Une nature, des humains

Le P’tit Train du Nord, ce sont 234 kilomètres de pistes de ski de fond en hiver et de pistes cyclables en été.
Corporation P'tit Train du Nord Le P’tit Train du Nord, ce sont 234 kilomètres de pistes de ski de fond en hiver et de pistes cyclables en été.

Novembre est le mois de l’économie sociale. L’occasion de rappeler que les OBNL et les coopératives de solidarité représentent un formidable modèle d’affaires pour les acteurs du plein air.

Le tout premier sentier a vu le jour sur la montagne du Diable grâce à une poignée de passionnés qui étaient animés par un rêve : créer un développement écotouristique contrôlé dans les Hautes-Laurentides. Une dizaine d’années plus tard, en 2012, voyait officiellement le jour le parc régional Montagne du Diable, un vaste massif montagneux comprenant quatre sommets culminant à près de 800 m.

Aujourd’hui, le parc reçoit 20 000 jours/visite par année et se targue de posséder 200 km de sentiers, pour la raquette ou le ski de fond, huit chalets nature (le Village des bâtisseurs), des campings et six refuges en montagne. Une belle réussite dans une région relativement éloignée des grands centres urbains.

Son succès, le parc régional le doit, entre autres choses, à son ancrage dans les communautés de deux municipalités : Ferme-Neuve et Mont-Laurier. Cet organisme à but non lucratif (OBNL) est administré par un conseil dont trois membres sur neuf sont des élus municipaux. Mais, surtout, un autre OBNL, imbriqué à celui du parc, les Amis de la Montagne, procure un soutien logistique indispensable à son fonctionnement : « C’est grâce à ce groupe d’une soixantaine de bénévoles que nous pouvons assurer nos services, résume Christian Parent, directeur général du parc régional Montagne du Diable. Faire partie d’une communauté est primordial pour relever les défis budgétaires. »

Des défis budgétaires et une vision de développement intermunicipal : « Une structure d’OBNL permet de regrouper le bien commun et d’établir ensemble les bonnes pratiques », ajoute Jean-Sébastien Thibault, directeur général de la corporation du P’tit Train du Nord, un organisme de bienfaisance financé par 6 MRC et 26 municipalités. Le P’tit Train du Nord, ce sont 234 kilomètres de pistes de ski de fond en hiver et de pistes cyclables en été.

Un levier local

Le collectif est un pilier de l’économie sociale et, en région, se regrouper en OBNL ou en coopérative pour faire des affaires semble aller de soi, notamment dans le secteur du tourisme, où la vitalité profite à tous les acteurs impliqués. « Cette approche est un levier pour aller chercher des capitaux tout en s’assurant de garder une emprise sur son territoire, explique Marc-André Caron, directeur général du Pôle d’économie sociale des Laurentides. Ça permet de baliser le financement d’un projet et de pouvoir récupérer ses billes par la suite. »

Et ça marche : rien que dans la région des Laurentides, pas moins de 6600 entreprises du genre génèrent des profits annuels évalués à 758 millions de dollars, selon une étude de l’Institut de la statistique réalisée en 2016. Coopératives, OBNL et mutuelles forment des modèles de développement particulièrement représentés dans cette région : « Un modèle qui s’inspire des groupes de citoyens qui se mobilisaient autrefois pour protéger leur territoire », explique Marc-André Caron.

Et pour offrir des expériences accessibles. « Attention, prévient monsieur Caron, nous ne sommes pas dans le registre de la charité, mais dans une structure équitable à même d’assurer la pérennité. » Car ce lien inextricable qui unit une coopérative à ses membres actifs ou de soutien est le meilleur garant de sa durabilité. Un membre impliqué dans la prise de décision est un acteur du développement qui est motivé par un fort sentiment d’appartenance.

D’ailleurs, le Québec tout entier croit à cette gestion participative et démocratique, qui fait écho à sa culture politique orientée vers la concertation et le dialogue social. Quelque 220 000 travailleurs produisent des revenus de 47,8 milliards de dollars, toujours selon l’Institut de la statistique, soit plus que ceux de l’industrie de la construction et de l’exploitation minière réunies. D’ailleurs, depuis 2013, la Loi sur l’économie sociale reconnaît la contribution considérable de ce modèle d’affaires dans l’économie du Québec.

Si de nombreux parcs ou bases de plein air ont choisi ce statut, c’est aussi parce que cette recherche de pérennité va de pair avec une approche de développement durable sur le plan tant social qu’environnemental.

Une petite station de ski, comme le mont Alta, ou des structures d’hébergement, comme Kiamika, ne sont pas seulement des « produits » de l’économie locale, ce sont des outils de transformation sociale vers plus d’équité et de solidarité, avec des bénéfices immédiatement redistribués dans la communauté.

« Un territoire géré par une coopérative, ça fait un lieu où les résidents locaux créent des liens, où le plein air touche le social », ajoute Robert Boulay, président du CA de la base de plein air l’Interval, dont la politique d’accessibilité favorise les familles à faibles revenus.

Située à Sainte-Lucie des Laurentides, la coop a pris les rênes de l’auberge de 24 chambres qui y est installée depuis les années 1970 et a fait construire 20 écogîtes, ce qui a eu pour effet d’augmenter considérablement le nombre de visiteurs. Tout cela finit par profiter à tous.

Un circuit de course sur sentier y est même organisé, chaque automne, en partenariat avec Mountain Equipment Coop. Tiens… une autre coopérative.

Faire école

Du côté de Saint-Raymond, dans Portneuf, la coopérative de solidarité La Vallée Bras-du-Nord est devenue en moins de deux décennies un modèle du genre, reconnu tant au Québec qu’à l’international. Ses principes fondateurs tournent autour du développement durable et de la mise en commun des forces locales : entreprises touristiques, résidents, agriculteurs, travailleurs forestiers et organismes locaux.

Un territoire géré par une coopérative, ça fait un lieu où les résidents locaux créent des liens, où le plein air touche le social

Un exemple réussi de partage du territoire avec quelque 10 000 jours/visite annuels ! Les amateurs de plein air profitent de ce lieu exceptionnel pour y pratiquer la randonnée, le canoë-kayak ou le vélo sur des terres publiques et privées, dont les propriétaires accordent des droits de passage.

Ici, la gestion commune des espaces naturels s’accompagne d’une approche écologique : entre autres actions, la coop lance des campagnes pour la revitalisation des berges de la rivière Bras-du-Nord ou pour l’instauration d’une politique forestière écoresponsable.

Mais c’est le volet social de la coopérative qui démontre le mieux son approche solidaire. Les élèves de l’école Louis-Jobin de Saint-Raymond (4e et 5e secondaires) profitent des infrastructures de la coop pour leur programme d’études en concentration plein air. Une manière de démontrer que le territoire « appartient » à tous.

De plus, un programme d’insertion emploie chaque année des jeunes de la communauté en difficulté pour l’entretien des sentiers.

Le rayonnement de La Vallée Bras-du-Nord est tel qu’il commence à s’exporter, avec une offre de services et des conférences portant sur son modèle de gestion, son approche d’insertion socioprofessionnelle ou, encore, ses stratégies de développement du milieu. Un remède à tous les maux du monde ? Qui sait…