Texas, côté petites villes

Le Dixie Dude Ranch accueille des touristes depuis… 1937.
Photo: Carolyne Parent Le Dixie Dude Ranch accueille des touristes depuis… 1937.

Au Wimberley Cafe, deux coquettes n’hésitent pas à s’approcher de notre table et à complimenter une collègue pour son brushing un rien bouffant. Puis arrive un fier cowboy arborant son Stetson du dimanche. Nous piquons une jasette et le voilà qui s’inquiète de l’absence d’un diamant à mon annulaire gauche. Rapplique ensuite le nouveau chef cuisinier de cette vénérable institution, qui confie avoir essuyé de virulentes critiques de la part de certains clients pour avoir garni leurs omelettes de coriandre.

Non, ce n’est pas l’entrée en matière d’un lunch Meurtre et mystère ; il s’agit simplement d’un vendredi midi ordinaire dans un boui-boui particulièrement sympa de Wimberley.

M’est avis que les patelins de ce genre, situés hors de ces sentiers battus que plus personne ne veut emprunter, sont promis à un bel avenir touristique. Une obsession planétaire pour l’« expérience locale » ; un désintérêt amorcé pour les destinations surfréquentées ; un engouement croissant pour les villes dites secondaires, né en partie du fait que les compagnies aériennes à bas prix utilisent leurs aéroports : plusieurs indices laissent en effet entrevoir la revanche de la « petite ville vraie ».

Toujours est-il qu’au Texas, où nous étions de passage en mai dernier à l’invitation de l’office du tourisme, notre tournée a boudé Houston et Dallas au profit des bourgades du Hill Country.

L’art, marque de commerce

C’est une région faite de collines, qui ondoient au centre de l’État, grosso modo entre sa capitale, Austin, à l’est, et San Antonio, au sud-ouest. Aux beaux jours, des rivières de fleurettes multicolores, dont un fameux lupin appelé Bluebonnet, se faufilent entre chênes verts et pacaniers, enserrent les routes et composent à perte de vue un panorama à la Seurat. C’est du plus bel effet ! C’est aussi le résultat d’une politique d’État d’embellissement de l’environnement, que l’épouse de Lyndon B. Johnson, Claudia Taylor, surnommée Lady Bird, a inspirée, m’expliquera plus tard un guide-naturaliste.

 
Photo: Carolyne Parent Le parc d’État Enchanted Rock

Située à une heure de route de San Antonio, à la jonction de la rivière Blanco et de la Cypress Creek, Wimberley la pittoresque a obtenu le statut de district culturel du Texas en raison du grand nombre d’artistes qui y vivent et y travaillent. L’un d’eux, Tim de Jong, natif de Saskatoon, est « tombé en amour » avec la région il y a près de 30 ans. Le souffleur de verre y opère depuis le Wimberley Glassworks, où chaque année quelque 28 000 visiteurs assistent à une démonstration de son art.

D’autres belles galeries, telle Pitzer’s Fine Arts, bordent la Ranch Road 12, de même que 50 bottes de cowboy surdimensionnées, œuvres d’autant d’artistes peintres de la région. « En 2014, nous avons lancé le projet Bootiful Wimberley pour dynamiser le tourisme culturel, et c’est un grand succès », dit Cathy Moreman, directrice générale de la Chambre de commerce. « La localité est bien connue des Texans, surtout des gens de Houston, qui y viennent en vacances depuis leur enfance ou s’y établissent à la retraite, poursuit-elle. Ce qui fait qu’on a ici un bon bassin de détenteurs de doctorats, qui apprécient l’art. »

Choisis ton ranch, dude

« Beverly Hills a son Rodeo Drive ; Bandera a son Dude Drive, et il nous mène droit au Dixie Dude Ranch, qui est le plus vieux ranch en activité sur les huit que nous ayons », lance Patricia Moore, l’inénarrable directrice générale du Bandera County Convention and Visitors Bureau.

Située, elle aussi, à une heure de route de San Antonio, Bandera (population : 900 âmes) est la capitale autoproclamée des cowboys, dont la vie est rythmée par les rodéos. À moins que ce ne soit par les soirées de boot scootin’danse en ligne) Chose certaine, pour s’intégrer au décor, rien de mieux que de loger dans un ranch.

