Sac à dos et drapeau arc-en-ciel

Des couples gais dansent le tango au pub La Marshall de Buenos Aires.
Photo: Ali Burafi Agence France-Presse Des couples gais dansent le tango au pub La Marshall de Buenos Aires.

Pour la majorité des voyageurs cisgenres, blancs et hétérosexuels, prévoir une escapade en Inde, au Maroc, au Sri Lanka ou au Kenya n’implique rien de plus, en matière de précautions d’usage, qu’une visite à la clinique du voyageur, un coup de fil à l’assureur et l’achat d’un guide de voyage. Mais pour les bourlingueurs LGBTQ+, mettre le cap vers des destinations où l’homosexualité est réprimée, voire criminalisée, comporte son lot de risques et de questions éthiques.

La journaliste ontarienne Kaitlin Bardswich a passé 18 mois à voyager dans plus de 35 pays afin de documenter la réalité LGBTQ+ autour du monde. « Je voulais d’abord aller en Inde, pour vivre l’expérience du festival Holi. Ensuite, je suis allée au Pakistan, pour finalement faire une tournée de l’Asie du Sud. Après une petite pause de quelques semaines de retour au Canada, j’ai repris la route pour l’Europe, la Palestine, la Jordanie et plus tard l’Amérique centrale… » relate celle qui se passionne pour les droits de la personne.

De son propre aveu, Kaitlin Bardswich ne s’est pas sentie persécutée en tant que femme blanche lesbienne qui « peut facilement passer pour hétéro ». Mais comme journaliste et vidéaste, ses interviews lui ont permis de comprendre la complexité des questions reliées au genre et à l’orientation sexuelle.

« En discutant avec des hommes gais en Inde, j’ai compris que la persécution dont ils étaient victimes était moins une question d’homophobie que de misogynie : parce qu’aux yeux de la société, choisir d’être gai signifie se rendre semblable à une femme et se « diminuer ». En contrepartie, dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, des femmes gaies s’attiraient le respect en prenant des comportements masculins. »

Voyager gai (mais pas trop)

Le designer et grand voyageur montréalais John-Hugo Tremblay passe une bonne partie de ses temps libres sur la route des vacances, fréquemment accompagné de son amoureux new-yorkais. Son passeport abondamment tamponné témoigne de ses visites en Israël, en Chine, au Maroc, en Grèce, à Bali… « Honnêtement, je n’ai jamais vraiment ressenti de danger », dit celui qui, dans ses souvenirs de voyage, compte toutefois un ou deux incidents malheureux liés à son homosexualité.

J’ai remarqué que plusieurs pays sont tolérants envers les étrangers gais, parce qu’ils estiment que l’homosexualité est une affaire de Blancs ou d’Occidentaux et affirment que cela n’existe pas chez eux

 

« À Dubrovnik, un chauffeur de taxi, qui a déduit que nous étions gais en écoutant notre conversation, s’est arrêté et nous a demandé de sortir. Nous avons aussi vécu une situation similaire [dans un taxi] lors d’un séjour à Londres », raconte le quadragénaire, qui avoue rester discret dans l’expression de son orientation sexuelle quand il voyage en contrées étrangères. Reste que, comme le confirme Kaitlin Bardswich, les politiques homophobes de certains pays ne touchent pas autant les touristes que les « locaux ».

« J’ai remarqué que plusieurs pays sont tolérants envers les étrangers gais, parce qu’ils estiment que l’homosexualité est une affaire de Blancs ou d’Occidentaux et affirment que cela n’existe pas chez eux », explique la journaliste. À l’opposé, « en Afrique et en Asie du Sud, l’homophobie est un des héritages du colonialisme », ajoute-t-elle, rappelant, par exemple, comment, au Canada, les personnes autochtones d’identité berdache (ou bispirituelle) ont été persécutées par les colonisateurs européens.

Au fil de son périple, Kaitlin Bardswich, qui a interviewé des militants gais, des touristes et des personnes en position d’autorité, a également été témoin de certains paradoxes. Au Liban, même si l’homosexualité est illégale aux yeux de l’État, la communauté LGBTQ+ locale et internationale profite à fond de l’exaltante vie nocturne gaie de Beyrouth. En Inde, au Pakistan, au Bangladesh et au Sri Lanka, où des personnes ont été jetées derrière les barreaux pour avoir exprimé leur homosexualité, c’est la loi du silence qui prévaut, dit Bardswich.

« On vous fait comprendre que tant et aussi longtemps que vous ne dérangez personne, vous ne risquez rien. » Au Guatemala, au Honduras et au Nicaragua, pays que Kaitlin Bardswich a visités en compagnie d’un couple lesbien britannique, la journaliste a conclu que ces pays étaient plus accueillants et tolérants des femmes lesbiennes que des hommes gais. En revanche, lors d’un séjour à Cuba, elle ne s’est pas sentie très à l’aise de tenir la main de sa compagne en public.

« Toutes les histoires et les situations que j’ai rencontrées au fil de mes voyages m’ont fait apprécier le Canada », conclut la journaliste, qui travaille à la rédaction d’un récit de voyage inspiré de son périple au cœur de l’homophobie.