L’Acropole-des-Draveurs en défi familial

L’Acropole-des-draveurs. À 1048 mètres d’altitude, le sommet surplombe la chaîne de montagnes des Laurentides.
Photo: Mélanie Robitaille L’Acropole-des-draveurs. À 1048 mètres d’altitude, le sommet surplombe la chaîne de montagnes des Laurentides.

Serions-nous audacieux au point de nous aventurer avec des enfants au sentier de l’Acropole-des-Draveurs dansCharlevoix ?

À 1048 mètres d’altitude, le sommet surplombe la chaîne de montagnes des Laurentides. Classée difficile, cette randonnée vedette du parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie représente un défi pour toutes jambes, grandes ou petites. En zieutant la liste des sentiers dans le guide de la SEPAQ, nous comprenons d’emblée que l’Acropole est loin d’être classé « Expérience famille », soit des balades de moins d’un kilomètre.

D’accord, nous sortons des sentiers battus en planifiant l’Acropole avec les fillettes, une expédition de 11,2 km, pour un temps estimé de 4 à 6 heures. Mais avec des enfants de 8 à 10 ans habitués au plein air, nous sommes prêts à tenter le coup. Et, avouons-le, il nous tarde de vivre en famille la joie des « vraies » randonnées, plus compliquées à programmer depuis l’arrivée des marmots.

Les deux premiers kilomètres du sentier sont les plus ardus : 600 mètres de dénivelé sur le total d’environ 800 mètres. Puisque c’est un sentier aller-retour, la fin de la descente demande de l’attention et une réserve d’énergie au moment où la fatigue guette.

Nous planifions notre sortie avec une autre famille du même acabit. Nous jumelons la randonnée avec du camping. Stratégiquement choisi, le camping du Pin-blanc nous permet de dormir au pied du sentier de l’Acropole. Sinon, il faut compter 162 km pour rallier le parc de Québec, et 414 km de Montréal. Pour les journaliers, des navettes desservent le départ du sentier et plusieurs autres points du parc.

Lors de notre arrivée, en soirée, notre rythme prend d’emblée celui du parc grâce à un porc-épic ! « Bienvenue dans la grande nature », nous fait-il comprendre en se dandinant nonchalamment devant la voiture. Il nous rappelle que nous sommes d’humbles visiteurs dans son domaine.

Message reçu.

Au camping, nous profitons du ciel étoilé aux abords de la rivière. Quel spectacle ! Il n’y a que dans ces vastitudes, loin de toute civilisation, que les citadins que nous sommes en voient autant. Presque oppressantes, les étoiles fusent de partout tant et si bien que nous peinons à trouver la Grande Ourse ! Puis, nous dormons au son de la rivière, à l’air frais : le bonheur.

Au matin, voilà que deux orignaux, un mâle et une femelle, traversent la rivière vers nos sites de camping. Yeux exorbités, nous nous pinçons. Ils passent tout près et broutent plus loin dans la forêt.

Quel moment ! Élégants et calmes, ils restent un temps puis s’engouffrent dans la végétation.

Au babillard du camping, on nous invite à inscrire nos observations fauniques. Au-dessus de notre porc-épic et de nos orignaux, nous lisons « mulettes », ces moules indigènes justement très nombreuses dans la rivière. Il y a aussi : renard roux, dindon sauvage, castor, ours noir, plongeon huard, écureuil roux, couleuvre, lièvre, grand héron, porc-épic et yéti. Yéti ?

Le plat de résistance de notre escapade sera pour la deuxième journée complète, ce premier jour étant consacré à une petite mise en bouche composée de vélo, d’une petite rando et d’une croisière en bateau-mouche.

Nous partons donc en pédalant gaiement du camping pour atteindre le centre de services du Draveur et voir le barrage — celui-là même dont la réfection a nécessité la fermeture du parc en 2014.

C’est un très beau centre avec une boutique et un service alimentaire avec produits de Charlevoix. Les enfants repèrent immédiatement le congélateur à friandises glacées. Nous promettons d’y revenir au retour du sentier demain.

Aux extrémités du barrage, des abris présentent d’intéressantes photos d’archives sur la drave — qui ne s’est terminée qu’en 1987 ! — et sur le barrage, maintes fois éprouvé par des sursauts de la nature. Nous traversons la rivière Malbaie par le barrage et nous grimpons jusqu’au belvédère. Nous prenons alors la mesure du sommet auquel nous nous mesurerons le lendemain.

Ouf ! La falaise abrupte en impose. La vallée, majestueuse, s’étire à notre gauche et à notre droite. Le moment présent nous imprègne. Pour y aider, aucun signal cellulaire ne se rend dans cette enclave.

