Quand le Japon fait «mousser» la randonnée

Nature et cheminée de bronze dans un salon de l’hôtel Oirase Keiryu.
Photo: Hôtel Oirase Keiryu Nature et cheminée de bronze dans un salon de l’hôtel Oirase Keiryu.

Hauts sommets, caldeira abyssale, denses forêts, ruisseau chantant : au parc national de Towada-Hachimantai, l’automne se donne en spectacle, et on en redemande, loupe à la main.

On sait la vénération des Japonais pour dame Nature. On connaît leur exaltation du beau, du délicat et du nano plutôt que du giga. Mais de là à trouver, dans sa chambre d’hôtel, une loupe de poche à côté du service à thé…

« Mais c’est pour mieux observer la mousse, mon enfant ! me dit (traduction très libre) Byeokju Ryu, directeur commercial de Hoshino Resorts pour le Tohoku. Sur le sentier adjacent à l’hôtel, vous pourrez en examiner pas moins de 300 espèces différentes. »

Nous sommes au nord-est de l’île de Honshu, dans le Tohoku, une région de forêts vierges et de volcans longtemps surnommée « la terre au-delà des routes » (lire Le Tohoku en question). En août dernier, je me suis mise au vert à l’hôtel Oirase Keiryu, situé au cœur du parc national de Towada-Hachimantai. Intégré au groupe hôtelier Hoshino, ce centre de villégiature est le seul établissement installé en bordure du ruisseau de montagne Oirase. On y est donc aux premières loges pour contempler ce « monument naturel » figurant à l’inventaire nippon des paysages majestueux.

Courant jusqu’au Pacifique, l’Oirase prend sa source dans la caldeira Towada, qui s’est formée à la suite d’éruptions volcaniques successives il y a 53 000 ans. Un sentier de randonnée long de 14 kilomètres, mais facile, nous y mène, et quel « chemin de croix » ! Jalonné d’une douzaine de chutes, il nous entraîne tantôt dans une hêtraie, tantôt vers des rapides. Quelques ponts de bois enjambent le ruisseau afin qu’on puisse admirer fougères géantes, rochers polis, bref, toute la poésie du panorama. C’est qu’ils sont romantiques, les Nippons… (Qui d’autre organise, le soir, des excursions d’observation de lucioles ?)

Armée de ma loupe Vixen, me voilà sur ledit sentier à admirer le velours sur roche qu’a brodé la nature de-ci de-là, mais franchement, la vue d’ensemble, grandiose, m’interpelle davantage. En pleine immersion verte, il me revient en tête la pratique du shinrin yoku, ou sylvothérapie, une forme de médecine préventive pratiquée au pays depuis toujours.

Inspirer à fond, s’étirer et méditer dans ce cadre couleur chlorophylle (ou rouge momiji (érable japonais) en cette fin d’octobre) seraient autant de façons de soulager stress et anxiété et de s’épargner les maux qui en découlent. Si aucun randonneur n’étreint des troncs d’arbre, la plupart d’entre eux marchent néanmoins en silence pour mieux s’imprégner de la beauté et du calme ambiants.

Tout au bout du sentier, voilà le Towada-Ko, le fameux lac ceinturé de montagnes. Pour en contempler les eaux cristallines et se reposer les gambettes, faire un aller-retour à bord du bateau qui relie le hameau de Nenokuchi au village voisin de Yasumiya est un bon plan.

Au pays du Soleil-Levant, qui dit volcan dit bien sûr géothermie et onsen, ou bain thermal. Ici, dans la préfecture d’Aomori, où les monts Hakkoda englobent la quinzaine de stratovolcans dominant la région, on est servi. Les hôtels des environs proposent des bassins intérieurs pour hommes, d’autres pour femmes, ainsi que des rotenburo ou bains extérieurs. Celui de l’hôtel Oirase Keiryu a vue sur le cours d’eau, qu’on contemple à l’ombre d’un momiji s’élevant au beau milieu. On se croirait dans une estampe de Hokusai.

