«Ahlan bi Loubnan!»: bienvenue au Liban!

À une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth et de ses gratte-ciel, Jounieh déploie ses charmes autour d’une baie sereine, sans doute la plus belle du monde après celle de Rio de Janeiro.
Photo: Antoine Char À une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth et de ses gratte-ciel, Jounieh déploie ses charmes autour d’une baie sereine, sans doute la plus belle du monde après celle de Rio de Janeiro.

Elle tend timidement les bras à la baie de Jounieh et baisse les yeux sur les eaux turquoise de la Méditerranée. Perchée là-haut dans la montagne, la statue immaculée de la Vierge se laisse approcher par téléphérique, non loin de villages blottis entre ciel et terre, du clair-obscur des grottes de Jeïta et de la mythique cité de Byblos. « Ahlan bi Loubnan ! »

Oui, « bienvenue au Liban », où l’accueil est partout chaleureux. Grand comme un mouchoir de poche, l’ancienne Phénicie peut se parcourir d’un seul trait. Mais pourquoi ne pas couper les ailes au temps et se laisser charmer par la lenteur orientale, l’insouciance et la bonne humeur légendaires des habitants du pays du Cèdre ?

Les charmes de Jounieh

À une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth et de ses gratte-ciel côtoyant çà et là des immeubles fantomatiques éventrés par la guerre civile (1975-1990), Jounieh déploie ses charmes autour d’une baie sereine, sans doute la plus belle du monde après celle de Rio de Janeiro.

Tout en haut se cache un pont romain doublement millénaire à arche unique surplombant la rivière de Ghazir. Plus bas se dresse le clinquant Casino du Liban. Depuis 1959, il accueille les joueurs avec les bruits de ses machines à sous, le silence de ses tapis verts et… la plus grande roulette du monde.

« Le chemin du paradis »

Sur l’une des montagnes surplombant le petit golfe se dresse Notre-Dame du Liban, protectrice de la minorité chrétienne qui y voit le symbole de la mère veillant sur ses enfants.

Des téléphériques colorés en forme d’œuf vous y conduisent en une quinzaine de minutes. Si vous êtes en condition optimale, vous pouvez grimper les 650 mètres en 2 heures par le sentier Darb el Sama (le chemin du paradis) qui vous conduira aussi au couvent Saint-Georges, fondé en 1718.

Une fois au sommet, la vue est à couper le souffle, même si la poussée immobilière dénature le panorama.

Les grottes de Jeïta

À quelques encablures de Jounieh se cache une perle de la nature : Jeïta et ses deux grottes, dont l’une est baignée par une rivière alimentant Beyrouth en eau potable. Un petit bateau à propulsion électrique vous permet de la traverser dans un silence de cathédrale, non loin d’énormes fleurs de pierre roses et blanches. Les stalactites — la plus longue du monde s’y trouve, avec ses 8,2 mètres — et stalagmites montrent leurs arabesques aux teintes vermillon et coquille d’œuf dans la galerie supérieure, longue de 9 kilomètres.

Photo: Antoine Char Joueurs de tric-trac (backgammon) à Beit-Chabab: «Ô temps suspends ton vol?!»

En 2011, Jeïta, qu’on ne peut pas photographier, a failli être retenue parmi les sept nouvelles merveilles de la nature et les Libanais ne comprennent toujours pas comment elle n’a pas été choisie. « Elle a tout pour l’être », regrette Elias, qui pilote depuis 12 ans l’un des bateaux de la grotte inférieure.

Byblos, bible, bibliothèque…

En sortant des grottes, vous prenez un taxi, toujours en marchandant si vous voulez qu’on vous respecte, vers Byblos — l’une des plus vieilles villes du monde avec ses tombeaux phéniciens, ses colonnades antiques, son petit théâtre romain, ses remparts médiévaux, son château des croisés et donjon bien conservés, son église romane, Saint-Jean-Marc, édifiée au XIIe siècle, et son souk, où se trouve Pierre Abi Saad, qui vous accueille avec des centaines de fossiles de poissons, de poulpes et de crevettes vieux de 100 millions d’années.

