docile et joueur, de taille moyenne ; l’autre plus imposant, au caractère timide, dont la taille peut aller jusqu’à 60 centimètres.

M. Jobe insiste sur le maintien d’une philosophie de respect à l’égard de ces primates dépourvus de tout sentiment agressif à l’égard des êtres humains : « Il faut éviter de les nourrir d’aliments emballés, car ils ingéreront tout sans réfléchir. Les nourrir impactera leur capacité de débrouillardise dans la forêt et les rendra vulnérables. Ils doivent conserver une certaine crainte des humains, surtout pour les plus petits singes, qui risquent d’être blessés ou même volés ! Le singe n’est pas domesticable. »

La dimension Bijilo

Si les visiteurs viennent de tous les coins de la planète jusqu’à Serrekunda et inondent les réseaux sociaux de vidéos amusantes en compagnie de singes, c’est grâce à cette interaction privilégiée, sans intermédiaire. Une équipe de neuf employés s’efforce de garder la réserve propre et ses sentiers praticables, tout en veillant à protéger la faune de toute agression.

Son directeur jubile d’être à la tête d’un royaume à nul autre pareil en Afrique de l’Ouest : « Bijilo est devenu un attrait touristique majeur en Gambie. Aucun autre lieu ne lui ressemble, par sa localisation à la fois en pleine ville, à Serrekunda, et en bord de mer magnifique », se targue l’homme dévoué.

En plus des centaines de singes y ayant élu domicile, le parc compte d’autres résidents : chats sauvages, reptiles, papillons, galagos du Sénégal, mangoustes, et une colonie de 133 espèces d’oiseaux, dont certains migrateurs adoptent l’Europe l’été puis la Gambie, l’hiver venu. C’est le rendez-vous tout désigné pour admirer le calao à bec rouge courir le long d’un sentier. Un être ailé au bec magistral s’apparentant au toucan qui, malgré ses 35 centimètres de long, parvient à se réfugier dans les trous des arbres, fruit du génie en construction des femelles. Visionnaire, Suleyman Jobe caresse un rêve, en secret : la réintroduction d’autres espèces à poils et à plumes. De majestueuses antilopes, par exemple, pour les garder loin de tout péril, des chasseurs idiots qui en font leur trophée.

Le phénomène du bouncing

Il est presque impossible d’évoquer Serrekunda en passant outre une attraction d’un tout autre ordre qu’animalier ! Ici plus qu’ailleurs en Gambie — un pays pourtant à majorité musulmane —, de jour comme de nuit, de jeunes hommes font la cour belle aux touristes venant d’ailleurs. Ils ont la jeune vingtaine et sillonnent les rues achalandées et les plages bordant les lodges de luxe à la recherche d’une flamme, d’une étincelle. Torse nu, sans complexes, ils répondent au sobriquet de bouncers.

En effet, ils viennent et vont dans une marche de séduction à laquelle succombent maintes dames. Parade sans tabou, sans gêne, qui s’inscrit dans les mœurs du voyage au féminin selon Oleg Reznik, directeur des ventes et du marketing au Kasumai Beach Resort, un joyau de complexe hôtelier érigé depuis un an à peine sur la plage Bijilo.

Selon lui, « 50 % des femmes de 50 à 60 ans viennent ici dans le but de trouver leur bouncer. Elles savent qu’il se promène le long des plages et s’exerce en toute liberté pour dévoiler ses attraits physiques ». Entre immersion humaine et animale, la Gambie se distingue par son sentiment de liberté et de décontraction, si l’on arrive à se faire caméléon pour déjouer les petites arnaques réservées au voyageur à la peau non ébène…

Combien ça coûte

Le transport : Peu de vols relient directement l’Europe à Banjul, encore moins à partir de l’Amérique du Nord. Pour éviter la multiplication d’escales et les heures d’attente entre aéroports, mieux vaut passer par Dakar. Plusieurs compagnies à bas prix, comme Transair, desservent la liaison Dakar-Banjul en 30 minutes, pour moins de 300 $ l’aller. Depuis 10 ans, cette compagnie privée sénégalaise est l’option de 90 000 passagers annuellement.

L’hébergement : Cadre enchanteur moderne aux matériaux 100 % d’origine européenne, le Kasumai Beach Resort s’avère un incontournable aux abords du parc Bijilo. Avec ses deux piscines, sa plage privée et ses touches d’art africain, ce club privilégié connaît le secret pour que chacun soit traité aux petits oignons. Relaxation profonde et plaisirs de la simple vie gambienne. Chambre pour deux à partir de 48 $.www.kasumaibeach.com

Quoi manger ? Assurément le menu dégustation du Kombo Beach Hotel, qui se décline en quatre plats terre et mer mijotés avec soin. Le filet de boeuf à la sauce arachide, variété du mafé, un plat commun au Sénégal et à la Gambie, se laisse fondre en bouche. Et que dire du yassa au poulet, autre plat vedette, qui se prépare avec un accent de moutarde plus marqué. Les brochettes de crevettes décadentes, grillées à l’ail, au gingembre, au soya et au jus de lime, complémentent ce repas gargantuesque pour deux à 850 dalasis (22 $).