Monts et merveilles au Yukon

Il n’y a pas d’or dans les monts Tombstone. Si c’était le cas, qui sait de quoi aurait l’air aujourd’hui ce territoire?
Photo: Nathalie Schneider Il n’y a pas d’or dans les monts Tombstone. Si c’était le cas, qui sait de quoi aurait l’air aujourd’hui ce territoire?

Il a l’air d’une petite tache oubliée au centre de la vallée du Klondike, autant dire au milieu de nulle part : rien autour du parc territorial des monts Tombstone si ce n’est Dawson, la plus mythique des villes du Yukon. Celle-ci a conservé ses fameux trottoirs de bois, lesquels lui donnent un petit air de Far West, et des danseuses coiffées de plumes se produisent chaque soir au Bombay Peggies, l’ancien bordel de la ruée vers l’or reconverti en cabaret. Si Dawson est toujours aussi tendance, ce ne sont plus les prospecteurs qui y affluent, comme en 1897, mais les touristes, canadiens et européens surtout, cédant à une nouvelle forme d’attaque fiévreuse.

Il n’y a pas d’or dans les monts Tombstone, et c’est tant mieux. Si les prospecteurs en avaient trouvé quelques traces, qui sait de quoi aurait l’air aujourd’hui ce territoire exceptionnel ? Sans doute serait-il, comme les environs de Dawson, défiguré par une exploration méthodique : tranchées de rocailles striées comme un jardin zen aride à force d’excavation.

Au royaume du backcountry

Rien de tel aux monts Tombstone : 2200 km2 de forêt boréale et de toundra alpine, nés voilà 92 millions d’années et sculptés par le pergélisol. Le royaume du grizzli — on en compte trois par Yukonnais — et la terre ancestrale des Tr’ondëk Hwëch’in, derniers dépositaires de la langue hän. D’ailleurs, ces autochtones possèdent leur propre autonomie de gestion territoriale et participent à des programmes d’observation des changements climatiques en partenariat avec des laboratoires scientifiques, notamment sur les populations de caribous, de chevaux sauvages ou, encore, de loups arctiques.

En cette mi-août, un front froid particulièrement précoce a blanchi les sommets du massif Ogilvie qui culmine à 2362 m, et sur l’étrange silhouette acérée du pic Monolith. De son sommet, on s’offre une vue dégagée sur la Tombstone range puis sur la Cloudy range au loin. La succession de crêtes taillées au couteau surplombe de vastes vallées glaciaires. Un paysage qu’on ne peut admirer sans se sentir démesurément… petit. Quant aux sentiers, ils sont offerts en milieu boréal, notamment celui qui mène au Grizzli Lake avec une portion de 6 km grimpant vers un autre point de vue fulgurant.

Photo: Nathalie Schneider

Sitôt qu’on entre dans la zone subarctique, c’est le hors-piste qui domine. Et il donne accès partout. À savoir cependant, ce territoire rude se mérite au prix d’une marche alourdie par plus d’un obstacle : un tapis de lichen gorgé d’eau où l’on enfonce le pied, des ronces parfois impénétrables et des flancs de montagnes abrupts recouverts de fine roche compliquant l’ascension (comme sur le Glissade Pass). Les monts Tombstone ne sont conçus pas pour n’importe quelles bottes de rando !

Sauvage et accessible

C’est la Dempster Highway qui sert d’épine dorsale au massif des monts Tombstone. Sur cette route mythique, qui pousse jusqu’à Inuvik, aux Territoires du Nord-Ouest, il n’est pas rare de croiser ours, orignaux ou caribous. On y voit des randonneurs qui veulent accéder au départ des sentiers de randonnée ou se rendre au Centre d’interprétation pour y glaner des infos pratiques. Outre des panneaux d’interprétation sur le parc, on y trouve une bibliothèque complète sur l’écosystème et l’histoire du massif. Et puis la Dempster fait partir des itinéraires privilégiés des amateurs de road trip, qui traversent le Yukon et l’Alaska à bord de campeurs tout équipés.

Enfin, la Dempster donne accès au camping du Mont Tombstone. Pour les emplacements rustiques dans les secteurs de Grizzli Lake, Divide Lake et Talus Lake, il faut allonger le pas en longue randonnée. Là, on est sûr de ne croiser personne, pas même un chat (tout au plus un lynx !) et de s’offrir le spectacle des aurores boréales comme attraction nocturne — par ciel dégagé. Foi d’« aurorophile », celles qui déchirent le ciel du Yukon en été sont tout simplement inoubliables.

De la magie pure.

Des écrivains à Dawson

« I came to Klondike to find gold. That’s here I found myself. » (Je suis venu au Klondike pour trouver de l’or. C’est ici que je me suis trouvé.) Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Jack London en personne, l’écrivain, aventurier et chercheur d’or qui passera près d’un an dans une cabane d’Anderson Creek, à 75 miles au sud de Dawson, dès 1897. Il s’y rend au prix d’une longue marche harassante sur la Chilcoot Trail, le sentier des prospecteurs en quête de fortune. À 21 ans, il fait l’expérience du froid intense (70 degrés au-dessous de zéro), dont il s’inspirera plus tard dans ses récits sur le Grand Nord (L’appel de la forêt, Construire un feu). C’est le scorbut qui poussera l’écrivain à troquer le Klondike pour la Californie et y poursuivre son oeuvre littéraire.

 

La ruée vers l’or du Yukon a été également portée par la voix de Robert W. Service, poète très lu au XXe siècle, qui abandonne sa cabane en 1912 après y avoir passé cinq années. Cabane devenue très vite un lieu de pèlerinage. Son recueil L’appel du Yukon est le plus emblématique à cet égard.

 

Enfin, fils d’un chercheur d’or, né à Whitehorse, l’écrivain journaliste Pierre Berton a passé une grande partie de sa vie à Dawson. On lui doit de nombreux essais, dont Klondike, publié en 1958. Il anime aussi plusieurs émissions télé d’affaires publiques et d’histoire. Son ancienne cabane de Dawson sert aujourd’hui de résidence d’auteur grâce à la Klondike Visitors Association.


Infos pratiques

Pour parfaire sa visite de Dawson, on ne passe pas à côté du centre culturel Dänojà Zho pour tout apprendre sur l’histoire des Tr’ondëk Hwëch’in avant et après la ruée vers l’or. Pour tout comprendre sur le procédé d’exploitation des mines, il faut faire une visite guidée de la drague No4, lieu historique national, où étaient produits 50 kilos d’or par semaine à partir de 1912. Enfin, un arrêt à Carcross s’impose : cette communauté fusionne écologie, médecine par les plantes et création artistique ). Info sur le parc territorial des monts Tombstone : env.gov.yk.ca. Yukon Tourism and Culture : travelyukon.com.