Chaudière-Kennebec - La route des grandes migrations

La ville de Bing Ham, dans le Maine, traversée par le rivière Kennebec et la route 201 qui rejoint la 173 au Québec. Source : Maine Tourism
Photo: La ville de Bing Ham, dans le Maine, traversée par le rivière Kennebec et la route 201 qui rejoint la 173 au Québec. Source : Maine Tourism

Au temps des grandes migrations du printemps et de l'automne passent dans le ciel, avec force cris, des voiliers d'oies blanches. Dans un sens comme dans l'autre, les volatiles s'arrêtent sur les battures du fleuve devant les îles de Montmagny et le cap Tourmente pour se refaire des forces. Les hommes n'ont pas cette faculté naturelle de prendre le chemin des airs. Ils doivent composer avec le relief et s'inventer des circuits avec les moyens du bord. Telle a été la route Chaudière-Kennebec en cette terre de Nord-Amérique.

Comme en attestent des artefacts dûment authentifiés et datés, les Amérindiens — Abénaquis notamment — ont pendant des millénaires pagayé la Chaudière qui coule vers le Saint-Laurent au nord et la Kennebec qui s'incline vers l'océan au sud, s'imposant entre les deux de longs et difficiles portages. Qu'importe! Ils évitaient de la sorte de faire tout le tour de la Gaspésie et de longer le littoral de l'Atlantique.

Quand les puissances européennes se disputaient une hégémonie incertaine en cette partie du Nouveau-Monde, le corridor Chaudière-Kennebec a pris une évidente importance stratégique. Les incursions militaires faites de part et d'autre ont été légion.

En 1763, le Traité de Paris qui reconnaissait la défaite de la France et le transfert de la Nouvelle-France à la couronne d'Angleterre a momentanément laissé croire — ou espérer — que des jours plus calmes s'annonçaient.

C'était sans compter avec la rébellion des colonies de la Nouvelle-Angleterre. Ce qu'on a appelé la Révolution américaine. En novembre 1775, une armée d'un millier de soldats remonta la Kennebec dans le but de s'emparer de Québec et de la vallée du Saint-Laurent. À leur tête, un général, Benedict Arnold, alors considéré comme un général de la trempe de George Washington. Mais l'expédition s'acheva dans la déroute au cours de la nuit du 30 au 31 décembre.

Le reste de l'histoire s'inscrit dans des relations plus pacifiques, commerciales pour l'essentiel. Les deux côtés de la frontière représentaient d'intéressants marchés. D'où le tracé, au début du XIXe siècle, de chemins carrossables en charrette par les fermiers du Maine: ainsi est né le Kennebec Road, ou Old Canada Road, qu'ont emprunté par la suite, de 1820 à 1860, un million de Canadiens français et d'Irlandais à peine débarqués de navires pour tenter de gagner leur vie aux States, dans les chantiers forestiers ou les filatures. D'autres grandes migrations...

Chaque vallée a eu son destin. Entre les deux une frontière, que les contrebandiers ont su traverser, notamment à l'époque de la Prohibition. Chacune a eu son univers culturel bien distinct de l'autre, même si l'histoire et la géographie les avaient rapprochées.

Entre la chute de la Chaudière, haute de 35 mètres à la rencontre du Saint-Laurent, et la ville de Bath à l'embouchure de la Kennebec, les routes 173 (au Québec) et 201 (dans le Maine) déroulent leurs fils sur 372 kilomètres en se collant le plus possible sur ces cours d'eau souvent imprévisibles encore aujourd'hui.

Le flottage du bois et la drave ont cessé en 1976 sur la Kennebec. Les Beaucerons ne sont plus des Jarrets noirs que par le souvenir. Mais, indéniablement, entre le nord du Maine et la Beauce, subsistent des airs de parenté...

Un projet

Lors d'une rencontre bilatérale tenue en 1997 à Rockport, dans le Maine, le premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, et le gouverneur du Maine, Angus S. King, ont convenu de faire revivre l'ancienne route historique de la Chaudière et de la Kennebec pour mettre en valeur ses dimensions culturelle et économique. Et pour y développer, bien sûr, le tourisme. D'autres migrations... Déjà, le Maine a implanté des panonceaux d'interprétation historique et naturelle en divers endroits.

Lieux d'histoire

- Chapelle du Collège de Lévis (7, rue Mgr-Gosselin, Lévis, 418-833-1249, welcome.to/college_de_levis/): l'une des plus remarquables du Québec. Toute l'année, entrée gratuite.

- Lieu historique national du Canada des Forts de Lévis (41, chemin du Gouvernement, Lévis, 1-800-463-6769, www.parcs-canada.gc.ca/levy): le Fort-Numéro-Un est le dernier de trois forts construits en avant-postes par les Britanniques, entre 1865 et 1872, pour défendre Québec d'une éventuelle invasion états-unienne. Pique-nique, sentier pédestre, visites commentées, splendide panorama. Tous les jours, jusqu'au 31 août; les week-ends, jusqu'à la fin septembre. Frais d'entrée.

- Maine State Museum (83, State House Station, Augusta, 207-287-2301, www.mainestatemuseum.org): expositions portant sur le milieu naturel de cet État, sa préhistoire (12 000 Years in Maine), son histoire sociale, son passé manufacturier.

- Maison J.A.-Vachon, 383, rue de la Coopérative, Sainte-Marie, 1-866-387-4052, www.ville.sainte-marie.qc.ca): pour tout savoir sur les p'tits gâteaux, et bien plus encore... Tous les jours, jusqu'à la mi-septembre; du lundi au vendredi, jusqu'au 31 octobre. Frais d'entrée.

