La fête des Morts dans la Riviera Maya

El Castillo, qui s’érige sur quatre étages à la cité maya de Tulum.
Photo: Gabriel Anctil El Castillo, qui s’érige sur quatre étages à la cité maya de Tulum.

Il n’y a aucun meilleur moment pour être au Mexique que durant « el Día de los Muertos » (le jour des Morts), qui est commémoré les 1er et 2 novembre de chaque année. La croyance populaire raconte que c’est la période que choisissent les disparus pour visiter leurs proches, qui les accueillent avec faste et bonne humeur. Car, au lieu d’être auréolée de deuil et de tristesse, la fête est plutôt l’occasion d’organiser une spectaculaire célébration de la vie, à laquelle tout le monde est convié.

Les préparations sont minutieuses et s’étalent sur plusieurs jours, car il ne faut surtout pas décevoir les esprits, qui auront un an pour analyser la performance de leurs hôtes et en discuter avec leurs amis décédés. Chaque famille commence par décorer les tombes des êtres chers à l’aide de chandelles et de montagnes de pétales orangés de roses d’Inde, ou cempasúchil, des fleurs cultivées en grande quantité dans le pays. Celles-ci seront également étendues sur le trajet qui relie la tombe au foyer familial, car elles dégageraient un parfum qui aiderait les âmes à se rendre à destination.

Une fois arrivés, les morts trouvent un autel soigneusement préparé, sur lequel reposent des photos des proches disparus. Autour de celles-ci sont étalés des objets leur ayant appartenu et de la nourriture qu’ils aimaient particulièrement. En effet, les invités se présentent affamés et doivent absorber l’essence de ces aliments pour refaire le plein d’énergie et trouver la force de retourner jusqu’à leur tombe, où ils feront une longue siesta, une fois la fête terminée et les derniers fêtards couchés.

Ces préparatifs sont l’occasion de revisiter la vie de ces êtres chers et d’en partager le souvenir avec les plus jeunes qui, souvent, ne les ont pas connus. D’origine aztèque, cette tradition est commémorée dans le pays depuis des millénaires. Les Espagnols ont bien tenté de la faire disparaître, comme tous les traits des cultures autochtones, mais ont dû se contenter de la faire coïncider avec le jour des Morts chrétien. Bien qu’el Día de los Muertos ait beaucoup évolué au fil des siècles, il est resté fidèle à l’idée qui veut que tant que les anciens apparaissent dans les souvenirs et les pensées de leurs proches, leurs existences se prolongent au-delà de la décomposition de leurs corps.

L’apothéose de cette magnifique danse de la vie et de la mort se déroule pendant la soirée du 2 novembre, la plus magique de l’année. C’est le moment où les enfants se déguisent et où les esprits envahissent les villes et les villages du Mexique, qui se drapent pour l’occasion de leurs plus beaux habits.

Si vous vous trouvez dans la Riviera Maya, la région la plus touristique du pays, il vous faudra absolument vous échapper de votre hôtel pour vivre cette tradition avec la population. Oubliez Cancún, ville sans âme, et rendez-vous plutôt à une heure au sud à Playa del Carmen, où les festivités sont plus authentiques et colorées.

La principale artère piétonnière de la petite ville, la Quinta Avenida, est alors plongée dans une atmosphère unique et féerique : la rue est surmontée des célèbres banderoles de papel picado (papier découpé), qui ajoutent de la couleur au ciel étoilé ; les niños sont maquillés et déguisés en squelette par centaines et demandent des bonbons aux passants ; les mariachis, regroupés à intervalles réguliers, jouent de joyeuses chansons traditionnelles avec énergie et émotions, pendant que les cracheurs de feu mènent un périlleux combat pour repousser l’obscurité. Rien à voir avec l’ambiance lugubre et mercantile de l’Halloween nord-américaine.

 
Photo: Gabriel Anctil Une cracheuse de feu pendant les célébrations d’el Día de los Muertos, à Playa del Carmen

Il s’agit d’une grande célébration de la vie où le passé et le présent fusionnent, où les vivants et leurs parents trépassés se rassemblent pour se redire à quel point ils s’ennuient et s’aiment. Exactement comme le font les personnages du tendre film d’animation Coco, sorti en 2017, qui a grandement aidé à faire connaître cette tradition de par le monde.

Fantômes mayas

Tant qu’à explorer les environs, il vous faut visiter l’ancienne cité maya fortifiée de Tulum, qui a abrité jusqu’à 8000 personnes entre l’an 900 et 1540, approximativement. Située à un peu moins d’une heure au sud de Playa del Carmen, c’est l’ensemble archéologique le plus important de la région et le seul étant directement situé sur une falaise plongeant dans la mer des Caraïbes, ce qui ajoute grandement à la beauté des lieux.

Constituée d’une dizaine de constructions, dont certaines très bien conservées, la cité permet d’imaginer ce à quoi le monde précolombien pouvait ressembler. Vous y découvrirez la richesse de la mythologie ainsi que la finesse des représentations religieuses. Il est, par exemple, possible d’observer à l’intérieur du Templo de los Frescos des fresques colorées représentant l’univers tel qu’imaginé par les Mayas, ainsi qu’une sculpture du dieu descendant, qui surplombe le temple du même nom et semble plonger vers les fonds marins. Cependant, le bâtiment le plus imposant du site est certainement El Castillo, qui s’érige sur quatre étages et fait face à la mer turquoise, qui semble s’étaler jusqu’à l’infini devant lui.

Hockey à 30 °C

Si le mal du pays vous foudroie ou que l’idée de manquer une partie des Canadiens vous donne le tournis, pas de panique : le bien nommé bar sportif Los Tabarnacos, ayant pignon sur rue au cœur de Playa del Carmen (147, Calle 10 Norte), a de quoi satisfaire vos dépendances. Il est le repère de nombreux Québécois en vacances dans la région, qui s’y rassemblent pour encourager le club montréalais, dont chaque match est présenté en français sur écran géant dans une ambiance surchauffée, dont les échos s’entendent dans tout le quartier. On raconte même que, pendant les séries éliminatoires (lorsque les Glorieux y participent), la foule s’étire jusque dans la rue, qu’elle bloque complètement pendant la durée de l’affrontement.

Vous y serez reçu par Daniel Gingras, le très sympathique propriétaire des lieux, Lavalois d’origine et installé au Mexique depuis une décennie. Los Tabarnacos propose pas moins de dix sortes de poutine en plus d’y servir de très bons tacos al pastor (au porc). Vous pourrez y critiquer les dernières décisions de Marc Bergevin avec des passionnés, dont certains, retraités, vous raconteront le bon vieux temps où le défilé de la Coupe Stanley se déroulait à Montréal chaque année et où les bancs de neige se mesuraient en dizaines de pieds.