« Lors de votre prochaine visite au Liban, je vous emmènerai à la pêche aux fossiles », lance-t-il avec passion. Une invitation faite à tous ses clients. Votre fossile en main, vous vous dirigez vers le petit port et ses nombreux restaurants aux terrasses ombragées pour mieux savourer des mezze de toutes sortes — ces petits plats libanais qui ont fait le tour du monde.

Inscrite depuis 1984 au patrimoine mondial de l’UNESCO, Byblos (Jbeil en arabe) serait à l’origine des mots bible, bibliothèque, bibliophile et bibliographie. Pas mal pour une seule ville.

Lamartine à Beit-Chabab

C’est un village où les maisons de pierre blanche et de tuiles rouges s’enchevêtrent, non loin d’oliviers centenaires et de bougainvilliers multicolores. Un village parmi les centaines fourmillant dans des montagnes majestueuses, austères, aux sommets enneigés, plongeant dans la Méditerranée. Un village à l’abri des klaxons de Beyrouth, proche du ciel : Beit-Chabab.

Lamartine y a passé une nuit ou deux, ou trois peut-être. Est-ce là qu’il composa Chœur des cèdres du Liban ? Sans doute pas, mais son « Ô temps, suspends ton vol ! » plane en permanence sur le village.

Beit-Chabab compte 8000 âmes et 14 églises, dont la plus ancienne date du XVIIIe siècle. Pas étonnant que le village soit réputé pour la fonte de cloches, artisanat introduit au Liban par un maître fondeur russe… en 1700.

« Chaque famille a pratiquement son église », dit fièrement Sami Toubia, propriétaire d’une maison bicentenaire qu’il vous fera visiter, non loin des poteries de Fawzi Fakhoury. « Mon métier va s’éteindre avec moi », dit celui-ci tristement, au milieu d’amphores servant à stocker l’huile et l’arak, cette boisson anisée, proche du pastis ou de l’ouzo, dont raffolent les Libanais.

Beyrouth, Beirut

Situés jamais trop loin de Beyrouth et de sa moiteur, bon nombre de villages, souvent nichés dans des vallées fertiles, vous plongeront tantôt en Provence, tantôt en Californie, « mais avec 5000 ans d’histoire », vous répéteront les Libanais en arabe, en français et en anglais. La capitale, elle, renaît tous les jours un peu plus de ses cendres. Elle serait aujourd’hui l’une des plus festives du monde : la nuit ne s’y arrête jamais.

Non loin des clubs à la mode haut perchés dans des gratte-ciel ou sur la rue Badaro, avec ses grosses cylindrées à gogo, se trouve le Musée national. Vous y attendent la plus grande collection de sarcophages anthropoïdes (à visage humain) du monde, sculptés dans le marbre 300 ans avant Jésus-Christ, et, bien sûr, toute l’histoire de la Phénicie.

Tout à côté se trouve le Mim, l’un des plus grands musées de minéraux au monde, contenant un diamant de… 328 carats.

Un joyau à redécouvrir, le Liban.

Souvenirs d’une Montréalaise au Liban en famille

Le Liban reste pour moi un pays de contrastes : contraste entre l’intensité très, très urbaine de la grande ville de Beyrouth et la majestueuse nature des montagnes. Contraste aussi entre les mondes musulmans et chrétiens (et toutes leurs déclinaisons !) qui se côtoient, cohabitent et (peut-être, je n’en suis pas certaine) se rencontrent. Quelle belle symbolique que ces cathédrales et mosquées qui partagent un même terrain ! Contraste aussi entre le caractère très moderne, voire « occidental », du Liban et les traces d’histoire qui remontent à 6000 ans av. J.-C. Partout, nous avons été reçus en visiteurs (et presque jamais en « touristes ») et jamais (malgré quelques appréhensions avant le départ) nous n’avons ressenti d’insécurité là-bas.

Caterine Bourassa-Dansereau