- Maison Alphonse-Desjardins (6, rue du Mont-Marie, Lévis, 1-866-835-8444, www.desjardins.com): résidence de style néogothique du fondateur des Caisses populaires. Son épouse a eu aussi son mot à dire: elle s'appelait Dorimène. Toute l'année; entrée gratuite.

- Musée Marius-Barbeau (139, rue Sainte-Christine, Saint-Joseph-de-Beauce, 418-397-4039, www.museemariusbarbeau.com): dans un couvent classé monument historique, le musée est consacré aux Jarrets noirs. Le Circuit de la Gorgendière fait le tour des maisons ancestrales du voisinage. Ouvert toute l'année, frais d'entrée.

Benedict Arnold

L'homme a connu une vie mouvementée, haute en couleurs et en péripéties. Son nom revient souvent le long du Corridor. Pour en savoir davantage, consulter l'entrée que lui consacre le Dictionnaire illustré des noms et lieux du Québec publié par la Commission de toponymie du Québec. Lire également, de J. Michael Flynn, Benedict Arnold, The Traitor Who Saved America (www.magweb.com/sample/scry/sch23ben.htm).

Patrimoine

- Le Vieux-Lévis à la chandelle (% 418-838-6026, gratuit) : visites guidées d'une heure, à pied, sur l'histoire et l'architecture, animées par des comédiens en costumes. À compléter par une tournée des églises séculaires Notre-Dame, Saint-Antoine et Saint-Joseph, proposée par le Comité du patrimoine religieux lévisien (18, rue Notre-Dame, % 418-837-8813. 5 $ pour les adultes, 2 $ pour les enfants).

- Centre d'interprétation ferroviaire (397, boulevard Rousseau, Vallée-Jonction, 418-253-6449, www.garevalleejontion.ca) et Trains touristiques de Chaudière-Appalaches (399, boulevard Rousseau, Vallée-Jonction, 1 877 642-5580, www.beaucerail.ca) : alors que le premier loge dans une ancienne gare en pierre — ce qui était rare — de la Quebec Central Railway, les seconds invitent à des excursions dont les thèmes varient selon les saisons. Lieux de départ variables. Jusqu'en novembre.

Au bord de l'eau

- Parc des Chutes-de-la-Chaudière (Lévis, autoroute 73) : sentiers pédestres, piste cyclable, pique-nique, belvédère, passerelle d'une centaine de mètres de longueur, matinées classiques tous les dimanches d'août. Minicentrale hydroélectrique construite en 1999 sur le site d'une autre, aujourd'hui disparue, aménagée dès 1901.

- Parc des Rapides-du-Diable (route du Président-Kennedy, Beauceville, 418-774-9137, www.beauceville.qc.ca) : un beau boisé sur la berge de la Chaudière, le souvenir de Benedict Arnold et des histoires de chercheurs d'or.

Sur l'eau

- Rafting sur la Dead River, un affluent de la Kennebec (Dead River Whitewater, 1 800 723-8633, www.raftmaine.com) : cette rivière offre le plus long parcours d'eau vive continue de l'est des États-Unis, 26 kilomètres entre Grand Falls et The Forks à travers des rapides de classes IV et V. Plusieurs compagnies offrent des excursions guidées.

- Rafting sur la Kennebec (Kennebec Gorge Whitewater, 1 800 723-8633, www.raftmaine.com) : sur 19 kilomètres, le parcours débute depuis l'étang Indian à Harris Station jusqu'à The Forks en passant par la gorge Kennebec ; rapides de classes III à V. Plusieurs compagnies offrent des visites guidées. Réservez tôt : l'activité est très populaire, plus de 30 000 personnes en ont fait l'an dernier.

- Kennebec River Recreation : excursions en bateau à propulsion hydraulique, canot, pêche, observation de la faune, « étude des sciences naturelles et de l'histoire culturelle ». Nombreux points d'accès et des services avec guides disponibles.

Festivités

- Annual Heritage Days (à Bath, fin juin-début juillet, 207-443-9751, www.midcoastmaine.com) : festival du patrimoine maritime étalé sur six jours, fête foraine et autres activités dont une parade, une exposition d'artisanat et des feux d'artifice.

- Annual Maine Festival (à Thomas Point Beach, Brunswick, au début d'août, 207-772-9012) : 29e édition mettant en vedette les meilleurs artistes et artisans du Maine.

- Bowdoin Summer Music (à Brunswick, 207-725-3322) : concerts en juillet et août sur le campus du Bowdoin College.

- Concert au crépuscule (le 21 août de 16 h 30 à 21h, au Fort-Numéro-Un à Lévis, 418-835-5182) : musique du Royal 22e Régiment, parade aux flambeaux. Entrée gratuite. Apportez vos chaises.

- Festival sans frontière (à Jackman, 207-668-2111, fin juin) : une célébration de l'« histoire commune », concours hippique, parade, tournoi de fers à cheval et « mains traversant la frontière ».

Renseignements

- Association touristique Chaudière-Appalaches, 800, autoroute Jean-Lesage, Saint-Nicolas, G7A 1E3, 1 888 831-4411, (418) 831-8442 (télécopieur), www.chaudapp.qc.ca.

- Corridor international Chaudière-Kennebec, www.chaudiere-kennebec.com : possibilité de commander en ligne et de recevoir gratuitement la carte couleur du circuit.

- Destination Beauce, 1 877 9BEAUCE, www.destinationbeauce.com.

- Kennebec Valley Council, 1 800 393-8629, www.kennebecvalley.org.