Photo: Carolyne Parent Yaekonohoe no Yu, un bain thermal au parc national.

Ailleurs en pleine forêt, l’eau chaude du rotenburo Yaekonohoe no Yu fait merveille pour soulager les pieds endoloris par la longue randonnée. Le chant de la chute est apaisant. Puis, quand la nuit tombe, on allume des lanternes ; par ici, la magie.

De retour à l’hôtel, cap sur le restaurant Ringo, qui n’a rien à voir avec un certain Beatle et tout avec la fuji. La table célèbre le fait qu’Aomori produit plus de 50 % de toutes les pommes de l’archipel. Elles sont donc présentes dans l’assiette du hors-d’oeuvre au dessert, accompagnant le jambon ibérique comme la noix de Saint-Jacques, une autre spécialité de la préfecture.

Photo: Carolyne Parent Au fil du sentier, halte aux chutes Kumoi-no Taki.

Dans la vaste salle de séjour, où dame Nature s’invite grâce à une généreuse fenestration, les hôtes bavardent et prennent un dernier verre avant d’aller se coucher. Par les temps qui courent, nul doute qu’un feu crépite dans la cheminée de bronze monumentale qui occupe le centre de la pièce.Réalisée pour l’établissement par l’artiste peintre et sculpteur Taro Okamoto, l’œuvre est intitulée Le mythe de la forêt et dépeint un monde enchanté composé d’arbres, d’eau et de fées.

Elle me semble traduire à merveille le candide, le mignon et le tantinet naïf univers nippon, aux antipodes de la dureté du nôtre et dans lequel il fait bon s’immerger, avec ou sans loupe.

Carolyne Parent était l’invitée de l’Office national du tourisme du Japon.

Le Tohoku en question

Pour certains, aller au Japon, c’est déjà sortir des sentiers battus, mais pour ceux qui ont déjà fait le circuit Tokyo-Kyoto-Osaka-Hiroshima, ou encore ceux qui ont envie de terminer leur séjour sur une note « zenissime », ce territoire isolé du nord-est de la grande île de Honshu convient parfaitement. Le Tohoku est entré dans l’histoire féodale du pays au XVIIe siècle lorsque le chef de guerre Date Masamune fit de Sendai la capitale de son fief. En mars 2011, celle-ci faisait les manchettes alors que les médias du monde entier relayaient les images terrifiantes d’un tsunami semant la destruction sur la côte de cet ancien village de pêcheurs, à la suite d’un violent séisme. Et aujourd’hui ? « Aujourd’hui, les affaires vont bien, les gens viennent voir comment nous allons ! » dit Motomura Naohide, qui montre volontiers des photos de l’après-tsunami. L’artisan nonagénaire tient un atelier de confection de kokeshi à Matsushima, un village donnant sur une baie spectaculaire à moins d’une heure de train de Sendai, et il faut effectivement aller le voir façonner ses poupées de bois !

Carnet de route

Se rendre à Tokyo : en 13 heures et demie sans escale au départ de Montréal avec Air Canada. Dans la spacieuse cabine Économie privilège d’un Dreamliner, on se croirait dans son salon.

Filer en train : à bord de l’Hayabusa, le plus rapide du Shinkansen, sur la ligne JR Tohoku. Le trajet de Tokyo à Shin-Aomori dure trois heures et demie. De la gare, l’hôtel Oirase Keiryu assure le transport de ses clients par bus en une heure.

Se loger : récemment rénové, ce bel hôtel de style chalet compte 108 chambres, réparties en deux ailes. Deux suites sont dotées d’un bain extérieur, faisant face au cours d’eau. Dans les parages, c’est le mieux situé d’une poignée d’établissements.

Aller au lac : on peut louer des vélos à la boutique de la halte
Ishikedo du sentier ou prendre le bus local si on ne veut pas marcher. Aussi, la navette de l’hôtel dépose les clients à quatre points d’intérêt dans les sept premiers kilomètres du parcours.

Renseignements :
japan.travel/fr/ca