Au gré du vent à Essaouira

Essaouira relie le Maroc à l’Afrique subsaharienne, à l’Europe et au reste du monde.
Photo: Catherine Lefebvre Essaouira relie le Maroc à l’Afrique subsaharienne, à l’Europe et au reste du monde.

Les doux réveils à Essaouira ont une mélodie singulière. De la fenêtre de notre chambre, nous entendons les vagues se fracasser sur les rochers hérissés longeant les remparts de la médina. Les goélands guettent avec appétit l’arrivée des premiers pêcheurs au port tout près. Et il y a le bruit du vent qui souffle sans cesse sur la ville.

Souvenirs de Mogador

Située à 175 kilomètres au nord d’Agadir — station balnéaire bien connue des adeptes de formule tout compris —, Essaouira illustre bien l’architecture des villes fortifiées du XVIIIe siècle. Jadis appelée Mogador, provenant du mot phénicien migdol, signifiant justement « petite forteresse », la médina d’Essaouira compte de nombreux commerces qui y font encore référence aujourd’hui.

À travers les époques, son emplacement en fait aussi une ville d’importance, reliant le Maroc à l’Afrique subsaharienne, à l’Europe et au reste du monde. Si bien qu’en 2001, sa médina est reconnue au Patrimoine de l’UNESCO. Ses rues, étroites et ramifiées, se sillonnent comme toute bonne médina, aléatoirement. De plus petite taille que Marrakech, par exemple, il est beaucoup plus facile de s’y retrouver. La courte marche entre la station d’autobus et notre hôtel — les voitures sont interdites dans la médina — nous permet de prendre son pouls, son rythme et de savourer l’ambiance.

Salut Maroc !

Devant les remparts donnant sur l’océan se trouve un hôtel-boutique unique. La propriétaire, Helen Howat, designer d’intérieur d’origine anglaise, a consacré cinq ans de dur labeur afin de réaliser ce projet hôtelier ambitieux. C’est lors de vacances à Essaouira qu’elle constate à quel point elle s’y sent bien. Et un jour, tandis qu’elle aperçoit un rayon de soleil se poser magnifiquement sur ce qui semble être une simple ruine, elle a une épiphanie. « J’ai eu envie de redonner vie à cet espace en le convertissant en un hôtel-boutique pour mettre en valeur l’artisanat des quatre coins du Maroc », raconte-t-elle. Or, le nom Salut Maroc ! semble tout à fait approprié.

 
Photo: Catherine Lefebvre La salle à manger multicolore de l’hôtel Salut Maroc!

La médina étant reconnue à l’UNESCO, la restauration de ce riad — maison traditionnelle marocaine comprenant un jardin intérieur et une fontaine — n’est pas chose simple. En plus de l’attente inévitable pour obtenir toutes les autorisations requises en vue d’entamer de telles rénovations, il faut aussi trouver les bons artisans pour réaliser la vision d’Helen Howat.

Puis, il faut aussi trouver une façon d’acheminer toutes ces pièces en plein cœur de la médina, uniquement accessible à pied, rappelons-le. « Les grandes baignoires de cuivre, chaque morceau de céramique, tous les meubles ont été transportés par brouette jusqu’ici », précise-t-elle. Ainsi, chaque chambre est unique et le décor est un heureux mélange d’orientalisme et de motifs arabes et berbères. On se croirait à la maison de vacances de la créatrice de mode Betsey Johnson tellement c’est coloré et éclectique ! Par moments, il est même apaisant de sortir prendre l’air pour apaiser nos yeux écarquillés.

Passion poisson

Comme les goélands, nous marchons jusqu’au port pour témoigner de l’arrivée des pêcheurs aux barques bleus, emblématiques à Essaouira. Pas de doute, la pêche a été bonne !

Tout près de la grande place sont installés de petits kiosques de grillades de poissons et de fruits de mer frais. Dès que les tenanciers nous voient arriver, ils nous interpellent vivement, tous en même temps, pour nous présenter leur menu en le criant haut et fort. Malgré leur approche un peu insistante, c’est une façon plutôt sympathique de goûter à la pêche locale.

Essaouira est aussi l’endroit parfait pour déguster les fameuses pastillas, un feuilleté farci de viande, de volaille ou de fruits de mer, d’oignons, d’œuf cuit dur, d’amandes et d’herbes fraîches, puis parfumées à la cannelle. Surtout à base de poissons et de fruits de mer ici, le restaurant M’Riste Jouhar en prépare d’excellents.

Puis, un soir, nous avons envie d’une bonne table, de plats un peu plus raffinés. À quelques pas de Salut Maroc ! se trouve Umia, l’endroit parfait pour satisfaire notre appétit. Les plats sont composés d’ingrédients locaux, beaucoup de poissons et de fruits de mer donc, cuisinés avec finesse, comme ces crevettes accompagnées de fines tranches de concombres et de radis noir, ou alors ces calmars parfaitement grillés, accompagnés de légumes cuits à point, tout en fraîcheur. Et puis il y a le pain, fait maison selon une méthode traditionnelle en voie de disparition par l’un des derniers boulangers à l’utiliser. Seul hic, il manque de vins marocains sur la carte. Mais nous avons un plan B pour cela.

À boire et à manger bio

La culture du vin marocain remonte à l’arrivée des Phéniciens. La majeure partie de la production se concentre dans les environs de Volubilis, actuellement Meknès, dans le nord-ouest du Maroc, où le climat est plus propice à la viniculture.

Curieusement, c’est à Ounagha, tout près d’Essaouira, que se situe le seul vignoble biologique du Maroc, le Domaine du Val d’Argan. Il est tenu par le vigneron français Charles Melia, originaire de la région de Châteauneuf-du-Pape, qui y produit du vin marocain depuis 25 ans.

 
Photo: Catherine Lefebvre L’assortiment de salades marocaines, d’olives et de pain frais qui accompagne les vins bios marocains du Domaine du Val d’Argan.

Sur place en début d’après-midi, nous passons à table d’abord. Le concept est simple et particulièrement alléchant : un menu dégustation et quatre vins de la maison à volonté pour la modique somme de 330 dirhams (45 $) par personne. De la salle à manger, nous avons une vue imprenable sur les vignes, les oliviers et les arganiers du domaine. Tout près, un jardin est aussi cultivé pour garnir les plats de fruits et légumes archi frais. L’assortiment de salades marocaines, d’olives et de pain frais nous donne envie d’y passer l’après-midi à grignoter un peu de tout, en sirotant le succulent jus de fruits de leurs récoltes.

À notre départ, nous prenons quelques bouteilles à la boutique. Nous les dégusterons doucement pour nous rappeler le rythme des vacances en bord de mer, à nous laisser bercer au son des vagues.