Sur les pas des cathares

Homologué en 2014 par la Fédération française de randonnée pédestre, le GR 367 se fait en 12 étapes d’une vingtaine de kilomètres chacune.
Photo: Nathalie Schneider Homologué en 2014 par la Fédération française de randonnée pédestre, le GR 367 se fait en 12 étapes d’une vingtaine de kilomètres chacune.

Un sentier peut en cacher un autre. Surtout dans une région, comme l’Occitanie, où la présence humaine a façonné le territoire, dès l’âge de bronze, pour le rendre accessible. Au populaire chemin de Compostelle, on peut préférer l’isolement du sentier Cathare, 200 km courant, d’est en ouest, de la garrigue méditerranéenne aux pics enneigés des Pyrénées. Sur ce trait d’union entre vallée de l’Aude et forêts montagneuses de l’Ariège, on croise peu de randonneurs et tant de traces de l’histoire.

Celle des « Bonshommes », surtout, comme ils se désignent eux-mêmes du au XIIIe siècle. Ces catholiques veulent revenir aux préceptes de l’Évangile et à une vie plus proche de la nature que des fastes de l’Église de Rome. Une hérésie pour le royaume de France et pour le pape, qui lancent l’Inquisition à leurs trousses jusque dans les citadelles érigées sur la crête des montagnes : Aguilar, Lastours, Termes, Puilaurens, Quéribus, Peyrepertuse, Montségur et Roquefixade. Sous la protection du seigneur local, les cathares vivent dans le dénuement, sans église ni croix, et vont jusqu’à traduire l’Évangile en langue occitane pour que tous aient accès au Divin : aristocrates, agriculteurs et artisans.

Photo: Nathalie Schneider Montségur

Et parce que l’histoire est toujours racontée par les vainqueurs, c’est la dénomination « cathare » (hérétique en grec) qui est restée dans la mémoire collective pour désigner ces adeptes de l’indigence et de la non-violence. Un anachronisme en cette ère belliqueuse ! Les cathares occitans finiront sur le bûcher de l’Inquisition et les citadelles, rasées par les Croisés, seront reconstruites par le roi de France en bastions militaires pour défendre la frontière franco-espagnole officialisée avec le Traité des Pyrénées (1659).

Départ dans l’Aude

Homologué en 2014 par la Fédération française de randonnée pédestre, le GR 367 se fait en 12 étapes d’une vingtaine de kilomètres chacune. Dans le massif montagneux des Corbières, le sentier traverse les vignes qui poussent sur un sol rocailleux, entre des brassées d’acacias et des explosions de genets. La production de milliers d’hectares de vignobles, appellation d’origine protégée, est distribuée dans les coopératives viticoles de la région (Maury, Castelmaure).

Sur la crête calcaire se détache l’ombre d’Aguilar, l’« un des cinq fils de Carcassonne », ces forteresses bâties au XIIIe siècle pour défendre la frontière avec l’Aragon. Du bâtiment, il reste les remparts concentriques d’origine et d’imposantes constructions plus tardives, mais c’est surtout la vue sur 360 degrés qui en impose : du sommet où il est posé, entre chênes verts et genévriers épineux, le regard domine la plaine de Tuchan et les vignobles du Haut-Fitou.

 
Photo: Nathalie Schneider Sur la crête calcaire se détache l’ombre d’Aguilar, l’une des cinq forteresses bâties au XIIIe siècle pour défendre la frontière avec l’Aragon.

Par beau temps, on peut même apercevoir les crêtes enneigées du Canigou, le plus haut sommet des Pyrénées orientales (2784 m). Aguilar est l’une des huit « citadelles du vertige » en lice pour être classées au Patrimoine mondial de l’UNESCO avec la cité de Carcassonne. Tout comme Quéribus, la citadelle perchée au-dessus de Cucugnan, le village accroché à flanc de coteaux, ou encore Peyrepertuse, l’imposante « Carcassonne céleste » qui se gagne au prix d’une bonne marche verticale.

Sur les balcons de l’Ariège

Les trois dernières étapes du sentier se font dans un tout autre décor. Finies les broussailles et les vignes, bienvenue dans la haute montagne et ses forêts de hêtres et de sapins. Depuis les ruines du château de Roquefixade, c’est toute la chaîne des crêtes qui se dévoile vers l’ouest et le sud, les pics du massif de Tabe culminant à 2348 m, les vallées ponctuées de tarasconnaises, les brebis qui se délectent des pâturages d’altitude.

Pour relier le village de Montségur, surplombé par la plus illustre des anciennes cités cathares, il faut allonger le pas sur 17 km de hêtraies et d’épicéas. Il ne faut guère creuser pour trouver ici des traces de l’occupation humaine ; l’homme de Néandertal a vécu dans les grottes de Tuteil et de Caougno, tout près de là, il y a 80 000 ans. Mais ce sont les 200 ans de l’époque cathare qui éclipsent toutes les autres.

Chaque ruelle étroite de Montségur est hantée par l’héritage cathare, de l’Atelier d’archéologie artisanale, où l’on tisse selon des techniques du XIe siècle, au Musée historique et archéologique. Tout y célèbre la mémoire de ces quelques milliers de Bonshommes qui se réfugient au XIIIe siècle autour de la forteresse du seigneur Raimond de Péreille sur un piton à 1207 m au-dessus du village actuel.

Dans les années 1980 et 1990, le catharisme est l’objet des fantasmes les plus fous : l’Ordre du Temple solaire s’y rend en pèlerinage, prédisant que l’accès à la planète Sirius se ferait « à la façon des cathares ». Les adeptes de l’ésotérisme affluent durant le solstice d’été pour voir les rayons du soleil traverser le donjon de part en part. Les randonneurs qui veulent atteindre la citadelle n’ont qu’à emprunter le sentier pierreux où passaient hommes et bêtes jusqu’à ce fameux long siège de 1243 ordonné par le roi de France Louis IX (saint Louis) pour en découdre avec les cathares.

Plus de 200 fidèles préfèrent alors se jeter dans les flammes du bûcher plutôt que renier leur foi. L’épouse, l’une de ses filles et la belle-mère de Raimond de Péreille sont du lot. On raconte que le bûcher est si grand qu’il se voit jusqu’à Toulouse ! Huit siècles plus tard, en 2016, l’évêque de l’Ariège demande pardon pour ce massacre, au nom du pape François. Preuve que la tragédie cathare est encore bien vivace dans l’âme occitane.

Infos pratiques

Le sentier : il est recommandé de le parcourir dans le sens est-ouest, de Port-la-Nouvelle jusqu’à Foix. Pour un itinéraire fractionné, le train est l’option optimale (gares de La Nouvelle, Quilian et Foix) avec un Eurail France Pass. Deux applications mobiles (Le Guide et Castrum) sont offertes sur Les sites du pays cathare.

Transport des bagages : le service Optimalle est offert par La Malle postale au coût de 75 $ par bagage et par jour.

Forfaits : dans l’Aude, le Bureau des guides accompagnateurs est une excellente ressource. Dans l’Ariège, l’agence La Rebenne propose des traversées en liberté avec transport de bagages.

Hébergement : de très nombreux gîtes d’étape sont offerts le long du parcours (gîte Saint-Roch à Tuchan, le Jardin des Gorges à Belvianes-et-Cavirac, le Pèlerin à Montségur). Pour une information complète sur les gîtes : lesentiercathare.com, audetourisme.com et ariegepyrenees.com.

Aller plus loin : le sentier cathare est rattaché au chemin des Bonshommes, qui relie l’Ariège à l’Espagne.

Pour plus d’informations : tourisme-occitanie.com