Gastronomie et oenotourisme en pleine effervescence!

Le vignoble Buduaresca fondé en 2007, a misé sur l’expertise d’un œnologue britannique pour créer des vins élégants avec une touche moderne.
Photo: Marie-Claude Di Lillo Le vignoble Buduaresca fondé en 2007, a misé sur l’expertise d’un œnologue britannique pour créer des vins élégants avec une touche moderne.

La Roumanie attire chaque année des milliers de visiteurs, surtout pour ses châteaux médiévaux. Cependant, depuis peu, le pays surprend le voyageur par son offre oenotouristique et culinaire. Un vent de nouveauté apporté surtout par la jeunesse roumaine. Visite de trois régions d’intérêt.

La viticulture n’est pas chose nouvelle au pays, celle-ci datant de l’époque romaine, soit 600 ans av. J.-C. Pourtant, même si les conditions y ont toujours été idéales pour créer de bons vins, le potentiel est resté longtemps inexploité. La réattribution des terres et la privatisation de certaines autres après la chute de l’empire communiste ont permis à des entrepreneurs motivés de se tailler une place dans le monde vinicole. À moins de deux heures au nord-est de Bucarest se trouve une région vinicole en pleine émergence, entourée de bucoliques collines. C’est là que se situe le vignoble Buduaresca, fondé en 2007 et possédé par des intérêts roumains. Là, on a misé sur l’expertise d’un œnologue britannique pour créer des vins élégants avec une touche moderne.

Stephen Donnelly se plaît dans le nouveau chai ultra-sophistiqué où sont produites les cuvées de la maison. Son terrain de jeu ? 275 hectares de vignes, dont la plupart produisent des vins rouges sur le terroir fortement ensoleillé de la région de Dealu Mare. Des cuvées, dont certaines primées lors des concours mondiaux, élaborées avec des cépages européens et indigènes (fetească albă, fetească neagră, fetească regală, tămâiosă românescă), que Donnelly aime utiliser en raison de leur unicité. Il affirme que le pays est en train de vivre une renaissance et qu’il sent l’engouement chez les visiteurs du vignoble, plus nombreux d’année en année. L’an prochain, un hôtel et un restaurant ouvriront d’ailleurs leurs portes pour les accueillir.

Farma Dacilor : un gîte

À dix minutes de voiture de Buduaresca, on découvre un ranch unique où l’on peut dormir dans des yourtes comme à l’époque des Daces. Farma Dacilor a vu le jour en 2015 pour pallier le manque d’hébergement dans la région, au moment où l’œnotourisme est en pleine croissance. Le restaurant offre de délicieux plats typiques du sud, à forte influence ottomane, composés de produits de la ferme et cuits dans un four en pierre. On peut y déguster la ciorbă aux tomates (soupe acide à base de blé fermenté avec chou et boulettes de viande), les mici (saucisses grillées de porc à l’ail) servis avec du caviar d’aubergine, les sarmalé (cigares au chou fermenté farcis de viande de porc) et les muschi (grillades de viandes).

Transylvanie : le vignoble Jidvei

On quitte le sud pour le centre et ses majestueuses montagnes. Au cœur d’une vallée se trouve le comté de Jidvei, dans la région vinicole du Târnave. Ici, l’influence de l’empire austro-hongrois, qui a longtemps occupé la région, se reflète dans la nourriture et le vin. Le plus grand producteur de Roumanie, Jidvei (2500 hectares de vignes, 14 millions de bouteilles vendues dans le monde), s’y trouve et on peut visiter non seulement ce vignoble, mais aussi son château du XVIe siècle, Bethlen-Haller. Claudiu Necsulescu et sa femme ont acquis les deux en 1999, ils étaient alors dans la trentaine. Ils ont fait ensuite la connaissance du plus vieux vigneron du pays, Iona Buia, 75 ans.

Depuis 1972, Buia élabore des vins blancs faits à partir de sauvignon, de traminer, de riesling, de chardonnay et aussi de cépages locaux. Grâce à des investissements faits récents dans des équipements de pointe (dont un tout nouveau chai à système gravitationnel), Buia peut créer de petits chefs-d’œuvre.

Bientôt, il cédera sa place aux jeunes, mais avant, il nous a régalés de plats régionaux servis au restaurant du château, comme la ciorbă claire à l’estragon et les schnitzels de poulet accompagnés de deux de ses cuvées fétiches : « Jidvei », un mousseux fait à partir de fetească regală en méthode traditionnelle, et « Maria », du nom de la fille de Claudiu, un assemblage de fetească albă et de pinot gris qui a l’élégance des vins d’Autriche. Le repas s’est terminé, comme la tradition le veut, par un verre de pălinca, une eau-de-vie de prunes, pris en trinquant avec un Noroc ! (« À votre santé ! ») bien senti.