Propriétaire actuel du Dixie, Clay Conoly souligne que le mot dude n’a pas toujours signifié « mec » : « À l’époque, ça désignait un type de la ville qui, une fois ici, tentait de se fondre dans la masse. »

L’époque en question étant celle de la Grande Dépression, dans les années 1930, tâter de l’agritourisme avant la lettre permettait aux éleveurs d’améliorer leur sort. Ce fut le cas du Dixie Dude Ranch, où on élève toujours des chevaux, des chèvres et du bétail longhorn tout en accueillant des touristes le temps d’une sortie à cheval, de repas pris à la bonne franquette et de quelques nuitées.

Quant au cœur de Bandera, il ressemble à un décor de film western. C’est d’ailleurs en cherchant le saloon que je suis tombée sur le plus vieux honky-tonk (salle de danse) du Texas : Arkey Blue’s Silver Dollar. Un escalier raide descend vers une pièce sombre. Du bran de scie couvre le sol dans la plus pure tradition « baresque » de l’Ouest. Un duo interprète des chansons country parlant d’amours « déçues ». Et l’heure est à la Lone Star, la bière de soif du cru.

Willkommen à Fredericksburg

Aujourd’hui un parc d’État, l’Enchanted Rock fut un haut lieu de spiritualité pour les Comanches. Ce fut aussi leur planque lorsque des colons allemands, fuyant la persécution religieuse chez eux, fondèrent Fredericksburg.

« Ils ont tiré de leurs fusils vers le ciel, raconte le guide naturaliste Russell Vowell, façon de dire aux Amérindiens “nous n’avons plus de munitions, vivons en paix”, et en 1847, ils ont signé un traité officialisant leur volonté de respect mutuel. Il est toujours en vigueur aujourd’hui, et il y a un monument qui le rappelle sur Marktplatz. »

Photo: Carolyne Parent Le Marketplatz de Fredericksburg

Avec son centre-ville bien préservé, ses maisons d’hôtes pleines de personnalité, ses magasins concepts chics, comme Vaudeville, ses biergarten et caves à vin, la localité a fière allure. Ce qui fait dire à Amanda Koone, directrice des communications au Convention and Visitors Bureau, que Fredericksburg est « le catalyseur d’un tourisme de l’authenticité dans la région ».

À proximité de la petite ville, le fameux parc est un lieu de randonnée étonnant, du fait que le dôme à gravir est un batholite, grosso modo le résultat d’une éruption volcanique avortée. De là-haut, on a une jolie vue sur le Hill Country, mais curieusement, on n’y apercevra que peu de vigne, même si la région compte une cinquantaine d’exploitations vinicoles. C’est que les raisins proviennent en grande partie des hautes plaines texanes, où ils profitent d’un meilleur climat, explique-t-on à la Narrow Path Winery.

Photo: Carolyne Parent

Chez Narrow Path, on propose des dégustations dans une salle qui ressemble à une galerie d’art ou en terrasse, avec vue sur mourvèdre. En sirotant des vins de viognier ou de tempranillo, ce que le Texas produit de meilleur, on n’aura qu’une pensée en tête : vive la p’tite ville !

Bons plans

Se loger, près de San Antonio, au Hyatt Hill Country Resort & Spa. Créé sur le site d’un ranch historique, ce domaine familial est doté de parcours de golf (27 trous), de plusieurs piscines et d’un cours d’eau sur lequel on se laisse dériver sur des chambres à air. De quoi se détendre entre deux excursions.

Manger impérativement chez Alamo BBQ Company à San Antonio. C’est l’équivalent de souper dans la cour de copains qui auraient engagé un groupe de musique et un pro du barbecue-fumoir pour l’occasion !

Renaître... à proximité d’Austin. Né il y a 25 ans en Arizona, le concept de séjour holistique Miraval vient d’arriver au Texas. Yoga, méditation, tir à l’arc, peinture sur cheval (vous avez bien lu), alimentation aussi saine que savoureuse : tout concourt à nous requinquer. À notre arrivée, on nous offre d’ailleurs un « sac de couchage » pour notre téléphone portable…

Renseignements
traveltexas.com,
texashillcountry.com,
wimberleyarts.org,
banderacowboycapital.com,
dixieduderanch.com,
visitfredericksburgtx.com,
tpwd.texas.gov/state-parks/enchanted-rock,
et narrowpathwinery.com.