Paysages époustouflants

Nous partons ensuite à vélo le long de la rivière sur le sentier de gravier. La location de vélos est possible, tout comme la location de kayaks, de canots et autres. Les ondulations du sentier nous donnent à voir d’autres paysages époustouflants.

Nous descendons de nos bécanes à la Pointe-aux-Inukshuks pour profiter de la vue. Ensuite, hop sur le bateau-mouche pour une croisière instructive, animée par une guide-naturaliste. Pendant l’heure, nous en apprenons sur la flore, la faune terrestre et aquatique, la géologie, l’histoire de la drave Le grand jour arrive. Nous nous élançons tôt, avec des réserves de bouffe et d’eau considérables, et la trousse de premiers soins.

Une affiche nous rappelle que nous sommes responsables de notre sécurité et que les sauvetages seront facturés. C’est dit.

Les enfants courent presque devant nous. Les escaliers de pierre, naturels mais surtout aménagés, ne ralentissent pas leur enthousiasme. Parfois, quelques plaintes s’élèvent : « J’ai mal aux jambes ! » À quoi nous répondons : « Nous aussi ! » Ça brûle, c’est sûr. Nous progressons avec constance. Les mètres passent, nous avalons les marches, et nous voilà à un point de vue. Si hauts déjà ? « Wow ! » Une gorgée et une collation, et nous continuons.

Le ronron des autobus successifs au bas de la montagne se fait entendre. Puis, des séries de personnes nous atteignent et nous dépassent. Un prélude à ce que nous vivrons pour le reste de la journée.

Souvent, nous devrons nous arrêter pour laisser passer ceux qui arrivent derrière. C’est la rançon de la gloire pour l’Acropole : une grande affluence de randonneurs. À la descente, ils passent parfois en courant. Ça altère l’expérience.

La partie très exigeante est terminée. Les autres kilomètres se passent bien et le premier des trois sommets s’offre à nous. « C’est mirifique ! » lance l’une des filles. Après avoir mis notre coupe-vent, nous décidons de pousser jusqu’au deuxième sommet pour dîner, quelques centaines de mètres plus loin. À l’abri du vent derrière un rocher, nous regardons le dessus plat des Laurentides érodées qui se perdent dans l’infini.

Un mot qui vient, gang ? Plénitude. Fabuleux. Extraordinaire. Heureuse. Harmonie. Puant. Ah oui, il y a ça aussi !

La flore arctique alpine si délicate et particulière nous entoure. Véritables bonsaïs naturels, les conifères affrontent ici de très rudes conditions de croissance.

Même les lichens poussent dans le sens du vent ! Le parc offre une diversité exceptionnelle de climats et de végétations.

Les cordelettes rappellent aux visiteurs de respecter les limites de la réserve écologique des Grands-Ormes, qui protège à l’état naturel 7 km2 de la montagne des Érables où nous sommes.

Après avoir absorbé les panoramas des yeux et reposé un peu nos carrosseries, nous entamons la descente, dont la durée est presque aussi longue que la montée. Il faut du contrôle pour protéger genoux et chevilles.

La lumière de l’après-midi filtre à travers les conifères. Elle s’accroche gracieusement sur leurs petites branches dénudées en fine dentelle boréale. Ça sent le champignon. Ça sent la résine. Ça sent l’humus. C’est magnifique.

Dans la journée, nous aurons croisé peu d’autres familles. Au retour, nous sommes fiers et impressionnés de l’exploit des rejetons. Et alors, les filles, c’était comment cette randonnée ? Entre deux lichettes de leur friandise glacée, elles répondent : « Fastoche ! »

Conditions gagnantes pour une rando costaude avec des enfants

Rassembler des enfants de capacités semblables pour assurer l’effet de groupe. Présenter d’avance le défi aux enfants et les motiver positivement. La veille, manger du spaghetti et se coucher tôt. Au déjeuner, manger du gruau et des protéines. Dormir près du départ du sentier pour commencer tôt, ne pas se sentir pressé et avoir le temps de profiter du sommet. Prévoir des collations physiques (boules d’énergie, noix, fruits séchés), des collations psychologiques (jujubes et gâteries inhabituelles) et beaucoup d’eau. Privilégier autant que possible une journée à la météo favorable. Prévoir des vêtements pour le vent froid du sommet et la pluie. Porter des bottes ou des chaussures de montagne. Garder les enfants regroupés et alterner le ou la chef de file. Faire fréquemment de petites pauses pour l’eau et les collations. Les encourager souvent et garder l’ambiance positive !