Moldavie : une nouvelle ère

La ville d’Iași est le centre culturel et économique de la région. En dépit de ses nombreux bâtiments austères, vestiges de l’ex-URSS, elle est résolument tournée vers l’avenir, façonnée par une jeunesse motivée. On y a fait la rencontre de Marian Olteanu, trentenaire, à la tête du vignoble Gramma.

Il y a une dizaine d’années, Marian choisit de se lancer dans le vin avec son ami Mihai Cristian Focea, diplômé en œnologie. Un marketing audacieux, des étiquettes remarquables et surtout des vins uniques lui valent vite la consécration. Le magazine Forbes lui consacre, en 2016, un article élogieux. Son vin d’aligoté, un cépage qu’il est probablement le seul à avoir osé planter en Roumanie, est une merveille.

Dans la foulée, Marian commence à développer le côté œnotouristique au vignoble. Gramma signifie « conversation », et les vins n’ont pas fini de faire jaser !

À 45 km de là, à Bilovari, le béton et le bitume laissent leur place à un paysage parsemé de vallons et de plaines ocrés. C’est là que l’amie de Marian, Loredana Lungu, dirige le vignoble Crama Hermeziu fondé en 2006 par son père. Sur le domaine poussent, en plus des vignes, des légumes et des arbres fruitiers, et on y élève cochons, poules, moutons, lapins et même des autruches.

Dans le restaurant de leur hôtel, on cuisine les produits bios de la ferme dans un style Balkan : ragoûts de viande (tochitură) servis avec de la mămăligă (polenta) et un œuf miroir, ainsi que du cașcaval (fromage de brebis), accompagnés des vins du vignoble à facture plutôt classique. Après 7 ans de travail auprès de son père, la jeune femme lui a proposé d’élargir ses horizons.

Fréquentant les bars branchés d’Iaşi, ses expériences la font miser sur les rosés et les vins pétillants avec emballages et noms séduisants pour la jeunesse roumaine. « C’est soir », « Madame Bleue » et « Mademoiselle Rosée » voient le jour et font vite fureur.

 
Photo: Marie-Claude Di Lillo Cave et cellier datant du XVIIIe siècle à visiter au vignoble de Cotnari.

L’innovation a également touché l’historique commun de Cotnari, où se trouve un vignoble du même nom. Deuxième en importance au pays avec ses 1750 hectares, on y fait depuis le XVIIIe siècle du vin blanc doux élaboré avec des cépages uniques à la région : le grasă de Cotnari, le frâncusă ou le busuiocă de Bohotin, devenus des DOC protégés. Dans ce lieu rural tapissé de petites chaumières, le chai détonne avec le reste du paysage par ses couleurs et son style architectural des années 1970.

Depuis 2007, un vent de changement souffle, car la descendance a décidé, pour la première fois de l’histoire de cette commune, de planter 75 hectares de cépages rouges. Les premiers millésimes (2011) sont déjà très prometteurs et ont fait leur entrée officielle dans la DOC Cotnari. Sur leur lancée, les jeunes propriétaires ont commencé à ériger un hôtel dans un bâtiment bicentenaire. Bientôt, ils seront prêts à accueillir leurs premiers logeurs et à organiser des visites guidées.

Bucarest : visite gastronomique

De retour dans la capitale, on assiste à l’émergence d’une cuisine moderne et raffinée. Kaiamo, ouvert depuis un an, fait déjà accourir une faune en quête de nouveautés. Le chef propriétaire, Radu Ionescu, n’a pas même trente ans. Il a travaillé pendant sept ans à Londres dans les meilleurs restaurants.

 
Photo: Marie-Claude Di Lillo La «ciorbă», une soupe acide à base de blé fermenté avec chou et boulettes de viande, au gîte Farma Dacilor.

Revenu au pays avec sa conjointe, il a voulu ouvrir un établissement mettant en valeur les plats de son enfance ainsi que les produits locaux. Son interprétation de la cuisine roumaine est étonnante, à preuve ses sarmalé version cuisine moléculaire. Pas moins de 170 vins, dont la plupart roumains, se retrouvent sur la carte. Le jeune couple croit que la qualité des vins du pays est aujourd’hui indéniable et qu’il faut les faire découvrir.

Quelques agences commencent à organiser des circuits œnotouristiques : https://www.voyageursdumonde.ca/voyage-sur-mesure/recherche-voyage/voyage-roumanie.

 

Santé !

Pour ceux qui aimeraient découvrir la diversité des vins de ce pays, le dimanche 3 novembre, de 14 h à 19 h, se tiendra le Salon des vins roumains à la galerie Lounge TD du Quartier des spectacles.